Dans l’hémicycle du Parlement européen à Strasbourg le mercredi 4 mai, quand la présidente de la Commission européenne a prononcé les mots «embargo sur le pétrole russe», une salve d’applaudissements s’est immédiatement fait entendre. Il faut dire que dès le début du mois d’avril, les eurodéputés avaient appelé à un embargo sur le pétrole russe, dans une résolution votée à la quasi-unanimité. Les élus européens ont donc été entendus par Ursula von der Leyen, qui ne cache toutefois pas son inquiétude : «Ce ne sera pas facile», a-t-elle admis, insistant sur l’idée qu’il n’y a pas d’autre option disponible pour les Européens.
Devant les parlementaires, elle a précisé : «Il s’agira d’un embargo total sur l’ensemble du pétrole russe, livré par voie maritime ou via des oléoducs, brut ou raffiné». Concrètement, les importations de pétrole brut en provenance de Russie devront stopper dans les six mois, tandis que pour les produits raffinés, l’Union européenne (UE) se donne jusqu’à la fin de l’année. La Hongrie et la Slovaquie, enclavées et très dépendantes des importations de Russie, devraient bénéficier d’une exemption, afin de pouvoir acheter du pétrole brut russe jusqu’à la fin de l’année 2023.
Ursula von der Leyen a dévoilé l’équation qui a motivé sa décision : d’une part, «maximiser la pression sur la Russie», et d’autre part, «minimiser les dommages collatéraux», et ce «parce que pour aider l’Ukraine, on doit être sûr que notre économie reste forte».
Isoler la Russie
Ce sixième paquet de sanctions - le plus lourd jamais mis sur la table par l’UE - comporte aussi un volet bancaire. La Commission propose en effet d’exclure trois banques russes, dont le géant Sberbank (qui représente près de 40% du marché en Russie), du système financier international Swift. L’exécutif européen n’en est pas à son coup d’essai : dans ses précédents trains de sanctions, l’UE avait déjà réservé le même sort à sept banques russes (VTB Bank, Bank Rossiya, Bank Otkritie, Novikombank, Promsvyazbank, Sovcombank ainsi que VEB).

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Côté Parlement européen, bon nombre d’eurodéputés sont, eux, en faveur de l’exclusion de l’ensemble des banques russes du système Swift. En Ukraine, le président Volodymyr Zelenskyy est sur la même ligne. Et Ursula von der Leyen de lancer : «Nous frappons des banques d’une importance systémique essentielle pour le système financier russe et la capacité de destruction de Poutine. Cela renforcera l’isolement total du secteur financier russe.» Ces nouvelles sanctions comprennent également une liste de 58 personnalités russes supplémentaires. Parmi elles, un certain nombre de militaires qui ont pris part au massacre de Boutcha.
La balle est dans le camp du Coreper
Selon Manfred Weber, le président du groupe du Parti populaire européen (le PPE, majoritaire dans l’hémicycle), «les paiements d’énergie à la Russie financent le système de Poutine ». Selon l’Allemand, « les nouvelles sanctions proposées par Ursula von der Leyen (…) étaient une étape absolument nécessaire. Depuis que Poutine a déclaré la guerre, nous vivons dans une réalité nouvelle.» De l’autre côté de l’hémicycle, Iratxe Garcia Perez, à la tête du groupe des Socialistes, n’a pas une approche différente de son homologue de droite. «La prochaine étape de la guerre de Poutine doit être de couper le gaz et le pétrole, comme l'a annoncé le président de la Commission», a-t-elle maintenu. Pour Bernard Guetta, eurodéputé français membre du groupe Renew Europe (RE), «Poutine espérait faire éclater le front des Vingt-sept en coupant le robinet du gaz à la Bulgarie et à la Pologne, or l’UE a tenu bon et a renforcé sa quête de produits de substitution».
Le paquet de sanctions doit maintenant être étudié et avalisé par le «Coreper 2» - pour «Comité des représentants permanents des gouvernements des Etats membres de l'Union européenne». Au sein de cet organe qui rassemble donc les 27 Etats membres et qui, depuis le début de la guerre en Ukraine, ne ménage pas ses efforts pour garantir une réponse cohérente et coordonnée de l’UE à l’invasion russe, une source ne le cache pas : «Entre nous, on blague en disant que le Coreper, le Comité des représentants permanents, est devenu un Comité permanent des représentants ! » Et l’UE n’est certainement pas encore au bout de ses peines.



