«Nous produisons aujourd’hui 1 million de moustiques-tigres mâles stérilisés par semaine. Sur notre site-pilote dans lequel nous avons investi 400000 euros, nous pourrons monter jusqu’à 4 à 5 millions par semaine», affirme Clélia Oliva, présidente de la jeune pousse de biocontrôle Terratis. Inaugurés fin juin, les locaux de 220 m² abritent depuis dix mois l’équipe de 14 salariés dans la zone Parc 2000, à l’ouest de Montpellier. Ancienne chercheuse à l’IRD, Clélia Oliva – sa thèse de 2012 portait sur la lutte contre le moustique-tigre Aedes albopictus à La Réunion –, a créé Terratis début 2024 et a obtenu un transfert de savoir-faire, une licence exclusive de l’IRD sur la technique de l’insecte stérile (TIS).
Accouplées avec des mâles stériles relâchés dans la nature, les femelles (seules à piquer) sauvages moustiques tigres produisent des œufs non viables, ce qui fait décroître la population d’insectes progressivement. Une preuve de concept a été menée en 2021 sur 20 hectares par l’IRD à Sainte-Marie à La Réunion, avec des taux de fertilité réduits de 50 à 60% en quelques semaines. Vecteur de maladies (dengue, chikungunya et zika), le moustique-tigre prolifère dans plus de 80 départements de métropole selon le ministère de la Santé. Depuis mai, Terratis mène une opération à Brive-la-Gaillarde et un lâcher de mâles stérilisés débutera en août dans le quartier Malbosc de Montpellier. Outre les collectivités, Terratis vise les acteurs du tourisme et les aéroports.
Développer la robotisation de l'élevage
Terratis élève les larves et nymphes moustiques-tigres, les trie par sexe, stérilise les mâles adultes, avant de les lâcher par vagues dans un quartier, semaine après semaine. «Il faut 3000 mâles à l’hectare, aussi 1 million de larves représente 300 à 400 hectares d’intervention», indique Clélia Oliva. Après un sas d’entrée doté de rideaux de vent automatisés, plusieurs salles s’enchaînent : culture des larves (16000 par cage), chambre de tri par sexe des nymphes, salles d’élevage puis de stérilisation des adultes. Engourdis à 5°C, les mâles sont stérilisés en 12 minutes par rayons X puis versés dans les boîtes de transport. Des process et équipements ont été spécifiquement développés comme la gélule d’alimentation des larves, les bacs..., et certaines machines importées de Chine tel le sexeur des nymphes. «Nous travaillons à l’automatisation de l’élevage des larves, un processus très fastidieux», relève Clélia Oliva. Dans la salle à 75% d’humidité, un robot conçu avec deux partenaires locaux (Delta Automatisme et Industrie Service) amènera bientôt automatiquement eau et nourriture vers 1 200 bacs, répartis en 12 racks.
Accompagnée par l’incubateur de l’université et le BIC de la Métropole de Montpellier, la Région Occitanie (aide Start’Oc de 10000 euros), Terratis a obtenu deux aides ante-création de Bpifrance d’un total de près de 200000 euros. Fin 2024, la start-up a levé 1,5 million d’euros auprès des fonds Odyssée Venture, Galapagos Innovation et de la société d’accélération du transfert de technologies SATT AxLR. Enfin, il y a quelques jours, Clélia Oliva a eu confirmation de Bpifrance d’un Prêt Amorçage Investissement (PAI) de 1,3 million d’euros. «De quoi sécuriser la trajectoire.» L’effectif, qui vient de se renforcer de cinq personnes en production, devrait atteindre une trentaine de salariés fin 2026.
Une nouvelle usine pour changer d’échelle
«Nous pouvons être rentables avec le format actuel, mais ce n’est qu’une première étape», soutient la créatrice. Son objectif : multiplier par cent la production grâce à une nouvelle usine, dont elle estime l’investissement «entre 5 et 6 millions d’euros. Pour la concevoir d’ici à la fin 2025, nous bénéficions des conseils de Bpifrance dans le cadre de l’accélérateur Néo startups industrielles. À partir de 2028, nous envisageons de produire jusqu’à 100 millions de mâles par semaine.» Ce calibrage permettrait de protéger 40000 hectares. Ce futur site de production, qui doit encore trouver sa localisation, pourrait employer une centaine de salariés. «Cela dépendra des process. Après l’ouverture de l’usine, le site actuel de Mosson se focalisera sur la R&D.»



