Le plan de relance gouvernemental soutient, dans le Grand Ouest, plus d’une dizaine de projets susceptibles de fixer sur ce territoire de futurs champions des biomédicaments. « Ce n’est pas tant une relocalisation que la création d’une nouvelle industrie qui se joue là », explique Florence Hallouin, directrice du pôle Atlanpole biotherapies, pôle de compétitivité qui regroupe 220 membres engagés sur les thérapies issues du vivant. « Dans ce domaine, le Grand Ouest est très bien placé », assure la dirigeante, qui rappelle que le territoire est dépourvu de « big pharmas ». La crise sanitaire a mis en exergue les capacités du territoire à se mobiliser sur les vaccins, avec Ose Immunotherapeutics et Valneva … Des projets qui ne sont pas au bout de leur processus réglementaire, et Valneva a subi un revers commercial majeur au Royaume-Uni.
Parmi les projets anti-Covid, celui de Xenothera est l’un des plus prometteurs. La start-up nantaise est actuellement dans l’attente des résultats d’un essai clinique européen de son Xav-19, un médicament anti-Covid à base d'anticorps polyclonaux humanisés. Mais la société progresse également sur d’autres champs (oncologie, greffes, lutte contre les bactéries), eux aussi au stade des essais cliniques. Pour les développer, elle a réalisé avant l’été une nouvelle levée de fonds de 20 millions d’euros. « Notre ambition est de créer un leader français et européen », déclare Odile Duvaux, la présidente de Xenothera, déterminée à fixer la production en France. L’entreprise prévoit notamment d’investir 5 millions d’euros dans l’installation, en 2022 en périphérie de Nantes, d’un élevage de porcs pour la production d’anticorps. De 17 salariés actuellement, elle se projette à 200 dans cinq ans. Un accord vient aussi d’être signé pour un transfert d’une partie de la production au Vietnam.
Le pari des nanofitines
Le pari industriel d’Affilogic, autre start-up nantaise, se base sur les nanofitines, des molécules nanométriques méconnues, issues de bactéries dont elle extrait des protéines d’intérêt. Associées à une molécule, celles-ci peuvent bloquer l’activité d’une cellule ou d’une protéine défaillante. Olivier Kitten, le fondateur, ne se connaît pas de concurrents. Son projet est de relocaliser à Nantes une production de nanofitines sous-traitée au Portugal, un investissement de 5 millions d’euros. Affilogic cible notamment la maladie de Crohn, celle d’Alzheimer, les tumeurs solides et l’ophtalmologie.
A Montaigu (Vendée), au sud de Nantes, Clean Biologics (200 salariés, 21 millions d’euros de chiffre d’affaires) lance un investissement de 13 millions d’euros pour reloger dans 5 000 m2 son activité historique de contrôle qualité et de sécurité sur les produits biologiques. A cette activité de « biosafety » s’ajoute la production de banques de cellules et des stocks de semences de virus, des « starting materials » ou matières de base de l’industrie biopharmaceutique. Clean Biologics figure aussi parmi les lauréats de France relance pour produire des bactériophages, des virus naturels tueurs de bactéries. Un pari technologique qui pourrait prendre de l’ampleur face au fléau mondial de l’antibiorésistance.
Des projets limités par des financements insuffisants
Sa filiale Naobios fabrique à Nantes des lots cliniques de vaccins viraux et oncolytiques et des vecteurs viraux. Cette CDMO (Contract Development and Manufacturing Organisation) vient notamment de se voir confier la production de lots d’un vaccin intranasal contre la grippe, pour l’américain FluGen. France relance soutient également d’autres paris industriels et scientifiques, dont celui de GoLiver Therapeutics, issu du CHU de Nantes, qui développe des cellules souches permettant de régénérer les foies malades.
« La prise de risque d’une PME a besoin d’être sécurisée par un engagement de l’État. »
— Olivier Boisteau, vice-président de Clean Biologics
Tous ces projets risquent de se heurter à un problème de financement, notamment dans les phases 3 des essais cliniques. Selon Florence Hallouin, l’État français serait inspiré de flécher ses aides non pas sur les « big pharmas » mais sur les startups, où se loge l’innovation. Elle rappelle qu’aux Etats-Unis, l’agence Barda attribue systématiquement plusieurs dizaines de millions de dollars à chaque projet de vaccin. Olivier Boisteau, vice-président de Clean Biologics, révèle que pendant la crise sanitaire, des discussions ont eu lieu entre Naobios et l’Etat, pour installer une capacité de production de 50 millions de vaccins viraux anti-Covid. Mais une telle production aurait nécessité un investissement de 100 millions d’euros et le projet a buté sur l’absence de financements. « Aucune banque n’aurait suivi, la prise de risque d’une PME a besoin d’être sécurisée par un engagement de l’État », énonce l’industriel vendéen, convaincu du potentiel de la filière « biotech » régionale, pour peu qu’on la soutienne.



