Analyse

[Climato-éthique] Le stockage de CO2 en mer du Nord doit rester une solution de transition

L’annonce d’un premier contrat commercial avec le fabricant d'engrais Yara pour le projet Northern Ligths de TotalEnergies, Shell et Equinor lance une filière industrielle de la capture et du stockage sous-marin de CO2 (CCS) en mer du Nord. Une fausse bonne nouvelle pour le climat.

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plateforme de forage Northern Lights Transocean Enabler, à 100 km côtes Norvégienne
Le premier puits d’exploration de Northern Lights a été foré à 100 km des côtes norvégiennes en 2020. Début août 2022, la plateforme de forage Transocean Enable a commencé à forer le puits d’injection qui sera relié à celui d’exploration, puis forera un second puits contingent d’injection de secours.

« A 100 euros la tonne de CO2, on peut développer une filière de capture, transport et stockage », explique un spécialiste du CCS (Carbon capture and storage) chez TotalEnergies. Sur ce calcul, le pétrolier français a décidé d’investir en 2020 avec Equinor et Shell, à parts égales, plus de 600 millions d’euros dans la première phase du projet Northern Lights de transport et séquestration géologique de CO2 en mer du Nord norvégienne.

Un quai de chargement sur bateau du CO2 liquéfié est en cours de construction à d’Øygarden en Norvège, ainsi que trois bras de chargement de CO2 liquide sous pression par Technip Energies dans son usine de Sens (Yonne) et les deux premiers bateaux d’une capacité de 7700 m3 d’une flotte de transport de CO2, qui devraient être livrés en 2024. « Mais on réfléchit déjà à des bateaux plus gros, ainsi qu’à la construction de barges pour transporter le CO2 de sites industriels éloignés des côtes », explique l’expert de TotalEnergies.

Pour le stockage, un premier puits d’exploration a été foré à 100 km des côtes norvégiennes en 2020. Début août 2022, la plateforme de forage Transocean Enable a commencé à forer le puits d’injection qui sera relié à celui d’exploration, puis forera un second puits contingent d’injection de secours. Tout devrait être prêt mi-2024 pour stocker 1,5 million de tonnes de CO2 par an. Mais des capacités supplémentaires sont déjà prévues pour porter les capacités de stockage à 5 millions de tonnes par an. Le norvégien Equinor et l’allemand Wintershall Dea envisagent aussi la construction d’un pipeline de CO2 de 900 kilomètres entre l'Allemagne et la Norvège. 

La phase 2 de Northern Lights bien enclenchée

Avec un premier contrat commercial signé fin août 2022 avec le producteur d’engrais Yara pour stocker 800 000 tonnes de CO2 par an émis par son site de Sluiskil aux Pays-Bas, un premier pilote sur une unité d’incinération d’Oslo, une cimenterie norvégienne et les premiers besoins de stockage des trois pétroliers fondateurs du projet, les capacités de séquestration géologique à 2600 mètres de profondeur de la première phase de Northern Lights seront déjà remplies. Or, pour décarboner les industries européennes du ciment, de l’acier, de la chimie et des déchets, les besoins de stockage pourraient être immenses. TotalEnergies a d’ailleurs « pour objectif de développer une capacité de plus de 10 millions de tonnes par an de stockage de CO2 d’ici à 2030, incluant le stockage pour ses propres installations ainsi que l’offre de stockage pour ses clients, en ligne avec notre ambition d'atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050, ensemble avec la société », a expliqué Patrick Pouyanné, le PDG du groupe. En juin 2021, le français avait dévoilé un autre projet de transport de CO2, Aramis, aux Pays-Bas cette fois.

Un frein à la sobriété

Le CCS apparaît dans la plupart des scénarios de neutralité carbone comme une solution indispensable à la décarbonation de toutes ces industries fortement émettrices de gaz à effet de serre. Surtout maintenant que la tonne de CO2 se négocie à plus de 90 euros la tonne en Europe. C’est aussi une solution pour développer des carburants alternatifs décarbonés. Le Qatar a ainsi annoncé le 31 août la construction de la plus grande usine d’ammoniac bleu au monde (à partir de gaz avec CCS), grâce à un investissement de 1,156 milliard de dollars. D’une capacité de 1,2 million de tonnes par an, elle sera dotée d’installations permettant de capter 1,5 million de tonnes de CO2 par an… qu’il faudra bien stocker ou réutiliser (passant alors du CCS au CCUS, pour Carbon capture, utilization and storage).

Sur le papier, ce sont donc plutôt de bonnes nouvelles pour le climat. Sauf que cette solution CCS n’incite ni à la sobriété, ni à sortir des énergies fossiles, pourtant indispensables pour assurer la souveraineté des pays et une réindustrialisation durable. Pire, comme dans toute filière, « plus on massifie le transport [de CO2], plus on diminue les coûts », rappelle-t-on chez TotalEnergies. Il ne faudrait pas non plus que, dans quelques années, on se retrouve avec des infrastructures de CCS à utiliser artificiellement. D’ores et déjà, cette technologie doit donc être développée par les pétroliers comme un business de transition… comme le gaz naturel.

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