Reportage

Le décret tertiaire, échéance immédiate pour la réduction de la consommation d’énergie dans les bureaux

La plupart des bâtiments tertiaires sont soumis aux exigences du décret Eco Energie Tertiaire, avec des déclarations à effectuer avant la fin de l’année. Un moyen de s’engager sur une réduction de la consommation d’énergie, impératif rappelé par la flambée des prix de l’électricité.

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Immeuble de bureaux
Les industriels disposant de surfaces de bureaux supérieures à 1 000 mètres carrés sont assujettis au décret Eco Energie Tertiaire.

Dans les allées du Salon de l’immobilier d’entreprise (Simi), organisé du 6 au 8 décembre à Paris, la hausse des prix de l’énergie est, certes, un sujet de préoccupation, mais semble éclipsée par une échéance : celle du 31 décembre. A cette date, les assujettis au décret Eco Energie Tertiaire (aussi appelé « décret tertiaire ») devront avoir réalisé leurs déclarations sur la plateforme Operat, pilotée par l’Ademe. Le recueil des consommations d'énergie, par rapport à une année de référence, s’applique aux bâtiments tertiaires de plus de 1 000 mètres carrés hors industrie, sauf si les produits finis sont stockés plus de cinq jours.

«Le conseil autour du décret tertiaire porte trois-quarts de notre activité», illustre Guillaume Bac, directeur commercial de Citron. Cette entreprise parisienne édite une plateforme de management énergétique et technique des bâtiments, et réalise des schémas d’abaissement des consommations. Par rapport au décret tertiaire, le secteur public est en retard, estime le manager.

40% de réduction des consommations en 2030

Par rapport aux années de référence déclarées dans Operat (au choix entre 2010 et 2019), les assujettis au décret tertiaire devront réduire leurs consommations de 40% en 2030, 50% en 2040 et 60% en 2050. «Le décret tertiaire permet de commencer la transition énergétique. Sur les bâtiments existants, il faut trouver des pistes d’économies d’énergie pour parvenir au premier seuil, qui va vite arriver. On peut s’occuper du bâti, des équipements intérieurs ou travailler sur les usages, tout en gardant un impératif de rentabilité des investissements», ajoute Angélique Buchmann, directrice générale maîtrise d’œuvre France chez BEG Ingénierie.

Ce cabinet basé à Orléans (Loiret), spécialisé dans la logistique industrielle et l’immobilier tertiaire, vient de lancer Transity, une offre de services dédiée à l’optimisation de la performance énergétique des bâtiments et la valorisation du patrimoine. BEG réalise un audit des installations techniques sur le bâti (bureaux, centres commerciaux, logistique, industrie...), détermine les années de référence avec les consommations maximales sur les dix dernières années afin de les déclarer dans Operat, avant de définir une trajectoire d’économies d’énergie et de calculer les gains énergétiques, ainsi que le retour sur investissement.

Des équipements à mieux configurer

«Depuis plusieurs années, tout le monde sait que réduire les charges improductives constitue une bonne idée. La prise de conscience collective autour du développement durable, le décret tertiaire et la hausse des prix de l’énergie poussent les entreprises à chercher des solutions pour moins consommer, ajoute Guillaume Vachet, directeur en charge du secteur public chez Lowit, une start-up qui conçoit des jumeaux numériques destinés à répliquer l’évolution des consommations d’énergie. C’est parce que les factures explosent qu’il y a une autre incitation à travailler sur le poste énergie.»

Les équipes de Citron aiguillent leurs clients sur la configuration de leurs équipements. «Dans un immeuble de bureaux sur deux en étant doté, le système de gestion technique du bâtiment (GTB) est mal configuré», rappelle Guillaume Bac. Un décret de 2020 relatif au système d'automatisation et de contrôle des bâtiments non résidentiels et à la régulation automatique de la chaleur stipule que les bâtiments tertiaires de plus de 5 000 m² la mise en place de systèmes de GTB avant le 1er janvier 2025, tandis que les bâtiments neufs y sont soumis depuis l’an dernier. Autre moyen de réaliser des économies d’énergie, plus terre-à-terre, la sensibilisation des occupants. «En termes de comportement, on est bien meilleurs chez soi qu’au bureau», observe Guillaume Bac.

Les ascenseurs, sans doute pas les plus énergivores

Les systèmes de chauffage-ventilation-climatisation constituent également un des postes à ausculter pour parvenir à faire baisser la facture. A l’inverse, contrairement aux idées reçues, les ascenseurs se révèlent peu énergivores. «Un ascenseur consomme environ 6 kW par heure de fonctionnement, et se met en veille hors fonctionnement. Les clients ne nous demandent pas vraiment la consommation d’un ascenseur dans un immeuble de bureaux, car c’est moins de 1% de la consommation électrique d’un bâtiment ! Par contre, nos clients souhaitent bénéficier des mêmes efforts qu’ils demandent aux autres acteurs», se défend Mathieu Dazeas, directeur commercial services de Kone France.

Le deuxième ascensoriste mondial s’est engagé à réduire de 50% son empreinte carbone d’ici à 2030, en travaillant sur ses process, le réemploi de pièces de cabines en fin de vie (un ascenseur a une durée de vie moyenne de cinquante ans), et via un mécanisme de compensation. «La fabrication d’un ascenseur représente 80% de son empreinte carbone. Sur tout son cycle de vie, un ascenseur a une empreinte carbone de 12 tonnes», décrit le manager, qui mise sur la connectivité des équipements pour les intégrer dans une démarche de réduction des consommations.

Les capteurs positionnés sur sa gamme Digital Experience permettent de réaliser de la maintenance prédictive (permettant notamment d’optimiser les tournées des techniciens et le coût de la réparation), mais aussi de disposer de données sur la fréquentation d’un immeuble. Les ascenseurs peuvent être reliés à des API, ou aux systèmes de gestion de la maintenance assistée par ordinateur. Sans le savoir, votre prochain trajet en ascenseur en dira plus que vous ne le pensiez à votre employeur.

Dans les bureaux, les journées EcoWatt orange et rouge se préparent

Les délestages prévus cet hiver ne concerneront pas que les particuliers, mais aussi les professionnels. Mercredi 7 décembre, le gestionnaire du réseau d’électricité RTE s’est rapproché de fédérations professionnelles (le Gimelec, groupement des entreprises de la filière électro-numérique, et Ignes, groupement d’industriels des solutions électriques et numériques) pour suggérer les bons éco-gestes à adopter si le signal EcoWatt devait passer au rouge.

Dans les immeubles de bureaux (500 000 bâtiments de bureaux en France, 80% multi-occupants, 250 millions de mètres carrés, et seulement 6,6% détenant un système de pilotage selon les données fournies), la consommation électrique estimée s’élève à 37 TWh. Ce segment immobilier contribue à la pointe de consommation à hauteur de 7%. Dans les bureaux et salles de réunion, il est préconisé de préchauffer, puis d’abaisser la température à 17°C durant les heures orange et rouge.

La réduction du chauffage dès 18 heures, la coupure de l’eau chaude sanitaire, la réduction de l’éclairage intérieur ainsi que l’interruption des écrans et éclairages non essentiels sont aussi recommandés. Durant ces mêmes heures, les PC portables et téléphones mobiles devraient rester sur batterie, sans leurs chargeurs branchés, et les occupants rassemblés dans des espaces communs. Des scénarios de consommation peuvent également être programmés sur les différents équipements.

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