Un projet estampillé « bas carbone », qui ne l’était pas initialement. A Clichy (Hauts-de-Seine), le promoteur immobilier Redman et le gestionnaire d’actifs Axa IM Alts ont reconfiguré, à la faveur de la crise sanitaire, un projet d’immeubles de bureaux de près de 50 000 mètres carrés, baptisé Black, pour s’adapter aux nouvelles exigences environnementales et aux changements d’usages. « Le premier confinement est intervenu au moment où nous aurions dû commencer les travaux », indique Matthias Navarro, président-fondateur de Redman, dont les équipes ont pris un an supplémentaire pour modifier leur projet, moyennant un surcoût de 10%.
« C’est aussi une question de valeur de l’immeuble. Fin 2023, on ne pourra plus se permettre de livrer des bâtiments qui ne soient pas bas carbone », poursuit Matthias Navarro. Les travaux, menés par Eiffage, ont finalement débuté fin 2021, pour deux bâtiments de six étages et d’un niveau de sous-sol. L’immeuble vise plusieurs certifications lors de sa livraison (HQE neuf niveau Exceptionnel, BREEAM Excellent, BBCA, Bâtiment biosourcé, BiodiverCity, Osmoz, R2S et Wiredscore).
Façade en bois et local vélo plus spacieux
A l’origine en aluminium, la façade est désormais en bois massif. Afin de maximiser sa résistance aux différents aléas (eau, UV, moisissures, insectes), celle-ci (conçue par Goyer) a été traitée par calcination. Ce procédé ancestral est appelé Shou-Sugi-Ban ou Yakisugi. Entre-temps également, les structures ont été repensées pour maximiser la structure mixte bois-béton, qui représente un tiers du volume. Troisième axe, le recours au réemploi pour les faux planchers. « Le poids carbone d’un bâtiment est comptabilisé différemment lorsque l’on recourt au réemploi », rappelle Matthias Navarro. La voirie extérieure sera moins gourmande en CO2 que prévu, grâce à un travail sur les bétons bitumineux, et les moquettes seront à base de fibres recyclées.
Seul promoteur français certifié B-Corp, Redman, qui a travaillé avec le cabinet d’architectes ECDM (Emmanuel Combarel, Dominique Marrec) afin de reconfigurer le projet initial après l’octroi du permis de construire, a aussi revu à la baisse la surface dédiée au stationnement des véhicules pour accroître la place accordée aux vélos en dégageant un local de 977 mètres carrés. Des douches seront accolées au garage. Les concepteurs anticipent des déplacements largement effectués en transports en commun, grâce à un emplacement situé à une dizaine de minutes en moyenne de la gare Saint-Lazare et de la Défense. Autre modification post-crise : une qualité de l’air assurée par des filtres F9, efficaces « à plus de 95% ».
Des plateaux mieux adaptés aux usages collaboratifs
Estimés à 120 millions d’euros, les travaux de Black (300 000 heures de production, avec cinq grues) démarrent dans un contexte d’attrait moindre pour le travail en présentiel. « Les concurrents des bureaux sont des outils distanciels comme Teams ou Zoom, qui offrent une multitude de fonctionnalités. Avec Black, nous avons voulu rendre nos bâtiments tout aussi agiles que ces logiciels », avance le dirigeant de Redman.
4104 postes de travail sont prévus, avec 2,25 mètres de hauteur libre. Au premier niveau, l’ensemble des surfaces seront réaménageables en salles de réunion. La divisibilité du bâtiment a été accrue. Les rez-de-chaussée ont été repensés en vue d’obtenir des autorisations d’établissements recevant du public, afin de pouvoir éventuellement les transformer en espaces commerciaux. Les espaces dédiés à la restauration seront réversibles en salles de travail le reste de la journée. Le ratio de places assises au restaurant inter-entreprises sera de un pour trois collaborateurs.
8 906 mètres carrés d’espaces extérieurs, dont un rooftop de 3 500 mètres carrés, qui pourra être exploité pour des activités sportives, seront aussi de mise. « Nous avons complètement extrait les éléments techniques de la toiture, pour les loger à d’autres endroits du bâtiment. Ce n’était pas prévu dans la première version du projet », ajoute Matthias Navarro.
Redman ne compte pas s’arrêter en chemin : le promoteur a récemment livré un immeuble à ossature bois de 7 000 mètres carrés à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) pour Voyage Privé, et vient de démarrer, rue Lafayette à Paris, la restructuration d’un immeuble de 10 000 mètres carrés avec une extension en bois.



