L’Europe cherche à composer sans le gaz russe

Grâce notamment à l’augmentation des livraisons venues de Norvège et des Pays-Bas, la part des importations de gaz russe est passée de 55 % à 35 % en Europe. Mais le chemin est encore long pour se passer totalement de la Russie en matière de gaz naturel, mais aussi de pétrole.

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Site stockage gaz Gazprom Allemagne
L'Europe commence à réduire sa dépendance au gaz russe.

Payer en roubles les livraisons de gaz russe vers l’Europe ? Pour Kadri Simson, la commissaire européenne responsable de l’Energie, il s’agit « clairement là d’une modification unilatérale des contrats, qui est injustifiée et qu’il est légitime de rejeter ». La ministre française de la Transition écologique Barbara Pompili, qui a convoqué la réunion des 27 ministres européens de l’Energie à Bruxelles le lundi 2 mai, l’a affirmé : « Tous les Etats membres ont dit qu’il fallait mettre en œuvre les sanctions et respecter les contrats, qui mentionnent bien un paiement en euros. »

« Ce Conseil extraordinaire a été l’occasion pour les ministres de rappeler leur solidarité envers l’Ukraine et envers les Etats membres concernés par la suspension de livraison de gaz de la part de Gazprom, actée en dépit des contrats en cours », a indiqué le Conseil de l’UE par voie de communiqué à l’issue de la réunion. Mais alors le géant russe Gazprom a suspendu ses livraisons de gaz vers la Pologne et la Bulgarie (qui ont refusé de payer en roubles), dans toute l’Europe, la tension monte, avec une seule question sur toutes les lèvres : et si la Russie stoppait toutes ses livraisons vers l’Europe ? Kadri Simson l’a redit aux 27 Etats membres : c’est une possibilité «à laquelle il faut se préparer en priorité».

Prochaine échéance : le Conseil européen fin mai

Tous les regards sont donc maintenant tournés vers la Commission européenne, qui doit mettre sur la table des solutions tous azimuts pour assurer l’approvisionnement énergétique du Vieux continent. Avant le Conseil européen spécial des 30 et 31 mai, l’exécutif européen doit notamment publier des orientations complètes, à destination des entreprises européennes, pour indiquer la marche à suivre pour ne pas rentrer en infraction avec les régimes de sanctions mis en place par les Européens. Selon des sources concordantes, la Commission européenne met actuellement la dernière main à un sixième paquet de sanctions à l’encontre de la Russie (volet pétrolier inclus), et devrait le dévoiler dans les jours qui viennent.

La Commission planche aussi sur un autre dossier de taille : la mise en musique des idées annoncées dans la communication «RePowerEU», qui vise, de manière générale, à sortir l’Europe de sa dépendance aux combustibles fossiles russes. Là encore, le chantier est énorme et l’institution est bien consciente que la bascule ne pourra pas se faire du jour au lendemain. « Les ministres ont réaffirmé leur volonté d'œuvrer à l'élimination progressive de la dépendance de l'UE vis-à-vis des combustibles fossiles russes », écrit encore le Conseil de l’UE, ajoutant que « dans ce contexte, les ministres attendent avec grand intérêt le plan REPowerEU ».

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En toile de fond de ces discussions, une question reste en suspens : l’éventuelle adoption d’un embargo européen sur le pétrole russe. A son arrivée à Bruxelles, Robert Habeck, ministre fédéral allemand de l’Economie, de l’énergie et de la protection du climat, a déclaré que « l’Allemagne n’est pas contre » un tel embargo, que « l’Allemagne est prête à faire cela », mais que profiter de  « quelques mois pour effectuer la préparation technique [au niveau des ports, des pipelines, etc., ndlr.] serait utile ».

Ne pas se concurrencer les uns les autres

Pour sécuriser leur approvisionnement en gaz, les Européens misent aussi gros sur le nouveau règlement dit « stockage du gaz ». Dans les conclusions de cette session extraordinaire à Bruxelles, les ministres déclarent « souhaiter un aboutissement à court terme des négociations ». Un accord est espéré dès le lundi 16 mai sur cette proposition de règlement qui doit obliger les pays de l’UE à ce que leurs stocks de gaz soient remplis à au moins 80% de leurs capacités cette année, puis à 90% les années suivantes. « Nous sommes plutôt satisfaits car les discussions avancent à un très bon rythme », a estimé Barbara Pompili. La proposition de la Commission européenne ne date que de la fin du mois de mars. Si un accord est trouvé dès la mi-mai, les Européens pourront au moins se targuer d’avoir su s’entendre en un temps record.

Quant à la plateforme européenne d’achat commun de gaz, elle a été officiellement lancée et les derniers réglages sont en cours en vue de permettre d’assurer la meilleure coordination possible entre les Européens. A Bruxelles, l’estonienne Kadri Simson a toutefois insisté, une fois de plus, sur le caractère « volontaire » de cette plateforme d’achat. Elle y voit une « bonne manière pour les Etats de ne pas entrer en concurrence les uns avec les autres » et de « consolider leur pouvoir d’achat ». Une habile manière de dire que par les temps qui courent, voilà une offre qui ne se refuse pas.

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