Au début de l’exposition «Arabofuturs», à l'Institut du monde arabe à Paris, le visiteur se retrouve nez-à-nez avec une forêt de pointes brunes, qui évoquent des gratte-ciels faits de sable : avec cette installation, intitulée «Birth of a Place», l’artiste Zahrah Al Ghamdi esquisse une cité future inspirée de l’architecture traditionnelle en briques séchées du site d'al-Turaif, en Arabie Saoudite. Une alternative au «Gulf futurism», un concept forgé par Sophia Al-Maria et Fatima Al Qadiri pour désigner les villes hypermodernisées des pays du Golfe et l’idéal de futur technologique qui leur est associé.
C’est à la remise en question de ce modèle qu’est consacrée la première section de l’exposition. Le visiteur découvre ensuite une pluralité de futurs alternatifs, mêlant science-fiction, références à la pop-culture et évocations du passé. Son parcours s’achève enfin sur une touche écologique, avec des œuvres donnant à voir des milieux résilients dans lesquels humains et non-humains cohabitent, voire fusionnent.
Pluraliser les techniques : multiplier les futurs possibles
Les mondes de demain qu’esquissent les œuvres d’Arabofuturs ont tous été imaginés par des artistes issus du monde arabe et de ses diasporas. Mais selon Nawel Dehina, l’une des deux commissaires de l’exposition, il est difficile de dégager une caractéristique commune à ces futurs qui leur confèrerait un caractère proprement arabe. S’ils ont une spécificité, elle est plurielle et réside dans leur capacité à «décentrer le regard et développer des points de vue alternatifs à l’hégémonie du futur technoscientifique, plutôt occidental», explique la commissaire de l'exposition.
Cette diversification des visions du futur repose sur une multiplicité des médiums artistiques. Certaines œuvres ont été conçues avec des technologies très modernes : Hicham Berrada a par exemple recours à l’impression 3D pour produire «Hygres», une série de sculptures hybrides, entre formes animales et minérales. «Beaucoup d’artistes emploient aussi la vidéo et le numérique pour développer leur vision du futur», explique Nawel Dehina. «Mais nous voulions aller au-delà de l’idée reçue selon laquelle le futur ne peut être que visible par la technologie : montrer qu’il peut se déployer via des médiums plus traditionnels, comme la céramique, le bas-relief ou la peinture». Cette variété de techniques protège l’exposition de toute monotonie et l’ouvre à un large public : l’artiste Mounir Ayache présente par exemple un jeu vidéo, auquel les plus jeunes sont particulièrement sensibles.
Arts et sciences
Dans la dernière salle de l’exposition, le visiteur découvre une œuvre qui prend une forme surprenante : «Terre future, après la pluie», un terrarium conçu par le plasticien franco-marocain Hicham Berrada. Suivant un réel protocole scientifique, il a placé dans un environnement végétal des circuits imprimés destinés à se décomposer peu à peu, rongés par des champignons et par l’humidité.
«Arabofuturs» esquisse ainsi la possibilité d’un dialogue entre arts et sciences, concrétisée par des conférences et des débats organisés à l’Institut du monde arabe autour de l’exposition. «Lors de ces événements, nous permettons à des artistes d’échanger avec des scientifiques pour qu’ils se nourrissent mutuellement», explique Nawel Dehina. Le 17 octobre prochain, vous pourrez par exemple venir écouter des artistes et des urbanistes dialoguer au sujet des villes et de l’architecture du futur.
«Arabofuturs, Science-fiction et nouveaux imaginaires» à l’Institut du monde arabe (Paris), jusqu’au 27 octobre 2024.



