Comment la France compte rattraper son retard dans les biomédicaments

Tout juste créée, l’alliance France Biolead veut fédérer l’ensemble de l’écosystème pour rattraper le retard du pays en matière de médicaments innovants issus des biotechnologies et en faire un champion des produits biopharmaceutiques. La cible principale, dès 2030, consiste à doubler à la fois le nombre de biomédicaments produits en France et celui d’emplois en bioproduction.

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Encore trop peu de sites de bioproduction, pour la fabrication des biomédicaments, sont en activité en France, comme ici le Biolaunch de Sanofi à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne).

La France n’est pas hors jeu mais a pris un retard certain depuis l’émergence il y a vingt ans des biomédicaments. Ces produits pharmaceutiques issus d’une source et/ou d’un procédé biologique comprennent les vaccins, les protéines recombinantes ou les anticorps monoclonaux et sont les fers de lance des nouvelles thérapies, qu’elles soient cellulaire, génique, ou encore tissulaire. Actuellement, seuls 8 produits de ce type sont fabriqués sur le territoire alors que 76 sont accessibles sur le marché en Europe. C’est très faible, par rapport à l’Allemagne qui en fabrique 21, par exemple. Ainsi, la France est extrêmement dépendante des importations, à hauteur de 95% 

Cela pose deux principaux problèmes. Sur le plan économique, le marché biopharmaceutique ne représente que 4% du marché mondial des médicaments en volume, mais 33% en valeur, soit environ 400 milliards d’euros. Et aujourd’hui, un médicament sur deux en développement est un biomédicament. Avec une croissance annuelle de 10%, la biopharmacie devrait représenter la moitié des nouveaux médicaments mis sur le marché dans cinq à dix ans.

Second problème d’envergure : le plan sanitaire. Les territoires de développement des médicaments deviennent le plus souvent les lieux de production et les premiers à avoir accès à ces traitements innovants. Or les biomédicaments ciblent souvent des pathologies avec des besoins médicaux insatisfaits, parfois des maladies incurables, dans les aires thérapeutiques de l’oncologie, des maladies auto-immunes, inflammatoires, des pathologies rares ou des déficiences génétiques. En France, 10 millions de patients souffrent d’une maladie de ce type. Tout retard français est donc préjudiciable, à tous les niveaux.

800 millions d’euros d’appels d’offre jusqu’en 2025 pour soutenir les biothérapies et la bioproduction

En octobre 2021, dans le cadre du plan Santé 2030, Emmanuel Macron fixait un objectif de 20 biomédicaments produits sur le territoire dès 2030. Ce vœu du président de la République constitue la cible principale de l’alliance France Biolead, créée en juin dernier et officialisée le 7 décembre 2022. Cette association veut fédérer l’ensemble de la filière, des start-up aux grands groupes, des équipementiers aux sous-traitants, du public au privé.

Parmi les 15 membres fondateurs on trouve, entre autres, les laboratoires Sanofi, Servier et l’allemand Merck, des entreprises comme Capgemini Engineering et Thermo Fisher Scientific, des organismes publics comme le CEA et l’Inserm, ou encore des syndicats professionnels comme le Leem ou France Biotech. En plus de la multiplication par deux du nombre de biomédicaments fabriqués en France, les deux autres objectifs principaux de France Biolead sont de doubler le nombre d’emplois dans ce secteur encore émergent, en atteignant 20 000 postes, et de faire émerger parmi les start-up biotechnologiques au moins une licorne et cinq ETI. Ces deux objectifs étaient aussi ceux du programme, annoncé en janvier 2022 par le gouvernement, de 800 millions d’euros à investir à travers des appels d’offres jusqu’en 2025 pour soutenir les biothérapies et la bioproduction.

La France «a tout pour réussir» dans les biomédicaments

Jacques Volcksmann, président de France Biolead, assure que, réunis, les représentants de la filière «ont la capacité de faire de la France un acteur majeur» des biomédicaments, un « leader européen en bioproduction». Car le pays «a tout ce qu’il faut pour réussir. On a les gens et les compétences pour le faire, que ce soit au niveau académique ou industriel. On a accès aux technologies ou on a la capacité de créer et d’inventer les technologies dont on a besoin», poursuit Jacques Volcksmann, qui est aussi patron de la R&D de Sanofi France. Pour réussir, France Biolead veut pouvoir mobiliser tout l’écosystème et les chaînes de valeur afin de relever tous les défis qui se dressent. Comme celui d’augmenter les rendements cellulaires, donc la productivité, pour faire baisser les coûts, ou celui de réduire la très forte dépendance de la France sur toute la chaîne de valeur, que ce soit pour les fournisseurs de matières premières, les équipementiers, les consommables ou encore les capacités de production.

L'enjeu de la souveraineté industrielle de la France pour les médicaments les plus innovants

Sur le plan scientifique et de la recherche, la France n’a pas à pâlir ni de ses compétences ni de la richesse de son écosystème, avec 750 biotech implantées, 131 entreprises qui développent des biomédicaments et 587 produits actuellement en phases de R&D. En revanche, les financements sont encore insuffisants même si la situation s’améliore ces dernières années, et sur le plan industriel, la France n’est clairement pas encore suffisamment armée. Le pays ne se classe plus que quatrième au niveau européen en matière de production pharmaceutique. Dans le domaine de la bioproduction, seules 9 usines sont en activité pour des fabrications en propre, en particulier pour des laboratoires comme Sanofi, Novartis ou Servier. Surtout, le territoire recense moins de 10 CDMO, ces sous-traitants pour le développement et la production de biomédicaments. De fait, de nombreuses start-up doivent trop souvent aller chercher hors de nos frontières des CDMO pour la production de leurs lots cliniques puis de lots commerciaux.

Il s’agit d’un enjeu crucial. Alors que la pandémie de Covid-19 puis aujourd’hui les pénuries ont révélé les failles de la France en matière de souveraineté sanitaire sur des médicaments essentiels, il ne faut évidemment pas que le pays rate le coche pour les médicaments les plus innovants. La mission de France Biolead, comme le résume Laurent Lafferrere, son directeur général, est celle de la «conquête de souveraineté industrielle» pour les biomédicaments et la bioproduction.

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