“Ce n’est pas souhaitable de repartir avec notre système économique actuel, car il pose le problème de la dépendance aux énergies fossiles et il ne sera plus viable dans quelques années.” Pour l’ingénieur Jean-Marc Jancovici, président et fondateur du think tank The Shift Project, créé en 2010, la crise sanitaire comporte des risques, mais elle est aussi une opportunité. Celle de prendre conscience de la nécessité de se tourner vers une économie résiliente et indépendante des énergies fossiles. "La spécificité de notre approche et sa difficulté, c'est la sortie d'une hypothèse de croissance", poursuit l'expert de la transition énergétique.
Vers une sobriété énergétique
The Shift Project a officiellement inauguré le 6 mai son plan de transformation de l'économie, échafaudé durant la crise sanitaire. Ce projet poursuit le mantra de toujours de l’association, décarboner l’économie et penser une société qui tend vers “une sobriété optimale de matière et d’énergie.”
Les contours de cette transition se dessinent dans un document de cinquante pages auquel ont contribué une quarantaine de personnes, salariés de l'association, bénévoles, consultants, experts, économistes ou journalistes. The Shift Project y détaille les questions qu’il souhaite mettre sur la place publique.

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De la defense à l’enseignement supérieur
Une quinzaine de secteurs sont passés au crible, parmi lesquels l’agriculture, l’aviation, l’automobile, le numérique, la santé, la culture ou les médias. “Lorsque l’on parle de sortir des énergies fossiles, c’est le système sanguin de tous ces secteurs qui est touché”, illustre Matthieu Auzanneau, directeur du cercle de réflexion. L’association précise qu’ils “seront étudiés selon la méthode Shift, c’est-à-dire les uns en interdépendance avec les autres, en cohérence avec leurs déterminants physiques.”
Le document accorde également une place importante aux enjeux de mobilité. The Shift Project plaide pour la réduction de la place de la voiture dans l'espace public et la priorisation des modes de déplacements plus sobres en carbone : marche, vélo, transport en commun et covoiturage. En parallèle, l'évolution de l'industrie automobile est évoquée, avec comme objectif de réduire l’empreinte carbone et accroître la résilience de l’activité, notamment en allant vers l'éco-conception, en favorisant la filière bas carbone et en développement des véhicules électriques et thermiques plus sobres énergétiquement.
Le think tank se penche aussi sur l'enseignement supérieur en suggérant la formation de tous les étudiants à la compréhension des enjeux énergie-climat ou sur la défense et la sécurité intérieure en prônant une décarbonation des déplacements et moyens de transports des hommes et du matériel et le recours à une alimentation moins carnée. Des changements dans l’industrie lourde sont aussi examinés, notamment pour évoluer vers une conception plus sobre, maximisant la durabilité et le développement de filières de réutilisation, réparation, reconditionnement et recyclage.
Un crowdfunding et des premiers résultats à l'été
Cette publication n’est qu’un préambule, puisque The Shift Project lance officiellement une campagne de crowdfunding, espérant lever les 100 000 euros indispensables à la poursuite du projet. Un mode de financement novateur pour l'association - qui compte habituellement sur des dons d'entreprises privées - motivé "par la situation d'urgence dans laquelle cette idée s'est développée."
A travers ce plan de transformation de l'économie, le cercle de réflexion "souhaite poser les bases d’un débat démocratique et interpeller les décideurs politiques et économiques”, argumente Matthieu Auzanneau. La session d'interview d'experts dans les différents secteurs analysés bat actuellement sont plein. Une première communication des résultats et propositions concrètes devrait intervenir au début de l'été. Il a pour vocation d'alimenter les pouvoirs publics sur la définition de leur plan de relance.
Ce projet fait écho à celui de l'ancien ministre de la transition écologique et solidaire Nicolas Hulot, dont la fondation vient de mettre en ligne le site "Le Temps est venu", qui liste notamment 100 principes et 5 propositions pour imaginer la société d'après la crise sanitaire.



