Analyse

Le jour où l’industrie automobile française s’est arrêtée

Le 16 mars, la décision de Michelin a poussé tous les géants du secteur automobile en Europe à prendre leurs responsabilités dans la crise du Covid-19 et fermer leurs usines. Sous la pression de leurs salariés très inquiets. Récit.

 

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Toyota Onnaing
La tension est forte au sein de l'usine Toyota d'Onnaing (Nord)

Un effet domino. Lundi 16 mars, la décision de Michelin de fermer ses usines, plus que les consignes des gouvernements européens, a poussé les acteurs de l’industrie automobile à se positionner sur l’arrêt (ou non) de leur production. Alors que le matin, la tendance était au maintien de la production, quoi qu’il en coûte, le soir, la majorité annonçait la fermeture progressive de leurs unités.

Pourtant, tout le week-end, les directions des ressources humaines échangeaient avec les syndicats pour mettre en place des mesures de prévention plus strictes, adapter l’organisation des transports, fermer les restaurants d’entreprises. Mais pas question, à ce moment-là, de demander aux ouvriers de rester chez eux. Rien ne nous y oblige, avouait en substance le directeur d’une grande usine du secteur. Les responsables des sites mettaient déjà en place des mesures plus strictes que ce qui était demandé par les autorités, et cela devait suffire.

Maintenir la production : c’était bien la tendance chez PSA à 10 heures ce lundi matin, avant un contre-ordre une heure plus tard. Chez Renault, on annonçait le matin que les usines fonctionnaient comme d’habitude, avant l’annonce de la mise à l’arrêt l’après-midi. Chez Toyota à Onnaing (près de Valenciennes), la direction a semblé vouloir tout tenter pour garder l’usine ouverte, assurant qu’elle ne pouvait pas légalement mettre les salariés en chômage partiel. La décision de fermeture n’a été prise qu’en fin d’après-midi et elle ne sera effective que ce mercredi 18 mars au matin. Les contrats des CDD et intérimaires seront maintenus durant le hiatus.

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"Etat de panique" chez Toyota

Le site du constructeur japonais, qui concentre 4 500 salariés répartis en trois équipes, a vécu des heures de grande tension. La CFDT du site parle d’"état de panique". Des rumeurs de cas de Covid-19 ont circulé parmi les salariés, alors qu'"aucun cas de coronavirus n’a été confirmé" selon la direction. Des travailleurs de l’atelier de peinture ont cessé le travail le 16 mars début d’après-midi pour exiger la fermeture préventive de l’usine. Les syndicats réclamaient cette mesure depuis le week-end. L’angoisse n’a cessé de monter parmi les salariés, alors que d’autres usines voisines (comme celle de Bombardier à Crespin) fermaient leurs portes.

Une inquiétude partagée par le délégué syndical d’un autre grand constructeur automobile. "Comment assurer les consignes de distanciation d’un mètre entre salariés sur une chaîne de production ? Porter un masque toute la journée dans l’environnement d’une usine, avec la chaleur et la poussière, est compliqué", commente-t-il. C’est avant tout pour répondre à cette anxiété, apaiser les tensions, et garantir la cohésion des équipes, que la décision de fermeture était inévitable. Bien que les lendemains s’annoncent difficiles dans cette industrie en pleine mutation. "Il est certain que cette mauvaise période aura des impacts sur l’avenir", craint le syndicat FO du site Toyota.

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