BP, Equinor, Shell, ExxonMobil... Ces dernières semaines, de nombreux groupes pétroliers ont annoncé leur désengagement progressif de la Russie en réaction à l'invasion de l'Ukraine. De son côté, TotalEnergies avait simplement indiqué début mars qu'il n'apporterait plus de capital à de nouveaux projets dans le pays, sans pour autant plier bagage. Une position vivement critiquée par de multiples citoyens, plusieurs ONG et quelques politiciens, le candidat à l'élection présidentielle Yannick Jadot allant même jusqu'à accuser l'entreprise de « complicité de crimes de guerre ».
S'il juge ces attaques « graves et infondées », le géant français a néanmoins décidé de prendre de nouvelles mesures, comme il l'explique dans un communiqué publié mardi 22 mars. Après avoir réaffirmé « sa condamnation la plus ferme de l’agression militaire de la Russie contre l’Ukraine », assuré son « strict respect des sanctions européennes » et rappelé qu'il n'exploitait directement aucun champ d'hydrocarbures dans le pays, TotalEnergies a indiqué qu'il cesserait d'acheter du pétrole et des produits pétroliers russes, au plus tard à la fin de l'année 2022.
Des projets conséquents
Afin de compenser ces contrats, le groupe va mettre en place des approvisionnements alternatifs. Située dans l'Est de l'Allemagne, sa raffinerie de Leuda recevra ainsi des importations en provenance de la Pologne. Concernant le diesel (gazole), l'entreprise prévoit de mobiliser des produits pétroliers depuis d'autres continents, en s'appuyant notamment sur sa raffinerie de Satorp (Arabie saoudite), codétenue avec Saudi Aramco. TotalEnergies souligne d'ailleurs que la Russie a fourni 12% du diesel importé en Europe en 2021, une part qui a même atteint 25% en France.

- 2.1888+3.79
27 Mars 2026
Gazole France TTC€/litre
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
La supermajor pétrolière exclut en revanche un retrait complet du pays en raison de l'importance stratégique de ses actifs gaziers russes, qui représentaient 30% de sa production annuelle de gaz naturel en 2020. L'entreprise dirigée par Patrick Pouyanné possède 19,4% de la société russe Novatek, avec laquelle elle a démarré en 2017 le site Yamal LNG, d’une capacité de 18,8 millions de tonnes de GNL par an, et dont elle détient 20%. Elle bénéficie également d'une participation de 10% dans Arctic LNG 2, un projet de GNL destiné à alimenter les marchés asiatiques dès 2023 et estimé à 21,3 milliards d'euros. En raison des « incertitudes » liées aux sanctions internationales, TotalEnergies ne le comptabilisera plus dans ses réserves prouvées d'hydrocarbures.
Pas d'embargo européen
« Le contexte actuel des sanctions européennes et des lois russes de contrôle des investissements étrangers en Russie empêcherait TotalEnergies de trouver un acheteur non russe pour reprendre ses participations minoritaires, explique le groupe dans son communiqué. Abandonner ces participations sans contrepartie financière contribuerait donc à enrichir des investisseurs russes en contradiction avec l’objet même des sanctions ». L'entreprise précise par ailleurs que les sociétés concernées disposent de leur propre personnel et sont gérées de manière autonome.
Ainsi, TotalEnergies continuera « à assurer l’approvisionnement de l’Europe en Gaz Naturel Liquéfié à partir de l’usine de Yamal LNG dans le cadre de contrats longs termes qu’elle se doit d’honorer tant que les gouvernements considèrent que le gaz russe est nécessaire ». Contrairement aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, l'Union Européenne n'a pas encore sanctionné le secteur énergétique russe, en raison de sa forte dépendance. Elle ambitionne néanmoins de réduire de deux tiers ses importations de gaz russe d'ici à la fin de l'année 2022.



