Il a fallu plus de huit ans de recherche et développement et huit millions d'euros d’investissement pour en arriver là. Mangrove #1, la première ferme aquaponique à grande échelle, vient d’être inaugurée, jeudi 15 mai 2025, à Bréal-sous-Montfort (Ille-et-Vilaine), à la périphérie de Rennes, par la société Agriloops.
«On a eu cette idée un peu folle, à la sortie de nos études», explique Jérémie Cognard, l’un des deux cofondateurs d’Agriloops, start-up pionnière de l’aquaponie en milieu salé. Avec son associé Romain Vandamme, cet ingénieur agronome était convaincu de l’urgence de produire différemment l’alimentation de demain. De là est née l’envie de créer un nouveau modèle de ferme durable, plus économe en ressources, grâce à la technologie d’aquaponie en eau salée. Il a été développé et breveté avec l’appui de différents instituts de recherche (Sorbonne Université, CNRS, INRAE).
Implantée sur un site de trois hectares, Mangrove#1 associe un bâtiment aquacole de 2000 m² où sont élevées des gambas à une serre de 5000 m² où poussent des fruits et légumes. Montant de l’investissement : plus de 8 millions d’euros. Le projet bénéficie du soutien de France Relance, de France 2030, du Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture, de l’ADEME ainsi que de nombreux acteurs privés. Agriloops a, par le passé, déjà procédé à deux levées de fonds, la dernière en 2024, d’un montant de 13 millions d’euros. L’entreprise prévoit la création d’une dizaine d’emplois locaux pour assurer la production. Cette première unité pourrait ouvrir la voie à une expansion du modèle, avec «l’ambition de redéfinir les standards de la crevetticulture durable en Europe».
Conjuguer productivité et biodiversité
Mangrove #1 s’appuie sur un circuit vertueux dans lequel l’eau des bassins des gambas, chargée en effluents, est recyclée et convertie en eau chargée en fertilisants pour alimenter des fruits et légumes. Cette boucle aquaponique permet d’économiser une quantité significative de fertilisants et jusqu’à 90% d’eau. Les qualités gustatives et nutritionnelles des fruits et légumes (tomates cerises, choux, jeunes pousses) sont par ailleurs renforcées, grâce à l’eau salée. Afin d’améliorer l’autonomie énergétique, le site est équipé de panneaux solaires et d’une chaudière biomasse qui valorise les haies bocagères. «Notre vision, c’est que la productivité ne s’oppose pas à la biodiversité et que la science et le bon sens agricole avancent, main dans la main», affirme Jérémie Cognard.
Agriloops ambitionne de commercialiser 50 tonnes de gambas et 70 tonnes de fruits et légumes par an. En produisant localement, «nous contribuons à la préservation des écosystèmes côtiers, notamment la mangrove, zone de production traditionnelle de gambas», soulignent les fondateurs.
Les crevettes proviennent d’écloseries autrichiennes, espagnoles ou américaines. À leur arrivée, elles ne pèsent que quelques milligrammes. Après s’être assuré qu’elles ne sont pas porteuses de maladies, elles grossissent à l’intérieur de bassins chauffés à 30°C, avant d’être pêchées, au bout de trois mois. Un système de filtrations (mécanique, UV et biologique) permet de garantir un environnement stable. Les gambas élevées sans antibiotiques seront vendues fraîches, toute l’année, à partir de septembre, auprès du réseau de distribution (grossistes, restaurateurs et poissonniers). Le marché de la gamba en France représente environ 120 000 tonnes par an, provenant, pour la majorité d’entre elles, d’Amérique Centrale et d’Asie du Sud-Est.



