Enquête

Les grandes ambitions du norvégien Equinor dans le stockage de CO2 et l’hydrogène bleu

Loin d'être le plus avancé dans sa transition énergétique, le pétrolier norvégien Equinor, ex-Statoil, mise tout ou presque sur la capture et le stockage du CO2 (CCS), l’hydrogène bleu et l’éolien en mer pour préparer l’après fossiles. Avec des atouts uniques.

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Sleipner field
Equinor réinjecte du CO2 depuis 1996 sur son champ gazier de Sleipner.

2% ! Dans son parcours pour atteindre la neutralité carbone en 2050, le pétrolier norvégien Equinor n’a parcouru que 2% du chemin. Il vise pourtant 20 % de réduction de l’intensité carbone de ses activités en 2030 et 40 % en 2035, comme le rappelle un écran à l’entrée de son site de Fornebu, dans la banlieue d’Oslo. «On reconnait que l’on doit changer, nous explique un porte-parole. Mais arriver à net zéro en 2050, cela ne va pas être facile.» Pour atteindre son objectif climatique, Equinor a entrepris de se diversifier dans la production d’énergies renouvelables, principalement par l’éolien offshore flottant et d’électrifier ses plateformes pétrolières et gazières. Il va consacrer 50% de la croissance de ses investissements aux renouvelables et aux solutions bas carbone.

Dans les renouvelables, Equinor mise sur sa capacité à répondre avec des offres compétitives, en termes de coût de production, aux enchères d'éolien en mer. Il espère atteindre entre 40 et 60 TWh de production d’électricité éolienne offshore en 2030, contre moins de 5 TWh en 2023. Le TotalEnergies norvégien opère déjà 0,6 GW de capacités installées et annonce 5 GW de projets sécurisés, dont 2,3 GW en construction. Soit environ un tiers de son objectif de 12 à 16W de capacités installées en 2030. Pour accélérer, Equinor a réalisé des acquisitions d’actifs renouvelables, notamment en Pologne et au Danemark.

Plus de 25 ans d'expérience dans le stockage de CO2

Mais Equinor mise surtout sur le stockage de CO2 (CCS). Il serait en mesure de stocker entre 15 et 30 millions de tonnes de CO2 par an en mer du Nord d’ici à 2035, amenées par pipeline ou bateau depuis l’Allemagne et la Belgique, voire la France. Cela représenterait 25 % du marché européen du transport et stockage du CO2. En mer du Nord, dans des aquifères salins ou de puits de gaz déplétés, le pays dispose d’un potentiel de 113 gigatonnes (Gt) de stockage de CO2 contre 78 Gt au Royaume-Uni (qui «le réserve à au stockage domestique», avance Cristel Lambton, chef de projet CCS chez Equinor), 7 Gt au Danemark, 3 Gt en l’Allemagne et 2 Gt aux Pays-Bas, évalue l'entreprise.

Le pétrolier a surtout derrière lui 27 ans d’expérience de CCS. Sur le champ gazier de Sleipner, Equinor a injecté depuis 1996 18 millions de tonnes de CO2, qui y sont toujours. Equinor injecte aussi au nord du pays, sur le champ gazier de Snøvik, par une canalisation de 150 km, le CO2 émis par un train de liquéfaction GNL Melkøya. «Nous maitrisons très bien la manière dont le CO2 se déplace ensuite dans la roche», explique Cristel Lambton.

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champs de stockage de CO2 d'EquinorEquinor
champs de stockage de CO2 d'Equinor champs de stockage de CO2 d'Equinor (BARBAUX, Aurelie)

Pour en faire un business et proposer ses services de stockages à d’autres pays, Equinor, en partenariat avec TotalEnergies et Shell et le soutien du gouvernement, a lancé le projet Northern Lights. Il comprend notamment la construction d’un terminal de CO2 au nord de Bergen où arrivera par bateau du CO2 capté sur la cimenterie de l’Allemand Heidelberg à Brevik au sud d’Oslo et d’autres industriels. De là, il sera injecté par pipeline sous la mer du Nord. La phase 1 aura une capacité de 1,5 million de tonnes, déjà vendue. Une phase 2 de 5 MtCO2/an est en cours de commercialisation. Le projet Northern Ligts doit entrer en service en 2024. Une phase trois est déjà à l’étude.

Importer du CO2 et exporter l'hydrogène bleu

Equinor a également décroché de nouvelles licences pour stocker du CO2 sous la mer du Nord. Il a annoncé un projet Endurance pour 2026 et un autre sur le champ de Smeaheia (20 MtCO2/an) pour 2030. Des réflexions pour capter et stocker le CO2 d’ArcelorMittal à Dunkerque (Nord) ont été lancées. Car seul un des deux hauts fourneaux doit être remplacé par une installation de réduction directe, sans coke. Ce CO2 serait amené au port de Zeebruges (Belgique) soit par bateau soit par un pipe dédié. 

projet de pipe CO2 et H2Equinor
projet de pipe CO2 et H2 projet de pipe CO2 et H2 (BARBAUX, Aurelie)

Equinor espère aussi exporter de l’hydrogène bleu, produit à partir du gaz naturel avec captage de CO2, ce qui permet d’entrer dans la taxonomie verte européenne. Equinor dit vouloir en produire 2,5 millions de tonnes d’hydrogène par an sur la côte ouest de la Norvège et l’envoyer en Europe par pipe vers le port d’Anvers/Gand en Belgique. Et prendre ainsi 10% du marché européen, qui risque de manquer d’énergies renouvelables pour produire son hydrogène décarboné. «Il faudrait 40 GW de renouvelables pour produire autant en hydrogène vert [à partir de l’électrolyse de l’eau, ndlr]», explique un porte-parole d’Equinor. La phase 1 commencera en 2026 pour une mise en service en 2030. Equinor veut atteindre les 20 millions de tonnes d’hydrogène bleu par an et captera le CO2 du port.  

Un site de test pour la capture

Si la capture n’est pas sa spécialité, il a développé un centre de test dédié, le Technology Centre Mondstag (TCM), sur le site d’une raffinerie. Mis en service en 2012 au nord de Bergen, il est financé par l’État et les partenaires comme le norvégien Gassnova. Il est surtout accessible à d’autres industriels. «Il est important pour nous que la concurrence se développe pour baisser les coûts de la capture et développer le marché du transport et du stockage», explique Cristel Lambton. Certes, lorsque qu’en mars dernier, le Danemark a volé à la Norvège la première place en matières d'injection de CO2 sous-marin, en utilisant un ancien puit de gaz, «cela nous a laissé un goût amer», reconnait Cristel Lambton. Mais cela reste une réussite symbolique. Qui démontre que le CCS est bel et bien entré en phase industrielle.

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