Les six projets de vaccins français contre le Covid-19 les plus avancés

Plusieurs programmes de développement de vaccins anti-Covid continuent d’avancer en France. Devancés par Pfizer, Moderna et autres produits phares, ils ont manqué le round actuel de vaccination mais pourraient jouer un rôle crucial en deuxième ligne, voire en fin de première ligne pour répondre aux variants et aux besoins mondiaux. Tour d’horizon des six programmes français de vaccins les plus avancés.

Réservé aux abonnés
Vaccin
Sanofi, Valneva et trois autres pilotent les programmes les plus avancés pour un vaccin made in France contre le Covid-19.

La France n’a pas encore brillé dans la course aux vaccins anti-Covid. Derrière le fulgurant succès de vaccins ARNm, et le succès plus mitigé de vaccins utilisant des adénovirus, la partie n’est pourtant pas perdue. D’abord car la durée de la protection immunitaire conférée par les vaccins existants n’est sans doute pas assez longue, avec des nécessité de rappels au bout de six mois qui se profilent déjà. Ensuite à cause des variants qui pourraient rendre, à terme, ces premiers vaccins inefficaces. Plusieurs programmes employant soit des technologies plus matures, soit des technologies très innovantes sont en développement en France. Laquelle a donc encore des atouts en main, avec des vaccins potentiellement plus robustes que les vaccins actuels.

Le vaccin Sanofi/GSK attendu au tournant

Après un raté sur sa formulation qui lui a coûté un délai de près de six mois, le premier vaccin de Sanofi, associé à l’adjuvant pandémique de GSK, se trouve actuellement dans la phase III de son développement clinique. Les résultats sont attendus au quatrième trimestre de cette année, avec une mise sur le marché qui pourrait intervenir dans la foulée en cas d’approbation par les autorités réglementaires. Dans l’intervalle, ce vaccin à protéine recombinante basé sur technologie grippale, donc éprouvée, est déjà entré en production, avec l’antigène produit sur le site de Sanofi à Vitry (Val-de-Marne) et les opérations de remplissage et de conditionnement engagées sur le site de Sanofi Pasteur à Anagni en Italie, sachant que le complexe de Marcy-L’Etoile (Rhône) est prêt à le seconder pour augmenter les cadences de production en cas d’autorisation du vaccin. Outre-Atlantique, Sanofi prévoit de produire l’antigène dans ses usines américaines de Pearl River et de Framingham, et de mener remplissage et conditionnement dans celle de Swiftwater.

Valneva dans la dernière ligne droite

Là encore, il s’agit d’un vaccin particulièrement attendu. L’entreprise biotechnologique franco-autrichienne est dans la dernière ligne droite du développement. Valneva a misé sur une technologie plus classique utilisant un vaccin à virus entier mais inactivé, employant un adjuvant, qui en fait en Europe le seul de ce type actuellement en essais cliniques, donc testé chez l’homme. Après des résultats positifs en phase I/II au printemps, Valneva a initié dans la foulée un premier essai de phase III au Royaume-Uni, dont les résultats sont attendus au quatrième trimestre 2021, et engagé en août un second essai de phase III pour son utilisation chez les personnes de plus de 55 ans.

En termes de production, Valneva s’appuie sur son usine de Livingstone en Ecosse pour l’antigène et sur celle de Solna, en Suède, pour les opérations de remplissage et de conditionnement. Sur le front des contrats, l’entreprise a signé depuis un an un contrat avec le gouvernement britannique pour fournir au Royaume-Uni 100 millions de doses en 2021 et 2022, avec une option pour 90 millions de doses supplémentaires jusqu’en 2025. Depuis le début de l’année, des discussions ont aussi été engagées avec la Commission européenne pour un contrat potentiel de 60 millions de doses. Discussions qui n’ont toujours pas abouti mais qui restent d’actualité, a insisté Valneva cet été.

Sanofi et son premier vaccin ARNm avec Translate Bio

Le second projet de vaccin anti-Covid de Sanofi est sur les rails mais à un stade de développement légèrement moins avancé. Cette fois-ci, le laboratoire français mise sur la technologie ARNm qui a engrangé les succès (Pfizer/BioNTech et Moderna) mais aussi des déceptions (CureVac). Le projet est mené avec l’entreprise biotechnologique américaine Translate Bio, spécialiste de l’ARNm, avec qui Sanofi collabore depuis 2018 et qui devrait rejoindre le périmètre du groupe français après l’accord d’acquisition signé le 3 août. Ce vaccin est entré en phase I/II de développement clinique en mars, avec des résultats attendus très prochainement, au troisième trimestre, et Sanofi nourrit une ambition de mise sur le marché début 2022.

Coup d’arrêt temporaire pour Ose Immunotherapeutics

La course aux vaccins anti-Covid est éminemment technologique. Ose Immunotherapeutics s’est ainsi positionné sur un créneau particulier. L’entreprise nantaise de biotechnologies développe un vaccin prophylactique qui ne cible pas une, mais 11 protéines du SARS-CoV-2. Ce qui en ferait une arme potentiellement très intéressante pour lutter contre les variants. Le calendrier initial tablait sur le démarrage d’un essai clinique de phase II/III à l’automne et sur une mise sur le marché entrevue pour début 2022. Mais le 19 juillet, Ose Immunotherapeutics a suspendu volontairement son essai de phase I, mené en Belgique, en raison d’effets secondaires avec l’apparition de nodules (petites grosseurs sous la peau) chez des volontaires sains de l’essai. Depuis, la société n’a pas communiqué sur la suite du développement, même si Alexis Peyroles, le directeur général, avait assuré le 19 juillet que l’objectif était "une reprise au plus tôt du développement clinique" de son vaccin.

Un vaccin révolutionnaire à l’Inserm

Une équipe mixte de l’Institut de recherche vaccinale (VRI) de l’Inserm, l’Université Paris-Est Créteil, le CEA et l’Université Paris-Saclay, a décroché une publication d’envergure le 1er septembre dans Nature Communications sur son projet de vaccin anti-Covid, basé sur une technologie novatrice d’anticorps monoclonal. Si les anticorps monoclonaux ont révolutionné les traitements biotechnologiques ces dernières années, en particulier en oncologie, ils ne sont pas encore vraiment utilisés pour les vaccins. Des résultats pré-cliniques ont toutefois validé cette piste avec de très bons résultats, permettant de générer à la fois des anticorps mais aussi de mobiliser les lymphocytes T, ces cellules immunitaires capables de détruire les cellules produisant le virus une fois l’organisme infecté. Ce qui offrirait une protection plus forte que l’immunité naturelle acquise après infection, et aussi plus robuste grâce à la mémoire cellulaire des lymphocytes T, bien plus longue que la durée de vie des anticorps. Ce qui laisse présager une immunité plus durable que les vaccins actuels. De plus, le projet permettrait de contrer les variants actuels et futurs.

Ce projet coordonné par le VRI de l’Inserm a lancé deux productions de lots cliniques pour ce vaccin, s’appuyant sur deux partenaires industriels, un français et un autre européen. Le premier lot fabrique le vaccin utilisé en pré-clinique, testé avec succès contre les variants alpha et bêta. Le second lot produit un vaccin capable notamment de contrer les variants gamma et delta. Un essai clinique de phase I devrait démarrer fin 2022.

Osivax, tous azimuts contre les coronavirus

Le laboratoire lyonnais Osivax, spécialiste des vaccins et de l’immunothérapie, poursuit le développement d’un vaccin à large spectre contre les coronavirus, vaste cible qui engloberait le SARS-CoV-2 et ses variants. Il cible, comme le projet coordonné par l'Inserm, une réponse immunitaire cellulaire. Osivax s’appuie sur une plate-forme qui ne cible pas les protéines de surface du virus, sujettes à mutation, mais la nucléocapside. En début d’année, Delphine Guyon-Gellin. directrice business développement du laboratoire,  expliquait à L’Usine Nouvelle que la nucléocapside est « une partie interne du virus qui varie très peu. Pour atteindre cet antigène interne du virus, non visible par les anticorps, il faut déclencher des réponses des cellules immunitaires : les lymphocytes T.» Osivax évoque un démarrage des essais cliniques d’ici à « début 2022 » pour ce projet ciblant les coronavirus. En parallèle, le laboratoire avance sur cette technologie avec son programme de vaccin contre la grippe, qui devrait entrer en phase IIb assez rapidement.

Plusieurs autres programmes en développement

Derrière ces six projets, plusieurs autres programmes de recherche se poursuivent en France. L’Institut Pasteur travaille en particulier sur deux projets distincts. L’un porte sur un vaccin à ADN. L’autre, mené en collaboration avec la société franco-américaine Theravectys, porte sur un vecteur lentiviral et une administration par voie nasale. D’autres projets sont aussi en cours au sein de l’Inserm, notamment. D'ailleurs il n'y a pas qu'en France que les recherches se poursuivent. Selon le décompte, au 31 août, de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), outre 112 projets en développement clinique, 185 projets en pré-clinique étaient recensés dans le monde.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.