Cet hiver, faudra-t-il remettre un pull au bureau ? A l’heure d’une nécessaire sobriété énergétique, la question ne paraît plus saugrenue. « Le chauffage et la climatisation sont les plus gros postes de dépenses énergétiques des immeubles de bureaux et représentent le plus important levier d’optimisation. Ce poste peut monter jusqu’à 60% de la consommation énergétique des immeubles », indique Romain Bordier, directeur France de WeMaintain, une start-up spécialisée dans la maintenance d’équipements et la collecte de données. L’électricité représente le deuxième poste de dépenses. Pour réduire les coûts, plusieurs actions peuvent être mises en place, à court et à moyen terme - notamment grâce à la data.
Pour passer l’hiver, adopter les mêmes réflexes au bureau qu’à la maison constitue l’un des principaux leitmotivs des managers. « En moyenne, 1 degré de chauffage de moins correspond à une baisse de 7% de la consommation », souligne Lydie Marchand, responsable marketing de Vinci Facilities, la marque de facility management (maintenance technique, exploitation et service aux occupants) de Vinci Energies, qui estime que les « éco-gestes » peuvent permettre, dans certains bâtiments, de réaliser entre 10% et 20% d’économies d’énergies.
« Les petits ruisseaux font les grandes rivières. Nous avons la volonté d’accompagner l’acculturation de nos usagers », expose Julien Foucher, pilote du club immobilier et membre du comité directeur de l’Association des directeurs de l’environnement de travail (Arseg). Ouvrir tous les stores pour maximiser la lumière naturelle, éteindre les imprimantes le soir, éteindre les écrans dans les salles de réunion, mieux optimiser la veille des ordinateurs (mal configurée, elle peut représenter jusqu’à 10% de la consommation électrique), voire se poser la question de l’utilité des stores électriques sont autant d’actions pouvant être menées à court terme.
Mieux contrôler ses équipements
Autre levier : travailler sur l’optimisation des équipements de son immeuble. « La plupart des bâtiments en France pourraient atteindre les objectifs du décret tertiaire sans travaux. Jusqu’à 20% ou 30% d’économies d’énergie peuvent être réalisés sur la climatisation ou les pompes à chaleur, par exemple, en les calibrant comme ils devraient l’être », estime Romain Bordier. Dans un immeuble, la vérification du bon rendement énergétique des équipements - comme des campagnes de maintenance avant l’hiver et le remplacement des filtres - est vivement recommandée par les professionnels, tout comme le paramétrage des équipements suite à la livraison d’un bâtiment neuf.
Dans le cas où l’entreprise est propriétaire, le changement de sources d’énergie peut être envisagé. « Notre travail se déroule dans une direction centrée sur la décarbonation du parc immobilier et le passage à des systèmes énergétiques plus performants. Notamment, les enjeux liés aux coûts du chauffage et de la climatisation sont revus dans l’optique du passage à la pompe à chaleur comme source principale d’énergie thermique », explique Francesco Corsi, manager de la business unit efficacité énergétique du cabinet de conseil spécialisé en développement durable et en énergie pour le secteur immobilier Longevity Partners, à Paris.
Optimiser l’arrivée de ses collaborateurs sur site
Pour économiser de l’énergie, un sujet plus sensible d’un point de vue social que celui d’éteindre la lumière le soir ou de vérifier sa clim peut être mis sur la table : celui des modes de travail. « Le travail au bureau peut se révéler plus cher en termes énergétiques tout simplement parce les plateaux sont climatisés, ce qui n’est pas forcément le cas à son domicile. Toutefois, de façon générale, les équipements installés dans les locaux de bureaux sont normalement plus performants que ceux que nous trouvons dans les maisons individuelles », ajoute Francesco Corsi.
Spécialisée dans la captation de données, l’équipe de WeMaintain préconise notamment d’analyser le trafic des ascenseurs, qui peuvent représenter de 5% de la consommation d’énergie, dans un petit bâtiment de trois ou quatre étages, à 15% dans une grande tour, comme on en trouve à La Défense par exemple. « Ce qui coûte cher dans un ascenseur, c’est le démarrage ». Le blocage d’un ou plusieurs ascenseurs en-dehors des heures de pointe, ou lors des jours les plus télétravaillés, peut être envisagé.
Se regrouper durant les jours les moins fréquentés ?
Active dans la gestion des espaces de travail, la start-up francilienne Zbre travaille pour sa part avec de grands comptes, notamment cotés au CAC 40. Elle installe des capteurs dans les espaces de travail pour mesurer l’occupation de l’espace, la température, le CO2 ou encore le taux d’humidité. Avec l’analyse des taux d’utilisation, elle va déterminer la manière dont les espaces de travail sont fréquentés (une grande salle de réunion pour une ou deux personnes seulement, par exemple) et déterminer jusqu’à quel point le flex-office peut fonctionner si tous les collaborateurs reviennent simultanément.
« D’un point de vue énergétique, si on se rend compte que plusieurs zones de mon immeuble sont clairsemées le jeudi, je peux flécher les utilisateurs vers les bureaux d’un même plateau », suggère Nicolas Vauguier, responsable des partenariats et du marketing de Zbre. « La mise en place du télétravail a induit des changements dans l’usage des espaces et doit donc conduire à un ajustement des consommations d’énergie dans les bureaux », constate, chez Vinci Facilities, Lydie Marchand.
Une politique à manier avec des pincettes : « socialement, regrouper des populations différentes sur un même plateau peut poser question, à l’heure où on essaie de faire revenir les gens au bureau, même si l’énergie est l’affaire de tous. Cela concerne les instances représentatives du personnel, donc engendre un round de négociations », met en garde Julien Foucher. De plus, de nombreuses entreprises ont des obligations de présence humaine sur site.
Si des équipements sont interrompus par étages, l’impact sur le reste de l’immeuble doit préalablement être vérifié. Certains équipements, comme ceux liés à la sécurité incendie, doivent rester fonctionnels. L’Arseg préconise davantage d’opérer un mix entre la présence de personnes sur des fonctions de production sur des sites en location ou en propriété, le coworking pour les personnels itinérants et le pilotage fin des jours de télétravail.
Le décret tertiaire en approche
Une échéance taraude les gestionnaires immobiliers : celle du dispositif Eco Energie Tertiaire (ou décret tertiaire), qui concernera à terme l’ensemble des bâtiments, parties de bâtiments ou ensembles de bâtiments à usage tertiaire, quelle que soit leur date de mise en service. Les déclarations débutent ce mois-ci. « Avec le décret tertiaire, les entreprises sont davantage sous pression sur l’utilisation de leur immobilier : elles perdent de l’argent, elles consomment de l’énergie, et ne répondent pas forcément aux attentes de leurs collaborateurs », appuie Nicolas Vauguier.
Quant à savoir si les échanges électroniques, à distance par exemple, consomment eux aussi de l’énergie, la réponse est oui. Des solutions existent. « Une réduction de la consommation des salles de serveurs informatiques peut passer par le «free-cooling», qui consiste à refroidir la pièce avec l’air extérieur quand il a une température plus basse », détaille Francesco Corsi. Une manière de moins culpabiliser si, par volonté de moins consommer d’énergie au bureau, vous multipliez les échanges de mail à domicile.



