Les cinq raisons qui expliquent les difficultés du vaccin anti-Covid d'AstraZeneca, suspendu en France

Difficultés de production, délais de livraisons, enquêtes sur les effets secondaires, le vaccin anti-Covid d’AstraZeneca accumule les déconvenues dans l’Union européenne, au point d'être suspendu dans plusieurs pays dont la France, au moment même où son déploiement s'avérait crucial pour la campagne vaccinale en France.

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AstraZeneca
Problèmes de production, délais de livraisons, inquiétudes sur la sécurité, le vaccin anti-Covid d'AstraZeneca accumule les déconvenues.

Autorisé dans l’Union européenne depuis le 29 janvier, le vaccin anti-Covid d’AstraZeneca, développé avec l’Université d’Oxford, accumule les déconvenues. Il a été suspendu lundi 15 mars en France, en Allemagne et en Italie, dans la fouléer de nouveaux délais annoncés pour la livraison des doses et des inquiétudes sur son profil de sécurité.

1. Une production dantesque...

Le chiffre annoncé était un record. Dès 2020, AstraZeneca avait tablé sur une production annuelle de 3 milliards de doses de son vaccin. Soit plus du double, voire du triple, que les capacités envisagées par les autres grands producteurs de vaccins anti-Covid. Le laboratoire anglo-suédois évoquait une douzaine de chaînes d’approvisionnement dans le monde, constituées de plus de 20 partenaires dans plus de 15 pays dans le monde. Probablement un casse-tête industriel.

...qui ne tient pas ses promesses

En Europe, AstraZeneca repose sa production sur deux sites au Royaume-Uni et au moins deux au sein de l’Union européenne, dont celui du français Novasep, cédé en début d’année à l’Américain ThermoFischer, à Seneffe, en Belgique. Un autre site, du sous-traitant Halix à Leiden, aux Pays-Bas, est aussi impliqué, mais n’aurait pas encore obtenu le feu vert de l’Agence européenne du médicament (EMA) pour produire le vaccin, selon Reuters qui évoque un agrément espéré avant la fin mars. Pour corser la chose, AstraZeneca a reconnu, avant même l’approbation du vaccin dans l’UE, fin janvier, un problème de rendement cellulaire sur un de ses sites de sous-traitance en Europe. Aujourd’hui, le groupe avance surtout des problèmes d’exportations.

2. Des problèmes d’exportations

AstraZeneca ne livre pas vraiment de détails sur ces problèmes d’exportations. Dans un communiqué du 12 mars, le groupe indiquait qu’il s’était bien engagé à compenser sa production plus faible qu’attendue dans l’UE en s’appuyant sur ses autres productions internationales. En clair, qu’il compenserait en important des volumes produits hors UE.

Dans ce même communiqué, AstraZeneca précise que la moitié des livraisons européennes du deuxième trimestre 2021, et que 10 millions de doses programmées pour le premier trimestre, devaient ainsi être importées. Mais que des "restrictions d’export allaient réduire les livraisons au premier trimestre et pourraient minorer les livraisons au deuxième trimestre". Ces dernières semaines, la Commission européenne n’a cessé de ferrailler avec la direction d’AstraZeneca pour s’assurer que des doses produites dans l’UE ne soient pas exportées de manière abusive, c’est-à-dire en privilégiant des contrats internationaux au détriment des contrats signés avec l’UE. Selon un fonctionnaire de la Commission, les "quatre sites de production en Europe, dont les deux au Royaume-Uni doivent produire pour l’UE. Mais aujourd’hui les deux sites au Royaume-Uni semblent plutôt concentrés sur d’autres marchés".

AstraZeneca est ainsi régulièrement accusé dans l’UE d’un manque de transparence sur ce dossier de la production de son vaccin. Interrogée le 14 mars sur Radio J, Agnès Pannier-Runacher, la ministre chargée de l’Industrie a d’ailleurs asséné que "soit AstraZeneca a exagéré ses capacités industrielles, soit l’entreprise a livré des doses là où elles n’auraient pas dû être livrées. Notre enjeu c’est de faire respecter le contrat. Nous demandons donc un plan d’action correctif dans les plus brefs délais".

3. Des délais de livraison qui s’aggravent

La question des délais de livraisons dans l’UE ne cesse, en conséquence, de s’aggraver. Le 12 mars, AstraZeneca a évoqué prévoir de livrer un total de 30 millions de doses pour le premier trimestre, et un total de 100 millions de doses au premier semestre 2021. Ce qui est encore très loin des 300 millions de doses commandées par l’UE cette année, avec 100 millions en option. Rien que pour le premier trimestre, c’est environ trois fois moins que ce qui était prévu. Pour le deuxième trimestre, les 70 millions de doses que prévoient désormais AstraZeneca sont très loin de 180 millions qui auraient été contractualisées pour  cette période, d’après Reuters.

En France, le ministère des Solidarités et de la Santé tablait encore, au 9 mars, sur des livraisons, en cumulé, de 6 millions de doses à fin mars, de 9,2 millions à fin avril, et d’un total de 44 millions au premier semestre. Des prévisions inatteignables désormais. Le 14 mars, toujours sur Radio J, Agnès Panier-Runacher parlait de seulement "3 millions de doses à fin mars et, en cumulé, ce devrait être un peu plus de 4 millions fin avril"…

4. En France, la campagne vaccinale en ville pourrait souffrir

Cette revue à la baisse des livraisons va forcément avoir des répercussions sur les ambitions de la campagne vaccinale en France. Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, avait d’ailleurs, lors de son point presse sur l’épidémie le 11 mars, avoué un "manque de visibilité sur les vaccins pour les prochaines semaines. AstraZeneca réduit semaine après semaine les livraisons. Nous aurons peu de doses ces deux prochaines semaines, et sans doute aussi la troisième semaine".

Selon la Direction générale de la Santé (DGS), au 11 mars, 862 000 doses du vaccin AstraZeneca avaient été livrées et distribuées pour une utilisation en ville, dont 237 000 n’avaient pas encore été consommées. 765 000 doses supplémentaires ont aussi été réceptionnées au 13 mars. Soit 1,62 million de doses, entièrement réservées aux médecins et qui doivent honorer la totalité des commandes enregistrées à ce jour.

En parallèle, pour le circuit d’injections pratiquées par les pharmaciens, 361 000 doses ont été commandées par 18 400 pharmacies d’officine en France. Et 67 000 doses supplémentaires ont été livrées aux officines implantées dans les 23 départements à forte circulation épidémique. La DGS confirme ainsi, qu’au total, plus de 420 000 doses du vaccin vont être à disposition des pharmaciens "d’ici à la fin de cette semaine".

5. Les inquiétudes sur le profil de sécurité

En plus de ces problèmes de livraisons et de production, AstraZeneca est confronté à des inquiétudes grandissantes sur le profil de sécurité de son vaccin. Après des décès et des cas de thromboses de personnes vaccinées observées en Autriche et au Danemark, plusieurs pays ont engagé des suspensions des injections du vaccin ces derniers jours. Si l’Autriche et quelques pays, comme l’Italie notamment, ont temporairement suspendu l’utilisation de certains lots, le Danemark, la Norvège, l’Islande, mais aussi l’Irlande et les Pays-Bas depuis le week-end dernier, ont suspendu toute injection avec le vaccin d’AstraZeneca. Lundi 15 mars, l'Allemagne, la France puis l'Italie ont finalement décidé de faire de même. Emmanuel Macron a justifié de "suspendre par précaution" l'utilisation du vaccin AstraZeneca, en attendant un avis de l'Autorité européenne du médicament qui devrait être rendu le 16 mars.

Le 14 mars, le laboratoire avait publié un communiqué pour attester de la sécurité de son vaccin. Il assure que sur 17 millions de personnes ayant été vaccinées dans l’UE et le Royaume-Uni, il n’y a pas de preuve évidente d’embolie pulmonaire ou de thrombose "pour aucune tranche d’âge, aucun genre, aucun lot ou dans aucun pays en particulier". AstraZeneca ajoute qu’aucune preuve n’a non plus émergé parmi les 60 000 participants aux essais cliniques, précisant qu’il y aurait eu plus d’accidents thrombotiques parmi les personnes ayant reçu le placebo que parmi celles ayant été réellement vaccinées.

Pour l'heure, l'Agence européenne du médicament (EMA) a lancé plusieurs enquêtes suite à une trentaine de cas graves de thromboses dans l'UE chez des personnes vaccinées via le vaccin AstraZeneca, mais considère que le vaccin demeure sûr.  A ce jour, aucun lien direct n'était établi sur ce sujet.

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