Près d’un mois d’âpres négociations entre les 27 Etats membres de l’Union européenne a été nécessaire pour trouver un accord sur le sixième paquet de sanctions contre Moscou, qui contient notamment un embargo sur le pétrole russe. Le dossier, qui s’est vite révélé plus politique que technique, a dû passer entre les mains des chefs d’Etat et de gouvernement pour qu’un terrain d’entente soit trouvé - la faute à un veto hongrois qui a compliqué les pourparlers.
Finalement, un accord a pu être dégagé à Bruxelles durant la nuit du lundi 30 au mardi 31 mai. Le Coreper, qui regroupe les 27 ambassadeurs auprès de l’UE, doit se réunir mercredi 1er juin en vue de finaliser ce paquet inédit. Il s’agit pour eux de transformer le « feu vert politique » des chefs d’Etat et de gouvernement en textes juridiques applicables sur le sol européen.
Dans ses conclusions, le Conseil européen « demande donc instamment au Conseil [aux ministres de l’UE, ndlr.] de finaliser et d’adopter sans délai » ce nouveau train de sanctions, et ce « en veillant au bon fonctionnement du marché unique de l'UE, à une concurrence loyale, à la solidarité entre les Etats membres et à des conditions de concurrence équitables également en ce qui concerne la suppression progressive de notre dépendance aux combustibles fossiles russes ».
Des garanties en retour
Or depuis sa présentation par la Commission européenne le 4 mai dernier, ce paquet de sanctions à l’encontre de la Russie a changé de visage. En effet, alors que certaines délégations européennes espéraient qu’il puisse être adopté « en un seul bloc », comme en témoigne une source bruxelloise, le grand navire de l'UE a une nouvelle fois dû faire preuve de créativité pour garder tout le monde à bord.

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Et pour cause, les nouvelles mesures concernant l’importation de pétrole russe vers l’UE ont tout bonnement été coupées en deux. L’accord dégagé entre les Vingt-sept prévoit, avant la fin de l’année, la fin des acheminements par bateau du pétrole - soit deux tiers des achats européens en provenance de Russie.
Mais pour ce qui est de l’oléoduc de Droujba, dont dépendent largement la Hongrie (65% de la consommation de pétrole de ce pays enclavé passe par cette infrastructure), mais aussi la Slovaquie, impossible de s’entendre. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a d’emblée refusé d’envisager de se passer de cet oléoduc sans une série de garanties en retour.
Une solution « sur mesure »
Ainsi, ce n’est que dans un second temps que les importations européennes via Droujba prendront fin. La branche nord de ce pipeline dessert notamment l’Allemagne et la Pologne qui ont, au niveau national, décidé de se passer de ces approvisionnements en pétrole russe. « On complètera dès que possible avec la branche sud » (qui va vers la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie), promet une source européenne. Si la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a affirmé que 90% des importations d'or noir russe vers l'UE seraient arrêtées d'ici à la fin de l'année, aucune date butoir n’est inscrite dans les conclusions.
« On parle de sanctions historiques, quand on rentre dans le dur du sujet, c’est normal que ce ne soit pas simple », estime un diplomate européen, qui ajoute qu’il est « important que tout le monde se sente à l’aise avec ce qui est signé au Conseil européen ». Mais bon nombre d’Etats membres déplorent le « cadeau » offert à Viktor Orban avec ces sanctions « sur mesure ». Le président du Conseil européen Charles Michel, lui, n’a qu’un mot à la bouche : « l’unité ». Une notion plus relative que jamais à l’échelon européen.



