C’est au cœur de la rue de l’Industrie, à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), qu’une grande part du matériel du cinéma français est entreposée. A l’intérieur de ce bâtiment aux allures de hangar, des rayonnages montent au plafond jusqu’à une dizaine de mètres, chargés de matériel de pièces mécaniques.
Bienvenue chez Transpa, un des trois principaux loueurs français d’équipements pour le septième art. Au sein du groupe, Transpagrip est dédié à la machinerie, tandis que Transpacam se concentre sur les caméras et Transpalux, la lumière. Fournissant grues, rails et autres stabilisateurs indispensables aux chefs opérateurs des films, Transpagrip a généré 4,5 millions d’euros de chiffre d'affaires en 2020, sur un total de 33 millions d'euros pour l'ensemble du groupe.
Franck Graumann, le directeur de Transpacam et Transpagrip, ouvre les portes de la machinerie au cinéma à L’Usine Nouvelle.

Vue de l'intérieur de Transpagrip, le temple dédié à la machinerie du cinéma. Tous les crédits photos: Roman Epitropakis
La dolly, reine de la machinerie
Au cours de la visite, l’œil ne peut s’empêcher de remarquer des petits véhicules à grosses roues. Nommés dolly, ces systèmes sont des éléments de machinerie centraux pour le tournage. C’est sur ces solutions que viennent se fixer les caméras afin d’assurer des travellings en tout genre.
Roman Epitropakis Quelques références du groupe Transpa.
Sur cet équipement, deux entreprises font la course. "Chez nous, la quasi-intégralité des dolly provient des Américains Chapman et Fisher", explique Franck Graumann en déambulant dans la salle. Quelques jours plus tôt, Patrick Leplat, dirigeant du loueur de matériel Panavision France, confirmait à L’Usine Nouvelle: "Chapman et Fisher ne sont pas dominants, ils sont archi-dominants !"

Une dolly sur le tournage de la série Cain à Marseille. Source: compte Instagram de Transpagrip
Quelques acteurs européens
La visite permet de découvrir d’autres engins à roulettes, stabilisateurs, grues et rails. Sur ces technologies, les deux géants américains concèdent un peu de place au seul concurrent de taille, l’Allemand Panther. "Sur le reste de la machinerie, le rapport de force est de l'ordre de 80% au profit de Chapman, 15% pour Fisher et 5% pour Panther", estime le directeur de Transpagrip.
Bien que la barrière à l’entrée ne soit pas aussi forte dans la machinerie que sur les caméras, Chapman et Fisher restent indéboulonnables. Selon le loueur, le phénomène tient à la relation de longue date qu’entretiennent les professionnels des plateaux de tournage avec ces deux marques. La technologie, qui a très peu évolué ces dernières décennies, renforce d'autant plus l'emprise de ces deux acteurs.
Roman Epitropakis On note toutefois la présence de quelques acteurs européens, comme le Français l’Aigle² qui propose des stabilisateurs. Dans l'entrepôt de Transpagrip, on aperçoit ici ou là des produits d'autres marques, comme un stabilisateur Ronin de la marque chinoise DJI, ou le Barcelonais Supertechno et ses bras télescopiques.
Le drone se fait une timide place
Nouveau venu dans la machinerie du cinéma, le drone ouvre de nouvelles possibilités pour s’affranchir des grues ou des hélicoptères. David Chambille, chef opérateur du film France, présenté au festival de Cannes, a eu volontiers recours à un drone DJI. Mais la solution se heurte encore à certaines limites.
"Les caméras et optiques embarquées ne sont pas encore totalement satisfaisantes sur le plan de la qualité d’image, expliquait-il à L’Usine Nouvelle. Les caméras offrant des performances supérieures sont plus lourdes: cela nécessite d’avoir des drones capables de supporter le poids, et de disposer des autorisations nécessaires pour les utiliser. Mais tout ceci représente un surcoût". De quoi expliquer que Transpagrip n’ait pas encore entamé le virage du drone.
Roman Epitropakis La salle de test du matériel de cinéma sur le site de Transpa.
Pour les professionnels venant s’équiper auprès de Transpagrip, une salle blanche est mise à disposition. Elle permet de tester la machinerie avec les caméras. A l'extérieur sur le parking, une flotte de deux cent véhicules du groupe Transpa est prête à acheminer l’ensemble de la machinerie, caméras et lumière sur les tournages qui nous transporteront, nous spectateurs… Depuis nos salles de cinéma.
Roman Epitropakis 


