Que serait le cinéma sans la lumière? Dès l’apparition du septième art, les cinéastes ont cherché à maîtriser cet élément. Les éclairages à base de tungstène font d’abord leur apparition dans les années 30, jusqu’au développement des gros et puissants projecteurs HMI (lampe aux halogénures métalliques) dans les années 70, capables de reproduire la lumière du jour. Puis arrivent les éclairages fluorescents... Et enfin la technologie LED à partir des années 2010.
Plus mobile, plus économe en énergie, moins volumineuse: la LED répond en tout point aux nouvelles exigences de tournage à la recherche d’ergonomie. Bien que l’Allemand Arri se soit déjà positionné comme une référence dans la lumière LED pour le cinéma, plusieurs entreprises françaises brillent au-delà des frontières de l’Hexagone.
Acteur central de la lumière
Il est le leader des caméras de cinéma, mais aussi un acteur central dans la lumière. Avec son Skypanel fonctionnant à LED, l’Allemand Arri basé à Munich (1 300 salariés dans le monde) est devenu une référence incontestée chez les cinéastes. Pourtant, cette présence n’a rien d’étonnant au regard de la stratégie de l’entreprise centenaire. De longue date, Arri s'est positionné au plus près des réalisateurs et chefs opérateurs pour comprendre les problématiques de tournage. Or, la capacité à retranscrire les émotions des acteurs dépend résolument de celle à reproduire les carnations. Conscient que les émotions sont discernées à partir d'infimes nuances sur les couleurs de la peau, Arri a ainsi très tôt focalisé ses efforts sur la colorimétrie.
"Arri a été le premier à sortir un produit LED, qui est devenu incontournable dans la profession, confie à L’Usine Nouvelle Danys Bruyère, patron de l’entreprise de location de matériel de cinéma TSF. Le Skype panel S 60 C (sorti en 2015, ndlr) est devenu le point de comparaison pour les chefs opérateurs. Environ 140 000 ou 150 000 exemplaires ont été vendus dans le monde. Dans notre métier, c’est du jamais-vu".

Un Skypanel d'Arri, loué chez Transpalux. Crédit: Roman Epitropakis
Les barrières à l’entrée dans le marché de la LED sont loin d’être aussi importantes que sur le secteur des caméras, ce qui a permis à d’autres acteurs de pénétrer le marché. "Avant l’arrivée de la LED, on ne comptait qu’une quinzaine de fabricants de lumière pour le cinéma dans le monde, explique Marc Galerme, patron de l’entreprise de lumière K5600. Aujourd’hui, on en compte plus de 100". Spécialisé dans des projecteurs HMI mondialement connus, la PME K5600, basée à Bouafle (Yvelines) et aux Etats-Unis, se lance (enfin) sur le créneau des LED pour ne pas perdre le marché de la lumière au cinéma.
D’autres Français tels que Ruby Light et DMG Lumière ont pris encore plus tôt le virage de la LED. La concurrence internationale reste cependant forte, avec le fabricant sud-coréen Aladdin qui bénéficie de la proximité des fournisseurs asiatiques pour s'approvisionner en LED. Parmi les fabricants de composant LED en amont de la chaine figurent les Japonais Koto ou encore l’usine KLS, en concurrence avec les Européens Philips et Osra.
Les LED, nouveaux chouchous des chefs opérateurs
Froide et désincarnée à ses débuts, la LED ne pouvait rivaliser avec les éclairages traditionnels comme le HMI, dont le spectre lumineux est presque parfait. "Il y a eu une courbe d’apprentissage" sur la dernière décennie, explique Danys Bruyère. "Les constructeurs ont commencé à comprendre qu’accéder facilement aux semi-conducteurs et aux LED ne suffisait pas à créer une lumière de qualité".
Aujourd’hui, les performances des LED font l’unanimité auprès des chefs opérateurs. "Depuis deux ou trois ans que la LED a rattrapé son retard sur le spectre, elle est imbattable sur trois aspects: sa légèreté, qui permet de porter l'équipement à la main, sa consommation, faible, et la possibilité de régler la technologie en puissance et colorimétrie par rapport au HMI ou tungstène", souligne David Chambille, chef opérateur du film France de Bruno Dumont, présenté au festival de Cannes 2021.
Peyo Jolivet La boule chinoise commandée par Paul Guilhaume pour Les Olympiades ici réutilisée dans le tournage Les cinq diables. Crédit photo : Peyo Jolivet.
De son côté, Paul Guilhaume, chef opérateur du film Les Olympiades, également sélectionné au festival de Cannes 2021, a mis à profit cette technologie pour commander une boule chinoise illuminée à partir de LED. "La boule chinoise pouvait se tenir à la main, n’avait pas besoin d’être branchée et pouvait varier d’intensité, explique le chef opérateur. Cela a permis de donner aux acteurs une grande liberté de mouvement, puisqu'il n’y avait pas besoin de fixer des projecteurs". Une idée lumineuse.



