La famille Duval n’aura pas supporté longtemps le grand ménage mené par la PDG Christel Bories chez Eramet, la maison-mère de leur société métallurgique familiale, Aubert & Duval. Dans un courrier adressé à l’Agence des participations de l’Etat (APE) et dévoilé par L’Agefi le 3 mars, ils demandent que son mandat, qui prend fin lors de l’Assemblée générale de mai 2021, ne soit pas renouvelé. Une réunion du conseil d’administration pour préparer cette AG est prévue le 11 mars.
Autour de la table, on retrouvera cinq administrateurs représentant Sorame et Ceir, les holdings de la famille Duval (36,94 % des parts mais 43,78 % des voix en raison de droits de vote double), trois administrateurs choisis par l’APE (qui détient via sa filiale FSI Equation 25,7 % des parts et 30,31 % des voix), deux administrateurs nommés par la STCPI (provinces calédoniennes), cinq administrateurs indépendants choisis par Sorame-Ceir (3) et l’APE (2), un administrateur choisi en commun par les deux actionnaires majoritaires, et un président du conseil.
Loin des fonds activistes, les actionnaires immobilistes
Si les Duval évoquent une multiplication par quatre de la dette et la division par deux des fonds propres depuis l'arrivée de Christel Bories - des reproches factuellement justes -, ils veulent surtout la tête de celle qui s’apprête à céder Aubert & Duval. La filiale a pourtant largement contribué à ces résultats mitigés, d’abord en taisant des défauts dans le contrôle qualité de ses pièces destinées entre autres à EDF, puis lorsque la crise du Covid a frappé ses marchés-cibles, que sont l’auto et l’aéronautique.

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Après avoir brillamment négocié la cession d’Aubert & Duval en difficultés financières contre le contrôle d’Eramet lors de la fusion en 1999, après avoir orienté des années durant les investissements du groupe vers leurs fleurons métallurgiques français au détriment des activités de la mine en Nouvelle-Calédonie et au Gabon, après avoir songé à quitter le groupe les années de mine maigre sans être allés au bout, la famille Duval ne digère pas le virage stratégique que s’apprête à opérer Christel Bories.
La PDG est en revanche soutenue par l’Etat-actionnaire, qui a répondu qu’il n’entendait pas modifier la gouvernance en pleine transformation du groupe. En trois ans, elle a remis Eramet d’aplomb côté process, mis l’accent sur la performance, lancé une profonde transition digitale, féminisé, rajeuni et renouvelé les équipes. Les résultats sont au-delà des espérances dans la production minière, malgré le Covid et la crise calédonienne. Désormais, elle veut rationaliser l’activité, en recentrant le groupe sur les métaux de la transition énergétique : manganèse, nickel, cobalt, lithium. Quitte à vendre l’usine de Sandouville, Erasteel et Aubert & Duval si cela peut se faire dans de bonnes conditions. Soit l'ensemble de l'ancrage industriel du groupe en France métropolitaine...
Et le marché suit, comme le montre le bond de 110 % de la valeur de l’action en un an, 40 % depuis le début de l’année. "Un départ de Mme Bories au moment où le groupe est en pleine mise en œuvre de mesures de restructuration et sans motif valable serait accueilli de façon négative par les marchés", renchérit l’analyste d’Exane BNPP Sylvain Brunet dans une note récente.
Le bras-de-fer risque d’être difficile. Mais un pacte d’actionnaires liant Sorame-Ceir et FSI Equations oblige les Duval et l’Etat à trouver un accord sur la gouvernance du groupe. En l’absence de consensus, il reste donc une fenêtre à Christel Bories pour mener à bien ce recentrage d’Eramet sur l’amont et continuer à investir à contre-cycle, comme le préconisent tous les analystes dans les matières premières. Et comme peu de groupes arrivent à le faire.



