Entretien

[Les coulisses du cinéma] A la découverte de la prise de son au cinéma avec DC Audiovisuel

A l'occasion du festival de Cannes, L'Usine Nouvelle vous emmène dans les coulisses du cinéma. Pour ce quatrième épisode: intermédiaire entre les ingénieurs du son des films et des fabricants de matériel, DC Audiovisuel connait tout de l'industrie de la prise de son au cinéma. Jonathan Musialski travaille depuis dix ans dans l'entreprise et livre à L'Usine Nouvelle son regard sur l'évolution de cette industrie de niche.

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Couverture son au cinéma-min
Au milieu des micros, un enregistreur Cantar X3, de fabrication française, utilisé dans 90 % des fictions de l'Hexagone.

Cette boutique du XVe arrondissement de Paris passerait inaperçue, pourtant c’est ici que se loue le matériel de prise de son d’un grand nombre d'œuvres du septième art. Fictions présentées à Cannes, séries Netflix, productions de France télé… La liste des clients de DC Audiovisuel est longue. Fondée il y a plus de quarante ans, cette entreprise de 17 salariés à 3 millions d’euros de chiffre d’affaire en 2019 ouvre ses portes à l’Usine Nouvelle. En poste depuis 10 ans auprès de DC Audiovisuel, Jonathan Musialski rapporte l’évolution de ce secteur si particulier des fabricants de matériel de prise de son pour le cinéma.

L'Usine Nouvelle. - A quoi ça ressemble un équipement audiovisuel pour un film de cinéma ?

Jonathan Musialski. - Il y a beaucoup de matériel ! Mais dans les incontournables, il faut compter les perches et les micros cravates, ceux que l’on glisse dans les vêtements des acteurs. Ces micros sont reliés à un enregistreur soit par des câbles, soit par émetteurs-récepteurs si on veut se  débarrasser des câbles. Il y a aussi un time code pour synchroniser le son avec la caméra et bien sûr toute l’alimentation. Chez DCA, nous louons un équipement complet 1 700 € à la semaine, sachant que l’ingé son part avec facilement 200 000 € de valeur de matériel…

Micro capsule DC Audiovisuel-min
Micro capsule DC Audiovisuel-min Micro capsule DC Audiovisuel-min

Un micro cravate utilisé pour capter subtilement la voix des acteurs au cinéma. Tous les crédits photo : Roman Epitropakis.

Y a-t-il  des fabricants français dans la prise de son pour le cinéma ?

J’en vois deux principalement. Le premier, c’est le grenoblois Aaton qui a créé un enregistreur incontournable : le Cantar X3. Dans le cinéma français, neuf films sur dix sont enregistrés avec un Cantar mais cette marque est aussi très connue à l’international. Et puis il y a bien sûr Cinela est qui la réussite audio du cinéma. C’est une entreprise spécialisée dans les bonnettes de micro. Ils sont reconnus mondialement et on les retrouve sur n’importe quel blockbuster, type Star Wars… Avec Philippe Chenevez, (fondateur de Cinela créée en 2005, ndlr), on a affaire à un génie et un passionné. Il a cette capacité à écouter et comprendre le besoin des ingés son – voire même de l’anticiper – avant de le traduire dans un équipement technique. On avait fait des tests comparatifs entre deux perches où il avait inventé une sorte de grosse machine semblable à un hélicoptère. Dessus il avait fixé des bonnettes et une go pro pour comprendre comment les flux d’air se propagent sur les poils ! Avec cela, il a modélisé ces flux d’air en 3D.

Bonnette de micro Cinela
Bonnette de micro Cinela Bonnette de micro Cinela

Une bonnette de micro Cinela.

Et les autres acteurs ?

En Europe, j’en compte moins d’une dizaine capable de fournir la qualité requise pour le cinéma. Il y a les allemands Sennheiser, Schoeps, Neumann, l’anglais Audio Limited ou le danois DPA, mais aussi des nouveaux venus auxquels on ne s’attendait pas comme l’italien Wisycom et qui a développé un appareil dont les récepteurs s’adaptent à n’importe quelle marque d’émetteur. S’il y a peu d’acteurs, c’est parce que outre la qualité, il faut que le matériel soit capable de s’adapter à des conditions extrêmes. Tourner à – 20 °C comme à 40 ° C, sous les tropiques, en prenant le sable et pouvant être facilement entretenus et changés.

Quelles sont les tendances, les exigences en termes de matériel audio pour le cinéma ?

Les rythmes de tournage s’accélèrent avec des journées costaudes et cela a vraiment un impact en termes d’ergonomie. On a de plus en plus de fonctionnalités sur les appareils. Les émetteurs par exemple peuvent aussi enregistrer maintenant. Je vois aussi une évolution en termes de quantité de matériel. On va multiplier les micros pour être sûr de ne pas se louper, surtout quand on réalise des plans séquence de plus d’une heure.

Et Netflix dans tout ça ?

Je ne vois pas de changement particulier en termes de technicité exigée par Netflix. Je dirais que les budgets de Netflix sont plus intéressants ce qui laisse plus de possibilités pour les ingés son. Par contre ils ne rigolent pas avec la confidentialité. Pour transmettre un fichier, il faut passer par un serveur avec une authentification, appeler trois ou quatre personnes pour obtenir une autorisation… 

Intérieur DC Audiovisuel-min
Intérieur DC Audiovisuel-min Intérieur DC Audiovisuel-min

Jonathan Musialski au milieu des armoires de matériel de DC Audiovisuel. Crédit photo : Roman Epitropakis.

Comment se réalise le passage au numérique dans la prise de son au cinéma ?

C’est lent. Très lent. Le passage vers les micros numériques est encore en cours. Chez nous, on loue encore à 90 % d’analogique et 10 % de numérique. Les ingés son restent très habitués à l’analogique, même si le numérique est plus ergonomique. Là où on pourrait n’avoir qu’un seul câble pour quatre canaux par exemple, on est encore en train de tirer quatre câbles. La numérique a aussi un meilleur niveau de batterie, on peut contrôler l’émetteur à distance sans devoir changer le costume ou déranger la comédienne. Son réel intérêt est de pouvoir se faire oublier. Mais on ne peut pas demander à des ingés son de changer leurs habitudes du jour au lendemain !

équipe DC Audiovisuel-min
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Jonathan Musialski et une partie de l'équipe de DC Audiovisuel.

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