Mi-juillet 2024, Saunier Duval annonçait la suppression de 250 postes dans son usine de Nantes (Loire-Atlantique). La filiale du groupe allemand Vaillant a justifié sa décision par un retournement du marché français de la pompe à chaleur (PAC). Une décision à rebours du souhait, réaffirmé à plusieurs reprises par le président de la République Emmanuel Macron, de parvenir au million d’unités produites annuellement en France en 2027.
La faute, notamment, aux multiples mouvements opérés sur les aides à la rénovation et à l’inflation. Dans ce contexte, les particuliers font des arbitrages au moment de changer leur moyen de chauffage.
Une refonte de MaPrimeRénov’ peu lisible par les particuliers
En 2023, le gouvernement a fait part de son intention de modifier les conditions d’attribution des primes d’aides à la rénovation énergétique MaPrimeRénov’. Le chef de l'État voulait favoriser les rénovations globales de logements, et non plus les mono-gestes, comme le remplacement de fenêtres, l’isolation ou le changement de l’outil de chauffage. «Le discours assez peu clair a été peu compris par les particuliers, [...] alors même que les PAC continuaient à être aidées. Même nos artisans partenaires n’avaient pas eu cette information», retrace Audrey Zermati, la directrice de la stratégie d’Effy, une société (300 salariés) qui aide les particuliers dans leurs travaux de rénovation.
Au premier semestre 2024, les intentions de réaliser des travaux PAC air-eau ont reculé, chez Effy, de 40 à 50% par rapport au premier semestre 2023, tandis que la PAC air-air se maintient. Les modifications apportées à MaPrimeRénov’ en mai 2024 sont, elles, encore méconnues, estime la responsable.
La refonte de MaPrimeRénov’ n’ont pas encore eu d’effet
«Les assouplissements mis en place à partir de mai 2024 semblent atténuer le recul sur les deux derniers mois, mais les ventes restent à ce jour en net retrait par rapport à l’année dernière. Le retard accumulé ne sera pas compensé, loin de là», indique pour sa part Camille Beurdeley, la déléguée générale d’Uniclima, le syndicat des industries thermiques, aérauliques et frigorifiques. Elle estime que les perspectives pour 2025 restent incertaines.
Pour l’heure, les volumes nationaux sur la PAC air-eau, dans le résidentiel, sont en repli de 40 à 50% depuis le début janvier 2024, par rapport à la même période en 2023, estime-t-on chez Panasonic Heating & Cooling solutions. Des chiffres qui sont également à relier à la chute de la construction résidentielle neuve. Entre août 2023 et juillet 2024, 348200 logements ont été autorisés à la construction, soit 12,1% de moins que lors des douze mois précédents. D’après le ministère de la Transition écologique, les autorisations de logements individuels ont chuté de 16,5% entre août 2023 et juillet 2024 par rapport aux douze mois précédents, et de 9,5% pour les logements collectifs.
Pour autant, «nous misons sur le marché du résidentiel collectif, sur lequel les volumes sont très faibles, pour y développer de nouveaux produits. On a beaucoup de succès avec nos nouvelles gammes, mais sur le neuf, il faut attendre que les immeubles se construisent», explique Thierry Ronat, manager France chez Panasonic Heating & Cooling solutions. Cette dernière maintient son enveloppe de 9 millions d’euros d’investissements, annoncée en mars dernier, sur son site de Tillières-sur-Avre (Eure).
Un marché dépendant des aides
«Il s’agit d’un marché très volatile, qui a été très chahuté, très sensible aux décisions politiques et économiques», observe Marc Trela, le responsable de la R&D, du marketing de Bosch Home Comfort France, qui compte des usines à Drancy (Seine-Saint-Denis) et à Saint-Thégonnec (Finistère), qui rappelle que 2022 était la meilleure année pour la PAC air-eau avec 337000 pièces, son plus haut historique. Les tensions sur les prix, et les nouvelles modalités d’aides ont affaibli le marché par la suite.
Après un décollage en 2008-2009 par l’intermédiaire des crédits d’impôts sur la rénovation, le marché de la pompe à chaleur a chuté au détour des années 2010-2011, avant de redémarrer sous l’effet de la réglementation thermique RT2012 dans le neuf. Mais en 2020, le dispositif de la pompe à chaleur à 1 euro a été stoppé par le gouvernement. Par la suite, après les difficultés d’approvisionnements post-Covid, «Il y a eu une «hype» à la commande de chaudières. Depuis 2022-2023, on a livré ces équipements, les distributeurs ont reçu énormément de matériel», retrace Marc Trela.
La pompe à chaleur air-air sauve les meubles
Cette faiblesse observée sur le marché de la PAC air-eau percute l’objectif du million de pompes à chaleur fabriquées en France. Du côté des industriels, celui-ci semble lointain. «C’était un véritable défi de l’atteindre à l’horizon 2030 dans les conditions de marchés favorables du début 2023. Dans les conditions actuelles, cet objectif ne peut qu’être repoussé à plus longue échéance», indique Camille Beurdeley, d’Uniclima.
Si les nuages s’amoncellent sur la PAC air-eau, la PAC air-air est pour sa part sur une tendance plus positive. Elle représentait 900000 pièces en 2023 en France, contre 290000 pour la PAC air-eau. «La PAC air-air est très peu aidée. En France, on a un parc de logements chauffés par radiateurs électriques, dont le rendement peut être renforcé par une PAC air-air. Ce marché est en croissance et nous y fondons une bonne part de notre croissance», décrypte Marc Trela. Chez Bosch Home Confort, les ventes de PAC air-air sont réparties sur deux grands domaines d’activité, le résidentiel et le commercial-tertiaire. Chez Panasonic Heating & Cooling solutions, 60% des PAC air-air sont vendues sur le segment du logement individuel, 10% en logement collectif et le reste sur le tertiaire.
Un marché aussi chahuté en Europe
Il n’y a pas qu’en France que la pompe à chaleur soit en difficulté. «Il y a moins de nouvelles constructions et de projets de rénovation en raison du ralentissement général de la construction résidentielle, explique Patrick Crombez, le président de l’Association européenne des pompes à chaleur. Par ailleurs, pour que les pompes à chaleur soient un investissement financièrement rentable, nous considérons que l'électricité devrait être au maximum 2 à 2,5 fois plus chère que le gaz.» Dans les 21 pays européens mesurés, le marché de la PAC a ralenti de 6,5 % en 2023. La France est en tête en termes de parc total de pompes à chaleur avec 6 millions d’unités installées, dont les 720000 vendues en 2023.



