Il n'y a pas que les stations services qui vont devoir se réinventer avec l'essor de la voiture électrique. Les concessions automobiles aussi sont à l'aube d'une révolution. La décision de Stellantis de résilier ses contrats avec tous ses concessionnaires sur le Vieux continent (sur fond de changement réglementaire européen à venir) l'a rappelé de façon brutale.
L'annonce du groupe issu de la fusion de FCA et PSA ne repose pas uniquement sur la volonté de rationaliser un tissu de concessions pléthorique (avec 20 marques et autant de réseaux). Il tient également compte de l'évolution des usages, accélérée par la pandémie du Covid-19. Comme dans le secteur du luxe, la crise du Covid et la fermeture des points de vente ont donné un coup de boost à la numérisation du processus de vente. Peugeot et Citroën ont par exemple lancé lors du deuxième confinement un showroom virtuel, permettant la mise en relation de clients intéressés par un modèle avec des vendeurs en ligne. La livraison de véhicules sans contact à domicile est devenu un nouveau service très apprécié des consommateurs. La concession "physique" n'est plus au coeur du processus d'achat : c'est internet où l'on choisit, compare, personnalise, réserve son futur véhicule, et il n'y aura pas de retour en arrière. On n'achète plus une voiture neuve en 2021 comme on le faisait en 2011... et souvent on n'achète plus de voiture neuve tout court ! Ces dernières années, la location avec option d'achat est devenue l'option privilégiée pour le financement de son véhicule neuf : on ne "possède" donc plus sa voiture, on la loue sur le modèle de l'abonnement. Et bien souvent l'achat d'une deuxième voiture neuve est remplacé par l'acquisition d'un véhicule d'occasion, l'utilisation services de mobilité à la demande, ou, en ville, par l'achat d'un vélo. L'âge moyen des acheteurs automobiles en France se situe désormais au delà des 55 ans en France !
Pour toutes ces raisons, s'appuyer majoritairement sur des vastes concessions-vitrines en périphérie des grandes villes semble une stratégie vouée à l'échec. Pour attirer des consommateurs plus jeunes, il faut se rapprocher des endroits qu'ils fréquentent déjà : les sites de e-commerce, les réseaux sociaux et les centres-commerciaux généralistes de centre-ville, et leur proposer des services et expériences qui leur parlent. On a vu des premières tentatives de showrooms de voitures électriques installés au coeur même de galeries marchandes. Dacia s'est associé à Leclerc pour proposer la location de son premier modèle électrique, la Spring. Citroën vend même sa micro-citadine Ami dans les Fnac et Darty ! Ces tentatives vont se multiplier : les constructeurs automobiles vont devoir rivaliser d'inventivité pour se (re)connecter aux plus jeunes consommateurs.



