Dans son bras de fer avec l’actionnaire principal d’Eramet, Christel Bories a reçu un soutien de poids : celui des salariés du groupe. Près de 270 salariés actionnaires se sont regroupés sur LinkedIn dans un groupe baptisé Christel@Eramet. Son objectif est d'apporter son "soutien à Christel Bories jusqu’au renouvellement de son mandat à la tête d’Eramet",est-il précisé sur le réseau social. Des membres du Comex, des cadres dirigeants, des techniciens et des représentants syndicaux en feraient partie.
L’initiative reflète les secousses provoquées en interne à l’annonce du possible départ de la PDG. Le sort de Christel Bories devrait être évoqué lors des deux conseils d’administration prévus les 26 et 31 mars. Ceux-ci doivent arrêter les résolutions qui seront mises au vote de l’assemblée générale des actionnaires le 28 mai. Le 9 mars, la famille Duval, principal actionnaire du groupe minier (36 %) avait plaidé dans un courrier à l’agence des participations de l’Etat pour ne pas renouveler le mandat de la PDG. Celui-ci arrive à échéance en mai 2021, après quatre ans. L’Etat, qui détient 25 % du capital et avec qui l'APE est liée par un pacte d’actionnaires, a en revanche apporté son soutien à la dirigeante. Depuis, les discussions vont bon train entre l’Etat et la famille Duval.
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Le collectif de salariés a aussi fait parvenir une lettre aux administrateurs, comme l’a révélé les Echos et que l’Usine Nouvelle a pu consulter. "L’économie mondiale connaît une tempête sans précédent. Il nous apparait invraisemblable de changer dans la tourmente celle que nous reconnaissons comme notre capitaine qui grâce aux actions engagées depuis bientôt 4 ans, a permis au groupe de résister à cette crise majeure", assurent les salariés, qui qualifient leur PDG de "vrai capitaine d’industrie".
Sécurité, RSE et virage stratégique salués en interne
Ils saluent sa "stratégie tenace de faire d’Eramet un des cinq géants du nouvel âge des métaux, créant ainsi une valorisation jamais atteinte pour le groupe, ses actionnaires, ses parties prenantes et ses salariés". En parallèle, les administrateurs ont aussi reçu un courrier similaire de la direction de la Setrag, l’une des filiales gabonaises d’Eramet, qui opère la ligne ferroviaire reliant le site minier à Libreville. "Elle est la première PDG en dix ans à effectuer plusieurs déplacements chaque année pour rester proche de sa base", souligne la Setrag dans ce courrier.
"Les salariés voient ce qui a été mis en place de façon concrète pour transformer le groupe", pointe un salarié membre du collectif. En particulier en matière de communication extérieure et de sécurité. Le taux d'accidents du groupe a été divisé par trois, pour revenir dans la moyenne du secteur. Depuis son arrivée, la PDG a par ailleurs impulsé l’élaboration d’une feuille de route RSE. Même si Eramet a creusé sa perte nette de 675 millions d’euros en 2020 et reste lourdement endetté, à hauteur de 1,3 milliard d'euros, le redressement du groupe est en bonne voie. Sa production a fortement augmenté, grâce au démarrage réussi de son site de Weda Bay en Indonésie et à la montée en cadence de l’extraction de manganèse au Gabon. Eramet devrait accélérer son recentrage dans les prochains mois sur l’activité minière, avec la cession prévue de sa branche alliages, comprenant Aubert & Duval et Erasteel.



