En 2025, 68 thérapies géniques sont approuvées dans le monde, près de 20 supplémentaires pourraient l’être rien que cette année, et 3000 sont en développement. Schématiquement, les thérapies géniques consistent à apporter un médicament en une seule injection pour aller réparer ou ajouter un gène défectueux ou manquant afin de traiter une maladie rare, souvent incurable et mortelle. L’essor du marché est vertigineux, selon Genother, le biocluster français des thérapies géniques. En 2018, ce marché mondial affichait un chiffre d’affaires de 450 millions de dollars (environ 390 millions d’euros au cours actuel). En 2024, il dépassait les 10 milliards de dollars, avec un triplement attendu dès 2030 et des perspectives de plus de 52 milliards de dollars (plus de 45 milliards d’euros) d’ici à 2033.
La France s’était portée sur le devant de la scène dans ce domaine il y a près de 30 ans, en particulier grâce aux travaux pionniers du Généthon, le laboratoire issu de l’AFM-Téléthon grâce aux dons. Mais, à ce jour, aucun médicament de thérapie génique n’a été mis sur le marché par un acteur français. Faute de financement, le plus souvent, de nombreux programmes de développement ont été repris par des laboratoires étrangers, le plus souvent américains. Avec à la clé un risque de prix très élevé.
Des brevets français, des médicaments américains
C’est le cas notamment du Zolgensma, contre l’amyotrophie spinale infantile qui condamne souvent les bébés à ne pas survivre au-delà de deux ans. Après la mise au point pré-clinique au Généthon, le développement clinique a été effectué aux États-Unis par Avexis, acquis en 2018 par le Suisse Novartis. Avec une dose vendue désormais près de 2 millions d’euros… En 2022, l’américain Bluebird Bio avait aussi préféré se concentrer sur le marché américain et a renoncé à commercialiser en Europe deux médicaments mis au point à partir des travaux de Généthon et de fonds du Téléthon, pour des raisons de prix jugés trop faibles sur le Vieux Continent. En réalité, parmi les thérapies géniques commercialisées aujourd’hui, «une dizaine sont nées en France», reconnait Frédéric Revah, directeur général de Généthon et président de Genother, pointant le problème de «retenir la valeur économique en France».
De fait, le marché pharmaceutique américain, de loin le premier au monde en termes de valeur, en particulier grâce à des prix élevés, se montre dominant dans le domaine des thérapies géniques. En 2023, selon, Genother, l’Amérique du Nord concentrait plus de 65% du chiffre d’affaires de ce marché pharmaceutique innovant. Loin devant l’Europe (12%), l’Asie-Pacifique (10%), l’Amérique latine (8%) et la zone Moyen-Orient et Afrique qui représentait presque 5%.
Le poids écrasant des Etats-Unis dans les thérapies géniques
Alexandre Lemoalle, vice-président de Genother en charge du développement économique évoque le «poids écrasant les États-Unis», et ce «même à volume équivalent» de médicaments. Les moyens engagés aux États-Unis sont aussi sans commune mesure. L’an passé, l’Europe concentrait 581 acteurs pour le développement de ces thérapies pour un financement de 2 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros). En Amérique du Nord, on dénombrait 1029 développeurs, soit près du double, pour 11,8 milliards de dollars (10,3 milliards d’euros), donc environ cinq fois plus de moyens.
Pourtant, il existe «un terreau excessivement favorable en France», en premier lieu sur les talents scientifiques, et les «thérapies géniques attirent des financements importants», assure Alexandre Lemoalle. Même si côté investisseurs, les thérapies géniques sont perçues comme une aire thérapeutique complexe, avec de vrais challenges, pour des populations de patients plus réduites. Actuellement certains préfèrent miser davantage sur des marchés bien plus vastes et moins risqués comme les traitements de l’obésité.
Les défis du développement clinique et de la production en France
Au-delà du financement, deux grands enjeux se dressent : les essais cliniques et la production. Côté clinique, la France tire plutôt bien son épingle du jeu, prenant part aujourd’hui à 60 essais cliniques de thérapies géniques sur les 700 environ en cours dans le monde. Sur le pan de la production, et donc de la bioproduction puisqu’il s’agit de médicaments biologiques, le défi se situerait plus sur la nécessité de réduire les coûts de production que d’un problème de capacités. «Nous disposons de capacités en France, parfois même des plus grandes en Europe comme avec Yposkesi dans les thérapies géniques», se réjouit Frédéric Revah. Pour lui il faut évidemment «préserver ces capacités, qui sont un élément de notre indépendance sanitaire, mais aussi miser sur l’innovation pour faire baisser les coûts des procédés de production, c’est fondamental».
La raison d’être de Genother est ainsi d’encadrer au mieux et d’accélérer l’avenir des thérapies géniques en France, autour d’un écosystème déjà présent sur toute la chaîne, de la recherche fondamentale jusqu’à l’industrie. Une quarantaine d’acteurs sont actuellement partenaires de ce biocluster labellisé par France 2030 il y a deux ans et qui gravite autour du Genopole d’Évry, en Essonne.
On y retrouve des acteurs de recherche comme le Généthon, l’Inserm ou l’AP-HP (qui dispose aussi de capacités de production dans les hôpitaux parisiens de Saint-Louis et de Necker), et des industriels comme Yposkesi, Spark Therapeutics, Ipsen ou même Thalès avec des compétences par exemple en intelligence artificielle. Sont aussi associés des investisseurs (Novo Seed, Ampleia, Kurma Partners…), des représentants de patients comme l’AFM-Téléthon et la Fondation Maladies rares, des collectivités franciliennes, ainsi que des acteurs de l’enseignement comme Centrale Supélec, l’ESPCI Paris ou encore l’Université Paris Saclay.



