C’est une progression dont seule la Chine a le secret. En moins de deux décennies, les ventes annuelles de voitures y sont passées d’un peu plus d’un million d’unités, à pas loin de… 30 millions. En 2017, 28,9 millions de véhicules particuliers et commerciaux ont été commercialisés dans le pays, selon les données de l’Association chinoise des constructeurs automobiles (CAAM).
Un record à des années-lumière des deux autres principaux marchés, l’Europe – 15 millions de voitures au meilleur de sa forme – et les Etats-Unis – autour de 17 millions. Idem pour la production, qui dépasse largement la barre des 20 millions de voitures annuelles. De quoi conforter la Chine dans son rôle de plus grand marché automobile de la planète, qu’elle occupe depuis dix ans. Et faire du pays un terrain de jeu incontournable pour les constructeurs locaux et étrangers, le groupe Volkswagen en tête, ainsi que les équipementiers à vocation mondiale comme le trio français Faurecia, Plastic Omnium et Valeo.
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Le coup d'arrêt depuis deux ans

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Mais depuis deux ans, patatras. En 2019, les ventes se sont contractées de 8,2 % à 25,8 millions d’unités, faisant suite à un premier recul de 2,8 % l’année précédente. Du jamais-vu dans l’eldorado chinois. Plusieurs facteurs sont avancés, parmi lesquels le ralentissement global de l’économie et la guerre commerciale avec les Etats-Unis, qui ont freiné le marché automobile. Mais c’est surtout "l’arrêt des subventions accordées à l’achat de véhicules électriques qui a freiné les ventes et la production en Chine en 2019", estime José Baghdad, associé chez PwC France. Il y a encore deux ans, les ventes de voitures « à énergie nouvelle » avaient progressé de 60 %. La réduction des incitations a eu raison de leur dynamisme. En 2019, les volumes de voitures électriques se sont contractés de 4 %, à 1,2 million d’unités, selon le CAAM. Bilan : "Il n’y a pas de reprise à attendre sur le marché chinois à court terme", déplorait en début d’année François Liotard, dirigeant de Lisi Automotive.
L'effondrement lié au coronavirus
D’autant moins que l’épidémie de coronavirus a, depuis, mis au tapis ventes et production automobiles. Villes confinées, chaînes d’assemblage arrêtées, concessions automobiles désertées… En janvier 2020, les transactions s’étaient déjà repliées de 18 % à 1,94 million de véhicules – un recul lié en partie au Nouvel an chinois. En février, c’est un véritable effondrement auquel ont dû faire face les marques locales et étrangères. Dans le cas des seules voitures particulières, les ventes ont chuté de 78,4 % à 124 600 unités, d’après la Fédération chinoise des constructeurs de voitures individuelles (CPCA). Un trou d’air que pourrait peut-être compenser un rebond des ventes sur la deuxième partie de l’année, veulent encore croire les industriels engagés dans le pays. Reste que ce retournement, qui pourrait être fortement accentué par la crise du coronavirus, va peser sur les résultats des constructeurs étrangers solidement implantés en Chine.
Dans une note publiée fin février, l’agence Standard & Poor’s faisait de Volkswagen le constructeur le plus exposé à l’épidémie. Et pour cause : le pays est le plus gros débouché du groupe, avec 4,2 millions de voitures vendues en 2019, presque 40 % du total de ses immatriculations. De fait, Volkswagen a vu ses ventes s'effondrer de 74% en février, à comparer aux 234 400 voitures écoulées au même mois en 2019. Chez les équipementiers, S&P estime que "Bosch pourrait être durement touché", lui qui a déjà vu son chiffre d’affaires en Asie-Pacifique baisser d’un peu plus de 3 % à 22,5 milliards d’euros en 2019. Mais les groupes étrangers ne sont pas les seuls à être exposés à la crise du marché chinois. Habitués à de forts niveaux de croissance et au soutien des autorités locales, les constructeurs locaux (SAIC, Geely, BYD… ) sont aussi amenés, depuis de longs mois déjà, à s’adapter à la nouvelle donne.
Les velléités de conquête des Chinois
Et certains pourraient vivre leurs dernières heures. "Il existe des dizaines de marques automobiles en Chine. C’est considérable. Malgré la taille du marché intérieur chinois, une consolidation interne est à attendre", confirme Jean-François Belorgey, associé EY responsable de l’automobile. "C’est la vocation des mesures gouvernementales prises récemment, qui visent à faire émerger des champions nationaux capables de concurrencer les groupes étrangers et supporter les investissements requis par les véhicules autonomes et électriques", insiste Jamel Taganza, spécialiste du secteur chez Inovev. En agissant, entre autres, sur les subventions à l’achat, Pékin veut renforcer ses entreprises nationales. Et les rendre capables sans doute aussi d’attaquer, à terme, de nouveaux marchés automobiles. A commencer par certains voisins de la puissance chinoise.
Début février, Great Wall Motor a annoncé son arrivée sur le marché indien via sa marque de SUV Haval, ainsi qu’une offre de modèles électrifiés. Certains spécialistes se montrent toutefois prudents sur la capacité des constructeurs chinois à conquérir des marchés matures comme l’Europe, compte tenu du fort taux d’équipement dans la région. Un argument modéré par le président de Renault, qui rappelle à l’envi le précédent des pneumatiques chinois, dont la part de marché a explosé en quelques années. "Ce qui arrivera dans les véhicules finis est à mon sens de la même nature", insistait il y a encore quelques mois Jean-Dominique Senard. Une concurrence des groupes chinois hors de leur pays d’origine à laquelle va devoir se préparer l’automobile occidentale… Tout en affûtant ses armes en prévision de la reprise, bien qu’incertaine, du marché chinois. Au regard de son faible taux d’équipement en voiture, la Chine conserve un fort potentiel pour l’industrie automobile mondiale.
Les Français ont résisté en 2019… sauf Renault et PSA
Bonne tenue des équipementiers en Chine en 2019. Malgré la crise, Plastic Omnium, Valeo et Faurecia sont parvenus à maintenir leurs résultats. Le premier y a vu ses ventes croître de 3,4 %, à 857 millions d’euros. La situation est plus délicate dans les petits groupes. Novares fait état d’une baisse des volumes de 15 à 20 % en 2019, "plus forte qu’anticipée, mais à laquelle le groupe est parvenu à s’adapter", selon son dirigeant Pierre Boulet. Déjà très peu présents en Chine, les deux constructeurs tricolores ont, à l’inverse, continué à s’enfoncer dans la crise. En 2019, les ventes de PSA se sont écroulées de 55 % en Chine et Asie du Sud-est, à 117 000 unités. Même constat d’échec pour Renault : "La Chine est une déception et a un impact majeur sur nos résultats", a reconnu sa directrice générale, Clotilde Delbos. La crise, accentuée par le coronavirus, devrait hâter la restructuration des deux groupes en Chine. Renault s’interroge sur le maintien de l’activité « véhicules thermiques », qui pourrait toucher par ricochet l’usine de Wuhan, dont les capacités n’ont été utilisées qu’à 11 % en 2019, d’après Inovev.



