La stratégie de Newcleo pour construire ses mini-réacteurs à neutrons rapides en 3 ans

La start-up Newcleo a trouvé un terrain industriel à Chinon (Indre-et-Loire), pour son premier miniréacteur nucléaire à neutrons rapides de 30 MWe en cinq ans. Avec une stratégie basée sur le volume, son PDG, Stefano Buono veut compter sur une flotte de 60 réacteurs d’ici à 2050 et réduire leur délai de construction à 3 ans.

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Centre de recherche Brasimone de Newcleo en Italie
Le centre de recherche Brasimone de Newcleo en Italie.

Le contrat n’est pas encore signé mais les discussions sont bien engagées entre Newcleo, les services de l’État et les 19 maires de la communauté de communes de Chinon (Indre-et-Loire). Le but de la start-up du mini-nucléaire est la construction d’un prototype de réacteur à neutrons rapides refroidis au plomb de 30 MWe, à 3 km de la centrale nucléaire EDF. La start-up vise un dépôt de demande d’autorisation de construction à l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASN) en 2026, pour une mise en service du réacteur en 2031. L’investissement sera de 1,2 milliard d’euros.

En parallèle, Newcleo avance sur la construction d’une usine de production de combustible nucléaire adaptée à son design de réacteurs innovants, d’un coût de 1,8 milliard d’euros, en France. Le dossier d’option de sûreté pour cette usine a été déposé mi-décembre 2024 à l’ASN. La recherche d’un terrain est en cours. «On a beaucoup avancé sur les phases réglementaires des deux projets. On en a commencé une nouvelle en novembre avec un séminaire technique. En avril 2025, on va entrer dans la phase de design détaillé, pour l’usine de combustible, mais aussi pour le réacteur», explique Stefano Buono, fondateur et PDG de Newcleo.

Deux pré-usines d'assemblage

À Chinon, Newcleo n’a pas encore de partenariat avec un industriel électro-intensif de la zone pour lui fournir de l’électricité décarbonée et faire la démonstration de son concept de sûreté passive, «qui évite une zone d’exclusion, car il ne peut pas y avoir de dommages environnementaux ou sur les bâtiments», assure le dirigeant. Mais Stefano Buono n’exclut pas cette possibilité. La recherche d'un terrain avance également au Royaume-Uni, où Newcleo souhaite construire sa tête de série de réacteur de 200 MWe d’ici à 2033. C'est à cet horizon que Newcleo envisage de lancer la commercialisation de ses mini-réacteurs ayant le potentiel de recycler les combustibles usés des réacteurs à eau pressurisée traditionnels. Des recherches de terrains sont aussi engagées en Italie, où le gouvernement s’apprête à prendre un décret pour relancer le nucléaire.

Pour les têtes de série, ce délai de construction serait de cinq ans à partir de l’obtention de l’autorisation de l’ASN. Mais pour être compétitif face aux énergies renouvelables, notamment l’éolien, Stefano Buono veut être capable de construire ses réacteurs en trois ans. Il annonce vouloir bâtir «une flotte de 60 réacteurs d’ici à 2050». Cela représente déjà un défi industriel. Pour le relever, Newcleo a une stratégie, l'entreprise va construire deux usines, Faster 1 et Faster 2, où seront préassemblés les éléments des réacteurs. La première sera installée dans le sud de la France, sur des terrains non nucléaires. Pour les deux démonstrateurs, «nous allons construire et tester 12 prototypes électriques à échelle, un réacteur pour tester la résistance des matériaux et nos designs», nous en avons déjà construit cinq, explique Stefano Buono.

Newcleo sécurise aussi sa chaîne logistique en achetant certains fournisseurs. En 2023, il a acquis deux sociétés italiennes spécialisées dans les systèmes au plomb, Servizi Ricerche e Sviluppo (SRS) et Fucina. Il a aussi acquis début 2024 pour 68,8 millions d’euros le groupe franco-suisse Rütschi, spécialisé dans la fabrication de systèmes de pompage. «Rütschi va adapter son modèle de pompe primaire pour le plomb, utilisé depuis plus de 25 ans, mais pas dans le nucléaire», explique le dirigeant de la start-up, qui emploie aujourd’hui 850 personnes et a déjà levé 540 millions d’euros.

Capitaliser sur le savoir-faire de SuperPhenix

En revanche, contrairement à son partenaire de recherche sur les neutrons rapides, Naarea, qui souhaite fabriquer des pièces en impression 3D, Newcleo ne compte pas innover sur les procédés de fabrication. «Nous avons basé notre première licence sur un savoir-faire qui vient de Superphenix, validé par la filière des neutrons rapides. Nous ne voulons rien changer, même pas le type de soudure», prévient Stefano Buono. Selon lui, c’est cette stratégie qui lui permet d’aller vite. La compétitivité des mini-réacteurs nucléaires repose sur la capacité à en déployer des dizaines. Il n’y aura donc pas de place pour tout le monde, une cinquantaine de projets sérieux sont sur les rangs : Il faut aller vite.

Newcleo vient de marquer un point. Début 2025, la start-up a annoncé un accord en République slovaque pour la création d’une coentreprise détenue à 49% par la start-up pour l’acquisition d’un terrain déjà libéré sur un ancien site nucléaire en démantèlement et la construction de quatre réacteurs de 200 MW, soit 800 MW, quasiment une tranche nucléaire classique. Problème : la République slovaque n’est pas organisée pour recycler ses combustibles usés. «Ils ont déjà 1500 tonnes de combustibles usés, ce qui représente des années d’électricité gratuites. L’important maintenant, c’est de lancer le multi-recyclage. Il faudra une petite usine en amont en Slovaquie. Nous avons passé un accord avec le gouvernement, mais il y a encore beaucoup à faire, notamment en matière de coordination avec Orano.» C’est toute une filière nucléaire des neutrons rapides qu’il faut déployer en Europe.

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