Une usine 2.0 pour NetZero. L'entreprise a annoncé, ce jeudi 20 mars, le lancement d’usines de nouvelle génération pour transformer les déchets agricoles en biochar. L’entreprise espère ouvrir sa première unité commerciale «Gen2» d’ici à la fin de l’année 2025 au Brésil. Le biochar, cette poudre noire, offre une alternative à la reforestation, qui montre chaque jour ses limites, pour capturer du carbone et donc générer des crédits carbone.
Parches de café, coques de noix de coco, cosses de cacao ou encore balles de riz… Les résidus agricoles sont souvent brûlés ou pourrissent, et rejettent dans l’air le CO2 naturellement absorbé par photosynthèse au cours de leur vie. Chauffés à haute température et sans oxygène, ces mêmes déchets peuvent être transformés en biochar, un puissant piège à carbone et excellent fertilisant une fois épandu dans les champs.
Fondée en 2021, l’entreprise tricolore est un pionnier de cette transformation. Elle compte actuellement trois usines de première génération en opération : une au Cameroun, spécialisée dans le traitement des coques de cacao, et deux au Brésil. Essentiellement dédiées aux parches de café, les usines brésiliennes transforment 22000 tonnes de déchets organiques en biochar par an – soit l’équivalent de 6000 tonnes de CO2 atmosphérique séquestrées chaque année. Cette capacité doit être doublée d’ici à la fin de l’année 2025, avec l’ouverture de deux nouvelles usines au Brésil.
Des usines montées en moins de sept semaines
Las, ses unités actuelles, encore trop lourdes, empêchent au modèle d'essaimer. «Notre objectif, c'est d'aller chercher des sources de résidus agricoles dans des zones rurales, dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres autour de nos usines, explique Axel Reinaud, président de NetZero. On a donc besoin de systèmes de production faciles à installer, dans des zones où il y a peu de compétences industrielles.»

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Pour mettre les bouchées doubles, l’entreprise teste depuis trois mois un nouveau type d’usine plus facile à assembler que la première génération. En service au Brésil, une unité de test a déjà dévoré parches de café, bois de caféiers, balles de riz et bagasses. La construction d'une première version commerciale doit débuter en juin au Brésil pour une mise en service d’ici à la fin de l’année.
Alors que la précédente usine compte plusieurs dizaines de tonnes d’acier inoxydable et repose sur des fondations en béton, la deuxième génération se compose de conteneurs légers, assemblés entre eux, contenant chacun four à pyrolyse – un nouveau modèle dont la taille a été divisé par deux -, séchoir, broyeurs ou encore salles de contrôle. Ils sont alors assemblés entre eux sur un modèle proche des briques Lego. Les modules sont conçus par NetZero et construits par des sous-traitants.
Le nouveau modèle doit réduire les coûts d’installation de ses nouvelles usines : 3 millions d’euros d’investissement estimés pour une usine Gen2 dédiée au café, contre 4 millions d’euros pour des lignes de première génération, avec un temps de construction de 6 à 7 semaines pour le nouveau modèle… contre environ 9 mois pour le précédent. «C'est une usine beaucoup plus facile à installer et également plus facile à opérer», résume Axel Reinaud.
Convoyage, mise en sac… Largement automatisées, ces usines doivent également réduire les besoins en recrutement : une dizaine de personnes devraient suffire à faire tourner et contrôler fours et séchoir et mettre en sac le biochar, contre une vingtaine pour les usines de génération actuelle. La quantité de CO2 séquestré par tonne de déchet traité devrait, à produit équivalent, rester inchangée entre les deux générations d’usines.
Autre avantage de l'usine Gen 2 : sa capacité à traiter une plus grande variété de déchets. Le nouveau réacteur à pyrolyse par radiation est désormais capable d’absorber à grande échelle de la bagasse, un résidu de la canne à sucre aux fibres épaisses et à la poussière fine qui posait des problèmes de condensation des gaz dans l’ancien four par conduction. L’entreprise propose également des modules de broyage et de séchage capables de traiter des produits volumineux et plus humides que sa première génération d’usines, comme les coques de noix de coco.
5 franchisés au Brésil d’ici à fin 2025, quelques dizaines en 2026
Ces baisses de coûts et cette accélération des calendriers visent notamment à faire de l’œil aux franchisés – principalement des industriels de l’agroalimentaire ou des exploitants agricoles locaux. L’entreprise espère ainsi démultiplier la force de frappe de ses usines, en atteignant 80% de sites franchisés pour 20% opérés directement. L’industriel vise la construction de 5 usines franchisées de Génération 2 au Brésil d’ici à fin 2025, puis quelques dizaines en 2026 en s’ouvrant à d’autres pays en zone tropicale.
«Avec ces nouvelles usines, nous espérons passer d’une échelle en kilotonnes à mégatonnes dans les quatre prochaines années environ», résume Axel Reinaud. L’entreprise de 150 employés compte recruter pour atteindre entre 200 et 250 personnes d’ici à début 2026. Avec un objectif ambitieux : dépasser 1 million de tonnes de CO2 séquestrées par an d’ici à 2031 dans le monde grâce à son biochar. Rien qu’au Brésil, elle table sur une centaine d'unités dédiées au traitement du café et un millier dans la canne à sucre.



