Passation de pouvoir chez Valeo. Mercredi 26 janvier, dans l’après-midi, le conseil d’administration du groupe français va se réunir pour désigner son nouveau directeur général, dans le cadre de la scission des fonctions de directeur général et président : Christophe Périllat. L’actuel directeur général délégué va succéder à Jacques Aschenbroich, qui a dirigé pendant 13 ans l’équipementier automobile. Ce dernier, nommé directeur général en 2009, puis PDG en 2016, restera président du conseil d’administration jusqu’à la fin de son mandat en mai 2023.
En 2021, Jacques Aschenbroich s’était engagé à assurer une transition en douceur avec Christophe Périllat. « Je l’accompagnerai comme président avec pour seule ambition que cette succession soit exemplaire en une période de rupture dans le monde automobile », avait promis le PDG aux actionnaires. Le choix de la continuité s’est imposé aux administrateurs. Diplômé de Polytechnique et des Mines, Christophe Périllat est entré chez Valeo en 2000. « Sa connaissance de Valeo et du monde automobile, sa connaissance de nos clients, sa vision stratégique, en font indubitablement le meilleur candidat pour exercer ces fonctions », a insisté Jacques Aschenbroich.
Cap sur l’électrique et les ADAS
À 56 ans, Christophe Périllat devrait poursuivre la transformation engagée par son prédécesseur. « Valeo s’engage, et je m’engage à réussir notre développement vers une mobilité durable, électrique et plus sûre », a-t-il déclaré lors de l’assemblée générale de mai 2021. Une ambition qui suppose de poursuivre les investissements engagés depuis plusieurs années par Valeo dans l’électrification et les systèmes d’aides à la conduite.
Les systèmes 48 volts ont déjà représenté plus de 8 milliards d’euros de prises de commandes pour le groupe, tandis que les solutions d’électrification haute tension, développées par la coentreprise Valeo Siemens eAutomotive, ont totalisé 18 milliards d’euros de prises de commandes. Mais cette alliance avec Siemens continue à peser sur les résultats de Valeo, qui a toutefois annoncé que sa contribution négative serait réduite en 2021.
Christophe Périllat a confirmé qu’il maintiendrait les efforts de diversification hors de l’automobile. Conscient du potentiel de ses technologies d’électrification, Valeo a notamment présenté en janvier une chaîne de propulsion à destination des motos électriques. L’équipementier fournit également le système de propulsion de l’AMI de Citroën.
Maintien de l’emploi
Chahuté par la crise sanitaire à l’image de l’ensemble de l’industrie automobile, Valeo a signé en France en 2020 un accord collectif pour améliorer la compétitivité des sites français. Le groupe s’est engagé à ne pas fermer de site et à ne pas recourir à des plans sociaux jusqu’à l’été 2022. Peu avant, au premier semestre 2020, Valeo avait indiqué la suppression de 12 000 emplois dans le monde. En France, environ 2 000 postes avaient été supprimés sur la période, essentiellement par le biais de contrats d’intérimaires non reconduits.
La crise a duré bien plus longtemps que prévu pour les équipementiers automobiles, entre les pénuries de semi-conducteurs et les phénomènes d'inflation. « Chaque semaine, nos clients réduisent leurs programmes de production », confiait Jacques Aschenbroich en novembre 2021, lors des Assises de l'Industrie organisées par L'Usine Nouvelle. Il faut ajouter à ces perturbations une recomposition du paysage des équipementiers automobiles. Dans le domaine du logiciel, l'arrivée de nouveaux acteurs comme Amazon et Google fait peser un risque de concurrence pour les acteurs traditionnels.
Convaincre les marchés financiers
Dans un tel contexte, les futurs arbitrages de Christophe Périllat devraient être scrutés de près, surtout en France où la filière automobile connaît de fortes difficultés, sur fond de transition des moteurs thermiques à l’électrique et de délocalisation de la production de véhicules finis hors de France. L’ex-numéro deux de Valeo devra enfin convaincre les analystes financiers. Les avertissements sur résultats pénalisent le cours de Bourse de l’équipementier. En 2019, Jacques Aschenbroich était revenu sur les raisons de la sortie de Valeo du CAC 40 pour L’Usine Nouvelle. Un chantier auquel devra sans doute s’atteler aussi Christophe Périllat.



