Chronique

[Fenêtre sur l’Europe] La sobriété, nouvel horizon de l’Europe

La Commission européenne veut favoriser la production de produits plus verts et plus durables et imposer des critères précis d’éco-conception aux industriels. Avec l’objectif que le consommateur achète moins.

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Atelier Résilience, à Roubaix, relance la production textile par des contrats d'insertion.
La Commission européenne a détaillé un plan pour rendre la filière plus durable.

La guerre en Ukraine va-t-elle accélérer la transition énergétique de l’Europe ? Elle offre en tout cas un nouvel argument à Bruxelles pour défendre son ambitieux paquet en faveur de l’économie circulaire. Allonger la durée de vie des téléphones portables, des vêtements et des ordinateurs pourrait « permettre aux Européens d’économiser d’ici à 2030 l'équivalent de 150 milliards de m3 de gaz naturel, ce qui équivaut pratiquement aux importations de gaz russe », glisse la Commission européenne.

Consommer moins, mais consommer mieux. Pour tenir ses engagements de neutralité carbone en 2050, Bruxelles s’est converti à la sobriété.C'est une révolution que la Commission compte provoquer, en encourageant la fabrication de produits plus verts et plus durables. De quoi secouer les secteurs industriels. Car en dehors de l’agroalimentaire et des médicaments, aucun produit ne devrait y échapper, des meubles en passant par les pneus, les peintures et le textile.

Pour fabriquer plus durable, le règlement préparé par la Commission doit établir une série de critères à respecter en matière d’efficacité énergétique, mais aussi de durabilité, de réparabilité et d’empreinte environnementale et climatique. Une nouveauté. Jusqu’à présent, l’Europe disposait déjà d’une directive encourageant l’éco-conception. Mais elle ne se concentrait que sur l’efficacité énergétique, sans prendre en compte les autres critères. Elle aurait déjà permis d’économiser 120 milliards d’euros, selon la Commission.

Des plans durabilité par produits précisés d'ici fin 2022

La Commission prévoit aussi d’imposer aux industriels de déclarer ce qu’ils font de leurs invendus. Ils devront détailler la part de leurs produits recyclés et valorisés. Dans certains cas, la Commission pourra même interdire la destruction des invendus. En échange, les capacités de valorisation et de recyclage vont devoir s’accélérer. Bruxelles propose par ailleurs de renforcer l’information du consommateur final sur ce qu’il achète. Un passeport numérique, apposé sur chaque produit, doit répertorier les informations clés sur la réparabilité du produit, les matières qu’il contient, sa durée de vie et sa recyclabilité en fin de vie. De quoi assurer un achat éclairé.

Le chantier étant titanesque, la Commission va décliner dans des textes sectoriels plus précis les obligations créées pour chaque secteur dans les prochains mois. Bruxelles a déjà mené l’exercice pour le textile et y plaide pour réduire le nombre de collections par an et la présence de microplastiques dans les tissus. Un plan a aussi été élaboré pour les matériaux de construction. D’ici à la fin 2022, d’ autres plans devraient suivre pour inciter les industriels à utiliser moins de matières premières et à réutiliser davantage de produits recyclés notamment. Bon pour la planète et pour la résilience de l'économie européenne aux chocs d'approvisionnement.

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