C’est à la société savante française du nucléaire, la Sfen, qu’EDF a réservé la primeur du nouveau design de son petit réacteur modulaire (SMR) Nuward. Le 25 février, Julien Garrel, le nouveau président exécutif de la filiale d’EDF, a dévoilé les nouvelles options technologiques et industrielles destinées à remplacer les centrales électriques fossiles polluantes. Nouvelles, car début juillet 2024, alors que le projet Nuward venait de décrocher l’autorisation de Bruxelles pour une nouvelle aide d’État de 300 millions d’euros et entrait en phase d’avant-projet détaillé, EDF avait brutalement annoncé une simplification du design.
Fini les générateurs de vapeur à plaques imaginés par TechnicAtome et la chaudière nucléaire intégrée semi-enterrée. Ces technologies de rupture non maîtrisées demandaient trop de temps pour faire valider le projet par les autorités de sûreté européennes, dont six d’entre elles avaient commencé à étudier ensemble le dossier. Retour à des technologies «exclusivement éprouvées», avait alors expliqué EDF. Et c’est effectivement une sorte de mini EPR2 de 400 MW qu’a présenté EDF pour revenir dans la course aux SMR, dominée en Europe par le britannique Rolls-Royce SMR et les américains GE Hitachi, Westinghouse et Nuscale.
Réutiliser les technologies validées des EPR
Fini aussi la sûreté passive, qui permet un fonctionnement sans un contrôle humain permanent. Nuward V2 aura désormais une sûreté active, comme n’importe quel réacteur de grande puissance aujourd’hui. L'unique réacteur, au lieu de deux dans le précédent design sera toujours à eau pressurisée, comme tout le parc français actuel, et sera protégé par une enceinte en béton précontraint, non enterrée cette fois. En revanche, le circuit nucléaire ne comprendra pas une mais deux boucles primaires. Chacune sera équipée d’un générateur de vapeur, d’une pompe primaire, d’une cuve de taille adaptée et d’un pressuriseur. Une idée directement inspirée des EPR qui en disposent de quatre générateurs de vapeurs dans la version 1600 MW et de trois dans la version 1200 imaginée pour les pays d'Europe de l'est comme la République Tchèque. Suivant l’emplacement de la centrale, la source froide de refroidissement sera soit ouverte, soit semi-fermée (aéroréfrigérants humides). Le combustible pourrait être enrichi à 5% pour permettre des cycles de 24 mois entre deux rechargements, mais il serait toujours fourni par Framatome.
Rien de bien innovant. Et c’est bien le but recherché pour revenir vite dans la course que d’avoir un design basé sur des options techniques déjà validées par les autorités de sûreté. Nuward s’est en effet fixé 18 mois pour présenter un dossier d’option de sûreté, toujours dans l’optique de le faire dans six pays européens en parallèle. C’est le sésame pour répondre à des appels d’offres et obtenir les autorisations de construction.
Ce qui change, c’est l’approche industrielle. «Ils sont repartis de zéro en faisant les choses différemment, en partant des besoins du marché. Et ils ont tiré parti de l’expérience de la concurrence, comme l’américain Nuscale, dont le premier projet a été abandonné car trop cher, ou de l’approche industrielle de Rolls-Royce SMR, avec ses usines 4.0, qui a été retenue par la République tchèque», observe Valérie Faudon, la déléguée générale de la Sfen.
S'appuyer sur l'outil industriel de sa filiale Framatome
Pour être compétitif, Nuward s’est aussi fixé une durée de construction après le premier béton de 60 mois pour la tête de série, puis de 48 mois au bout de 4 à 5 unités. Pour y parvenir, la start-up s’inspire de la méthode que sa maison mère EDF est en train de mettre en œuvre pour les EPR2 : la préfabrication des éléments de génie civil et la production en série, par sa filiale Framatome, de tous les composants standardisés du circuit primaire. La maîtrise de l’outil industriel est l’atout majeur d’EDF pour rester compétitif.
Julien Garrel dit viser un coût de l’électricité compris entre 80 et 100 €/MWh et entre 30 et 50 €/MWh pour la chaleur. Nuward pourra en effet aussi fournir de la chaleur décarbonée entre 150 et 280°C pour l’industrie ou les réseaux de chauffage urbain. Sur ce créneau, des start-up plus agiles, comme Calogena ou Jimmy, avancent à pas de géant. Elles bénéficient surtout du soutien financier de France 2030, alors que l’enveloppe de 500 millions d’euros destinée à Nuward a été supprimée. Mais rien n’est joué. Et Xavier Ursat, le directeur de la stratégie d’EDF, entend bien négocier une nouvelle aide de France 2030 auprès du commissariat à l’investissement.



