L’Usine Nouvelle. - Vous vous présentez comme un fan de la France. Pourquoi?
Jan Christian Vestre. - Parce que je pense que vous montrez le chemin. Vous montrez à l’Europe comment on peut accélérer la transition verte, aller plus vite, plus loin, avec ce plan d’investissement sur dix secteurs, comprenant l’hydrogène, l’éolien offshore et la décarbonation de l’industrie. C’est très inspirant et nous aimerions travailler avec vous. Nous avons des choses à mettre sur la table en matière d’éolien en mer, d'hydrogène et de capture et stockage de carbone (CCS). Nous pouvons travailler ensemble sur la recherche et développement et l’implémentation de ces nouvelles technologies, pour aller plus vite et être plus efficaces en termes de coûts.
La Norvegian CO2 association vient de vous offrir un pense-bête pour vous rappeler de donner de la valeur au carbone, de donner de la valeur au CCS et d’utiliser le levier de l'achat public pour développer ces filières. La Norvège n'actionne-t-elle pas déjà tous ces mécanismes?
Il est important que nous développions une équipe européenne de la taxation du CO2. La Norvège a été l’un des premiers pays à le faire il y a 30 ans. Cela a permis la réduction des émissions de l’industrie. L’acier et l’aluminium ont réduit leurs émissions de 40% par rapport à 1990. Dans le même temps, la production a augmenté de 40%. Nous avons réussi à découpler la croissance économique et les emplois, des émissions de CO2. La taxe carbone est très efficace.

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Mais pour être sûrs d’avoir aussi des carottes et pas seulement des bâtons, nous avons des incitations pour aller de l’avant dans notre feuille de route relative à l’industrie verte. Nous disposons de garanties d’État, de prêts et de subventions d’État, pour environ 6 milliards d’euros sur les trois prochaines années. Le gouvernement norvégien est aussi engagé pour aider et mobiliser les financements privés pour ces projets. Et nous pouvons utiliser les achats publics pour atteindre nos objectifs énergétiques et climatiques.
Avez-vous déjà utilisé le levier pouvoir d’achat?
Nous allons utiliser les achats publics avec les ferries. 60% sont entièrement électriques. Et parce que nous avons utilisé ce levier, nous pouvons viser le zéro émission pour les ferries. Et nous allons continuer dans le CCS, l’éolien en mer, l’hydrogène et d’autres technologies.
Avez-vous des accords avec d’autres pays que la France?
Nous travaillons avec l’Union européenne, avec des pays comme l’Allemagne et les pays nordiques. J’ai eu un très riche échange avec votre ministre de l’Energie[Agnès Pannier-Runacher, ndlr]. Nous avons décidé de travailler ensemble d’une manière plus structurée que les questions d’hydrogène, de CCS et d'éolien flottant, mais aussi les minéraux et les batteries. Les deux gouvernements doivent travailler ensemble et les entreprises doivent travailler ensemble. On réussit bien plus de choses en unissant ses forces.
Est-il vrai que la Norvège veut exporter de l'hydrogène vert et bleu en Europe?
Oui, c’est effectivement une piste que nous étudions. Notre approche est de chercher à produire l'hydrogène le plus zéro carbone possible, qu'il soit vert, rose ou bleu. Pour nous, cela n’a pas d’importance, avec ou sans fossile, du moment que l'hydrogène est zéro émission [grâce à du CCS, c'est l'hydrogène bleu, ndlr]. Nous travaillons déjà sur des projets d’hydrogène vert, mais nous regardons aussi l’hydrogène bleu, parce que nous avons encore beaucoup de gaz disponible. Et si nous pouvons le convertir en hydrogène bleu, sans émissions en utilisant le CCS. Nous allons avancer dans cette voie.
L’Europe veut importer 10 millions de tonnes d’hydrogène. Quel volume pourrait provenir de Norvège?
Nous sommes capables de le faire. Nous développons cette industrie. Nous avons déjà l’infrastructure. C’est un des sujets précis dont je souhaite parler avec le gouvernement français, que ce soit sur la demande et la chaîne logistique, ce que nous pouvons fournir, et comment cela pourrait bénéficier aux deux pays. Je suis très optimiste pour le futur. Et je pense que la France montre déjà la voie. Et si nous travaillons ensemble, nous irons plus vite, nous serons économiquement plus efficaces et ce sera positif pour nos deux industries.



