Les investissements dans les énergies vertes progressent, mais restent notablement insuffisants. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) dresse, dans son dernier rapport présenté mercredi 22 juin sur les investissements dans l’énergie, un bilan en demi-teinte du développement des énergies renouvelables, en plein boom (+12% depuis 2020), mais essentiellement concentrées dans les pays les plus avancés, ainsi qu’en Chine. D’autant que les investissements dans les énergies fossiles progressent de 10% sur un an, bien qu'ils restent qu’en dessous de leurs niveaux pré-pandémie.
Les investissements dans le charbon ont augmenté dans les mêmes proportions en 2021, en lien avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. « Bien que la Chine ait promis l’arrêt de la construction de centrales à charbon à l’étranger, un nombre significatif des nouvelles structures provient du marché intérieur chinois », souligne le rapport de l’AIE. « C’est une alerte rouge quand on vise l’objectif de rester sous les 1,5°C de réchauffement », aaverti en conférence de presse Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE. « Ce fort recours au charbon, en particulier dans les pays émergents d’Asie, correspond aussi à une volonté de sécurité, présente bien avant l’invasion de l’Ukraine », détaille lors du même événement Tim Gouf, économiste de l'AIE spécialisé sur les questions énergétiques.
Au total, 2,4 trilliards de dollars seront dépensés en énergie en 2022, soit une augmentation de 8%. « Bien qu'encourageante, la hausse des investissements est toujours loin d’être suffisante pour appréhender les multiples aspects de la crise actuelle de l’énergie et mener à un futur énergétique plus propre et plus sûr », décrit le rapport.
Investissements dans les matériaux de la transition
L’Agence internationale de l’énergie se félicite de la forte croissance des investissements dans les énergies vertes, qui n'augmentaient que de 2% par an depuis 2015 et la signature de l’accord de Paris. C’est particulièrement vrai pour les réseaux et les systèmes de stockage, qui représentent désormais « plus de 80% des investissements totaux dans le secteur de l’électricité », précise le rapport. Les dépenses liées au solaire, aux batteries et aux véhicules électriques « augmentent désormais à des taux compatibles avec l’objectif de zéro émission nette d’ici à 2050 ». Celles fléchées vers des technologies prometteuses, mais encore en développement, comme l’hydrogène vert, les batteries et la capture de carbone, vont augmenter sensiblement. L’investissement dans le stockage d'énergie par batteries devrait ainsi plus que doubler pour atteindre quasiment 20 milliards de dollars en 2022.

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Si le soutien financier des gouvernements pèse dans ces très bons chiffres, l’AIE indique qu’une partie de cette hausse est due à la pression exercée sur les chaînes d’approvisionnement. « Près de la moitié de l’augmentation globale des dépenses est le reflet de coûts plus élevés, de la main-d'œuvre aux services en passant par les matériaux comme le ciment, l’acier et les minerais critiques », est-il fait mention dans le rapport. Ces coûts représentent un frein considérable pour les pays en développement, qui continuent d'investir dans les énergies renouvelables au même niveau qu’en 2015.
Le rapport, le septième du genre sur les investissements dans l’énergie, se conclut sur un bilan des minerais nécessaires à l’élaboration des batteries, le premier du genre pour l’AIE. Les dépenses d’exploration ont augmenté de 30% en 2021, notamment aux Etats-Unis, au Canada et en Amérique latine. « Une différence importante entre le pétrole, le gaz et les minerais est que les investisseurs hésitent à parier sur le pétrole et le gaz sur le long terme, mais pas sur les minerais », ajoute Tim Gouf.
Le GNL freiné par son coût dans les pays émergents
La progression des investissements dans les énergies fossiles, en particulier dans le gaz et le pétrole, est un autre motif d’inquiétude pour l’AIE. « Les dépenses dans ce domaine sont trop hautes pour s’aligner sur l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, mais pas assez pour satisfaire la demande croissante », pointe l’organisme. Boostés par la flambée des prix, les revenus du pétrole et du gaz atteindront 4 trilliards de dollars en 2022, « plus du double de sa moyenne sur les cinq dernières années ». Si les compagnies pétrolières et gazières dépensent davantage dans les énergies renouvelables, ce chiffre n’atteint aujourd’hui que 5% de leurs dépenses en capital, contre 1% en 2019. « 95% vont aux investissements traditionnels », regrette Fatih Birol.
La guerre en Ukraine, et l’explosion des prix de l’énergie qu’elle a provoquée, explique selon l’AIE que les investissements dans le gaz et le pétrole restent bien en deçà de ceux en 2019 - bien qu’ils aient augmenté de 10% sur un an. Le gaz naturel liquéfié (GNL) devrait profiter de ce moindre recours aux hydrocarbures, « mais la plupart des projets de GNL requièrent de trois à quatre ans entre la décision finale et le début de l’exploitation, nuance Tim Gouf. Le retour sur investissement prend donc beaucoup de temps ». Depuis la forte hausse des prix du gaz l’an dernier, les pays asiatiques n’ont validé que deux projets d’investissement dans le GNL, illustre-t-il.
« Notre message clé, conclut Tim Gouf, est que les choses doivent changer face à ces différences de recours aux énergies fossiles et aux énergies vertes. Notre préférence va à une hausse des dépenses dans les renouvelables et les infrastructures ». « Du point de vue de l’AIE, nous ne pouvons pas nous payer le luxe d’ignorer la crise actuelle de l’énergie comme le réchauffement climatique, et nous croyons que nous n’avons pas besoin de choisir entre les deux », confirme Fatih Baril. Le rapport est maintenant entre les mains des décideurs.



