« La situation en entreprise et dans le monde professionnel hors établissements de santé apparaît comme la plus insatisfaisante sur le plan sanitaire, note le conseil scientifique Covid-19 dans son avis du 11 mars. Presque un professionnel sur deux est symptomatique lorsqu’il contamine un collègue sur son lieu de travail. »
Le conseil scientifique s’appuie sur la mise à jour du 1er mars de l’étude ComCor de l’Institut Pasteur, portant sur les circonstances de contamination au Covid-19 entre octobre 2020 et janvier 2021 (hors personnels soignants). Selon cette étude, 45% des malades connaissent la personne qui les a infectés, et dans 15% de ces cas, il s’agit d’une source professionnelle.
Trop de malades vont au travail quand même
L’étude montre surtout que dans 37% des cas pour lesquels l’origine de la contamination est connue, « la personne source de l’infection était symptomatique au moment du contact infectant ». C’est pire en milieu professionnel, cette part grimpant à 46%. « De façon inquiétante, note le Conseil scientifique (…), (ces personnes) s’étaient donc rendues sur leur lieu de travail se sachant symptomatiques ». Il appelle donc à « une meilleure application des protocoles sanitaires » en entreprise. Reste à savoir pourquoi les salariés ne restent pas chez eux en attendant le résultat du test... Plus globalement, l’étude ComCor montre une tendance de l’ensemble des malades à s’isoler trop tard, plus tard en janvier qu’en octobre.
L’étude ComCor, très détaillée, livre plusieurs autres précisions intéressantes sur les circonstances des contaminations en milieu professionnel. Elles ont avant tout lieu dans un bureau partagé de 2 à 5 personnes, puis dans les bureaux plus grands. Deuxièmes lieux de contamination : la cafétéria et le lieu de restauration - les repas font partie des principaux moments de contamination dans la sphère familiale ou amicale.
Le masque pas toujours porté
Les activités de bureau sont celles qui exposent le plus, tout comme les réunions de travail – pas le contact avec le public, par exemple. Dans 38% des contaminations au travail, ni la personne source ni la personne contaminée ne portaient de masque ; dans 40,4% elles en portaient toutes les deux…
Ne pas venir au bureau du tout - télétravail total - diminue de 30% le risque d’être infecté par rapport à un collègue présent au bureau, et ce n’est pas en raison de l’absence de déplacements en transports en commun, ceux-ci n’étant pas « associés à un sur-risque d’infection », contrairement au covoiturage (risque aggravé de 58%).
Chefs d'entreprise et cadres parmi les plus touchés
L’étude note une répartition des contaminations par diplôme en forme de U : ce sont les moins qualifiés et les plus qualifiés qui sont les plus touchés. Les chefs d’entreprise de plus de 10 salariés sont en 3e position des métiers les plus exposés, suivis, en quatrième place, des ingénieurs et cadres administratifs et commerciaux. Les ouvriers de l’industrie sont exposés à un risque « moyen » - tout comme les journalistes…
Conclusion, alors que de nouvelles mesures de restriction vont être annoncées : en plus des mesures barrières désormais bien connues, privilégier le télétravail total, éviter le covoiturage, porter un masque sur son lieu de travail, surtout dans les petits bureaux, aérer régulièrement les locaux, s’éloigner de ses collègues au moment de la pause-café et des repas… Et surtout s'isoler dès l'apparition des premiers symptômes. La convivialité attendra encore un peu.



