Entretien

"Le capital de Suez restera majoritairement français", assure Diane Galbe, sa directrice générale adjointe

Trois jours après la tentative de réchauffement des relations entre Suez et Veolia et la mise au point du PDG de Veolia, Diane Galbe, la directrice générale adjointe de Suez en charge de la business unit Smart and environnemental solutions, apporte des précisions à l’Usine Nouvelle.

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Diane Galbe, directrice générale adjointe de Suez
Diane Galbe, directrice générale adjointe de Suez.

L'Usine Nouvelle. - Après ces batailles juridiques sans fin, qu’est-ce qui a motivé Suez pour tenter la paix des braves ?

Diane Galbe. - C’est une main tendue à Veolia pour tenter de sortir de cette crise par le haut. Avec la situation sanitaire et économique que nous traversons, il était impératif de débloquer la situation et de commencer à dialoguer.

Oui, mais dialoguer sur quoi ? Antoine Frérot a réaffirmé qu’il n’y avait qu’un seul projet, le sien, et Bertrand Camus, le directeur général de Suez, a bien indiqué qu’il s’agissait de discuter pour renforcer les deux groupes. Comment sortir de l’impasse ?

Je ne vais pas présumer de ce que va faire Veolia, mais notre projet se fonde sur la continuité du plan stratégique existant de Suez, soutenu par Ardian et GIP. Nous avons un projet industriel clair et cohérent que nous voulons accélérer, tout en étant conscients de la situation actuelle et de la volonté de Veolia de se renforcer.

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Antoine Frérot dit qu’il est prêt à discuter et il se réjouit que Suez n’ait pas de contre-offre. Est-ce le cas ?

Ce n’est effectivement pas une contre-offre. Par ailleurs, il n’y a pas d’offre de Veolia, mais seulement une intention. La différence aujourd’hui, c’est que Suez a une solution concrète à apporter. Le Conseil et la direction sont très confiants dans l’avenir de Suez. C’est pour cela que Suez tend la main et propose le dialogue. Les conditions sont réunies pour avancer. Encore une fois, on estime qu’il est de la responsabilité de chacun de sortir par le haut de cette affaire qui est actuellement enlisée. Nous avons des stratégies qui ne sont pas identiques. Nous sommes focalisés sur l’eau et le recyclage des déchets avec de la valeur ajoutée. Veolia est aussi présent dans l’énergie. De plus, nos stratégies géographiques sont différentes. Nous sommes déterminés à poursuivre notre plan stratégique Suez 2030 qui est basé sur l’innovation et la technologie et un programme de rotation d’actifs. Il y a donc la place pour deux champions français.

Quand vos deux dirigeants vont-ils se rencontrer ?

Il faut leur laisser le temps. L’annonce ne date que de dimanche soir [17 janvier, ndlr].

Suez veut continuer à exister et refuse d’être racheté par Veolia. Allez-vous racheter les parts de Veolia ?

Le point très positif pour Suez c’est la présence de deux des plus grands investisseurs mondiaux qui croient en notre projet stratégique et veulent le développer. L’objectif, c’est d’essayer de renforcer chaque groupe, et pourquoi pas avec un échange d’actifs. Mais il faut un dialogue et une solution globale.

A quel niveau Ardian et GIP doivent entrer dans le capital ?

Plusieurs modalités sont possibles y compris de faire une offre d’achat pour racheter les actions de Suez, si la solution amicale préconisée est retenue, avec également une forte participation des salariés. Aujourd’hui l’actionnariat des salariés s’élève déjà à 4% et nous venons de proposer une offre d’actionnariat salariale avec l’objectif d’atteindre 6% du capital.

GIP est un fonds américain détenu par un milliardaire proche de Donald Trump…

Je ne fais pas de politique. C’est le plus grand fonds d’infrastructures au monde. Pour avoir travaillé avec eux ces dernières semaines, ils ont une vision moderne de l’infrastructure. Nous avons beaucoup de capitaux engagés aux Etats-Unis. 40% des actifs de Suez sont aux Etats-Unis. De plus, le rachat de GE Water a conduit Suez à devenir n° 1 mondial sur le marché de l’eau industrielle. Au-delà des Etats-Unis, ils sont basés en Europe, à Hong Kong et à Singapour, cela sera un atout dans une stratégie de renforcement à l’international.

Suez ne sera plus une entreprise française ?

Si, absolument c’est un point important. Le capital de Suez restera majoritairement français, c’est ce que nous avions demandé dans le cahier des charges. Nous pensons que ce scénario avec des fonds qui s’engagent sur le long terme est une très bonne solution. On parle de plus de 7 milliards d’euros d’investissements sur les cinq prochaines années, et de 300 millions dans la R&D au cours des deux prochaines années.

Dans combien de mois peut-on espérer voir l’épilogue de ce feuilleton à rebondissements ?

Il faut que le dialogue s’ouvre et qu’il y ait une résolution rapide notamment dans cette période de crise sanitaire. Il faut une solution simple, rapide et puissante et c’est ce que nous proposons. Nous pouvons et nous devons avoir deux entreprises françaises championnes mondiales dans ces secteurs d’autant plus que les besoins des villes, des industriels, les enjeux environnementaux sont gigantesques. Il faut travailler au plus vite au monde d’après.

Propos recueillis par Olivier Cognasse

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