L'écoconception, un enjeu clé de formation

La prise de conscience des industriels quant aux enjeux stratégiques et économiques de l'écoconception pousse les organismes de formation à développer leur offre sur le sujet.

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En 2025, Polyvia a lancé des outils inspirés des « Fresques du climat », les Polyfresques.

Depuis le 28 juin 2024, l’Union européenne dispose d’un nouvel outil pour promouvoir l’économie circulaire: le règlement européen pour l’écoconception des produits durables (ESPR) applique désormais une obligation d’écoconception à l’ensemble des biens mis sur le marché. Par écoconception, cette réglementation entend l'intégration de considérations relatives à la durabilité environnementale dans les caractéristiques du produit, mais aussi dans les processus mis en œuvre au long de sa chaîne de valeur. Des exigences qui portent aussi bien sur la performance des produits que sur les informations les concernant.

À partir de 2027, chaque produit mis sur le marché devra être accompagné d'un « passeport numérique » avec des informations sur sa durabilité, son origine, sa composition, la façon de le recycler ou encore les options de réparabilité. Cette nouvelle réglementation sur l’écoconception pourrait transformer en profondeur les industries européennes, à condition que celles-ci disposent des compétences nécessaires. « Ces dernières années, il y a une réelle prise de conscience des entreprises manufacturières sur les enjeux stratégiques et économiques de l’écoconception », constate Rémi Lukowski, expert en économie circulaire pour le groupe Polyvia (Polyvia, Polyvia Solutions & Ispa).

« Une réelle prise de conscience »

Une prise de conscience qui passe notamment par l’intérêt croissant des jeunes générations pour les sujets environnementaux. « Des entreprises nous contactent pour monter en compétences sur l’écoconception après être passées à côté de recrutements parce qu’elles étaient incapables de répondre aux questions également formateur en écoconception. Reflet de l’intérêt croissant autour de ces thématiques, « des modules de sensibilisation sont en cours de développement pour faire évoluer les contenus de formation pour tous nos cursus. Même des formations historiques telles que chef de projet en matériaux composites vont intégrer désormais un bloc de compétences dédié à l’écoconception. Une évolution des équipements de formation est aussi en cours », explique le formateur. D'ailleurs une nouvelle zone de recyclage, équipée notamment d’un thermogranulateur, a récemment été installée dans les ateliers de l’Ispa Lyon.

Double mutation

À l’Insa Lyon, cette prise de conscience a également donné naissance à deux nouvelles formations proposées depuis la rentrée 2024. « Dans l’industrie, et particulièrement dans la plasturgie dont le tissu industriel est principalement composé de PME et de TPE, il y a une forte demande de techniciens supérieurs et cadres intermédiaires capables de faire le lien entre les ingénieurs et les opérateurs machines », rapporte Jean-Yves Charmeau, le directeur du site d’Oyonnax de l’Insa Lyon. Le nouveau Bachelor assistant ingénieur en Mutations technologiques et industrielles (MTI) a été pensé pour cela: il forme des personnes capables de faire du management de terrain entre les ingénieurs, les techniciens et ouvriers, pour relayer et encadrer des projets afin d’accompagner les entreprises dans leur mutation écologique, mais aussi numérique. « Il est important de ne pas opposer l’aspect écologique et l’aspect numérique, car produire plus proprement implique une production plus efficiente sur le plan énergétique, et cela passe notamment par un captage des données et une optimisation des machines », explique Jean-Yves Charmeau.

L’Insa Lyon propose également un diplôme d’ingénieur de spécialisation pour l’industrie des polymères et composites – Écoresponsable, efficience et digitalisation, en partenariat avec l’Ispa et son cursus Emrec, qui forme des cadres de haut niveau, pour manager, piloter et implanter dans les PME, ETI et les sites de production de grandes entreprises, cette double mutation. Portée par des jeunes toujours plus nombreux à s’intéresser à l’écoconception, l’offre de formation continue s’est elle aussi étoffée. « Nos premières formations continues sur le thème datent de 2018, indique Rémi Lukowski. Il s’agit de deux parcours de deux jours : l’un sur l’écoconception en général, l’autre sur l’analyse du cycle de vie (ACV). » Preuve en est de l’intérêt actuel croissant pour ces sujets, le catalogue 2025 de Polyvia Solutions affiche le développement durable comme un des quatre enjeux clés en termes de compétences. Depuis cette année, une attention toute particulière est portée à la décarbonation avec de nouvelles formations sur le Bilan carbone, le bilan des gaz à effet de serre, la mise en œuvre de la directive CSRD, etc. Une offre qui va continuer à s’enrichir, notamment sur la biodiversité ou encore la RSE avec un focus sur les achats responsables…

Vers des formations plus sectorielles

Des modules de formation plus sectoriels devraient également voir le jour. Tout ceci dans le cadre du projet CAP3R « Compétences Avenir Plasturgie pour la décarbonation » lauréat 2024 de France 2030, porté parl’Ispa et associant l’IMT Nord Europe et quatre représentants intersectoriels du monde professionnel. « L’un des objectifs de notre fiche d’action est de construire des modules de formation à tous les niveaux sur le recyclage et la recyclabilité des produits de notre filière », confie Philippe Eudeline, président de Nae, le réseau des professionnels de l'aéronautique, du spatial, de la défense et de la sécurité en Normandie qui est partenaire du projet.

Enfin, Polyvia se mobilise également pour sensibiliser et accompagner sur ces enjeux écologiques, stratégiques et économiques de l’écoconception. Depuis le début de l’année, tous les troisièmes mardis du mois, un webinaire sur le développement durable est organisé pour fournir des informations aux adhérents, décrypter la réglementation et amorcer une réflexion sur la montée en compétences des entreprises. Par ailleurs, avec le financement d’État Deffinum, des outils de ludopédagogie ont été lancés en 2025, les Polyfresques, inspirés des Fresques du climat. « L’une d’elles est consacrée à l’économie circulaire, confie Rémi Lukowski. Ce sont des outils polyvalents que nous pouvons utiliser en formation initiale ou continue, mais aussi comme vecteur d’attractivité. »

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