«…» : un titre qui fait écho à l’idée de plus en plus répandue que notre monde ne sera plus habitable demain, détruit par l’exploitation humaine acharnée dont il fait l’objet... Or ce titre est barré, suggérant que cette idée doit être corrigée, voire remplacée par une autre. Il condense ainsi l’un des fondements de l’exposition qu’il nomme : une sorte d’optimisme réaliste, qui prend acte de la crise écologique actuelle tout en esquissant des façons d’en sortir. Mais pour exister, demain ne peut pas reproduire les travers d’aujourd’hui : beaucoup d’œuvres de l’exposition nous proposent donc, chacune à leur manière, de repenser notre rapport à l’environnement et aux autres pour construire un nouveau monde habitable pour tous.
De la crise écologique à l’émergence de nouveaux modes de vie
Des morceaux de corps en costume qui s’enfoncent dans des sables mouvants : telle est la première image que découvre le visiteur de l’exposition «… de l’art et des regards sur la sobriété». Il s’agit de l’installation «Zen Garden», signée Bianca Argimón : dans un jardin japonais ensablé, des hommes d'affaires remplacent les bonzaïs. Une façon pour l’artiste de suggérer le dépérissement de l’économie capitaliste lorsqu’elle ignore les limites de l’environnement qu’elle exploite.
C’est par de telles œuvres, qui pointent du doigt nos insuffisances face aux enjeux écologiques, que s’ouvre l’exposition. Mais elle cherche ensuite à dépasser ce constat d’échec : en progressant dans l’espace de la Fondation groupe EDF, le visiteur parcourt de nouveaux mondes où règne l’harmonie entre humains et non-humains. Il rencontre par exemple des corps féminins et végétaux peints par Odonchimeg Davaadorj dans «Enraciné 1, 2, 3», et des enfants qui se transforment en plantes dans une création vidéo de Léa Collet, intitulée «Digitalis».
Mais les artistes de «…» ne se contentent pas de prôner un retour à la nature. Partant du postulat que la technique peut nous aider à bâtir un avenir plus durable, de nombreuses œuvres réconcilient le respect de l’environnement avec la technologie. C’est notamment le cas dans «Les Plantes Vertes (Tender Trouble)», une tapisserie de Chloé Bensahel où s’entrecroisent des fibres végétales et des fils électroniques.
Faire dialoguer les arts et les sciences
Le nom de cette exposition reprend le titre d’une œuvre de Rero que le visiteur rencontre au début de son parcours. Il s’agit d’un triptyque avec des inscriptions blanches sur un fond de rayures. Celles-ci reproduisent les «warming stripes» (bandes du réchauffement climatique) avec lesquelles le climatologue Ed Hawkins illustre les écarts de températures par rapport aux normales sur plusieurs dizaines d’années. Plus les rayures sont rouges et brunes, plus la planète se réchauffe, comme c’est le cas dans l’œuvre de Rero. Ici, la science devient donc source de création : une démarche présente chez de nombreux autres artistes de l’exposition.
Ainsi, ce n’est pas un hasard si des interviews de chercheurs et d’universitaires ponctuent le parcours du visiteur de «…». Entre deux œuvres, il est notamment invité à écouter les réflexions de la géographe Magali Reghezza-Zit sur le changement climatique, et de l’historien François Jarrige sur la place de la technique dans notre société.
Mais les œuvres ne sont jamais de simples illustrations des discours qui les ponctuent : art et science se présentent comme deux façons complémentaires de penser notre monde, ses limites et ses futurs possibles. «…» a ainsi le mérite d’inviter ses visiteurs à la réflexion, sans chercher à leur imposer des idées arrêtées. Le mérite aussi d’être accessible à un large public, grâce à de diverses œuvres, parfois ludiques et faisant appel à tous les sens des visiteurs.
«… de l’art et des regards sur la sobriété» à la Fondation groupe EDF (6 rue Juliette Récamier, 75007) jusqu’au 29 août 2024. Entrée gratuite sur réservation.



