C’est peu dire qu’il y a urgence à industrialiser le procédé de séquestration carbone naturel de la start-up française Net Zero. Pour compenser leurs émissions résiduelles de carbone, les entreprises ne peuvent plus vraiment compter sur les programmes de reforestation. La certification de ces crédits carbone montre chaque jour ses limites. Il existe pourtant une solution pour produire des crédits carbone valables au moins 100 ans : transformer par pyrolyse, un mode de chauffage haute température sans oxygène, des déchets agricoles secs de type parche de café, noix de coco, cosse de cacao, ou encore balles de riz, en biochar. Cette poudre de carbone, qui stocke le CO2 capté par les plantes par photosynthèse, est ensuite épandue sur des terres agricoles, où elle restera au moins cent ans. Ce carbone se comportant comme une éponge qui retient eau et nutriments, il augmente ensuite la production agricole et réduit les besoins en engrais.
Certes, le procédé ne fonctionne pas avec les fruits, et n’a aucun intérêt avec du bois, qui peut être mieux utilisé. Il n’a aussi du sens que dans les zones tropicales, car dans les autres coins du monde, les déchets agricoles sont déjà valorisés. Le procédé doit aussi être accolé à une unité industrielle, pour fournir une quantité suffisante de déchets. Malgré ces limites, le potentiel de captation carbone du biochar serait de 1 à 2 milliards de tonnes par an dans le monde. Loin d’être négligeable, lorsque l’on sait que le Giec estime qu’il faut enlever 5 à 10 milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère tous les ans. Et que la technologie de capture de carbone dans l’air (CAC) avec séquestration minérale, ou les programmes de conservation forestière, ne pourront pas y suffire.
Automatiser les unités de production
Grâce au soutien de 23 business angels, NetZero s'est lancée en janvier 2021. La start-up a déjà pu construire un premier démonstrateur au Cameroun d'une capacité de 8000 tonnes à côté d’une usine de café. Grâce au soutien à la R&D de Bpifrance et à une subvention d’un million d’euros de la fondation Elon Musk, elle est en train de mettre en service une seconde unité au Brésil, de 2 fois 8000 t toujours pour traiter des résidus de graines de café. Mais le process a besoin d’être industrialisé pour passer à l’échelle. «On cherche à améliorer l’automatisation de l’usine et réduire les besoins en personnel», explique Olivier Reinaud, un des cinq cofondateurs et directeur général de la start-up, aux côtés du climatologue Jean Jouzel. Il faut en effet pas moins de 25 personnes pour faire tourner ces équipements.
Le 7 février, la PME de 130 salariés a annoncé une première levée de fonds de 11 millions d’euros pour financer cette deuxième étape de son développement. Trois groupes industriels ont investi : Stellantis, au travers de son fonds Stellantis Ventures, L’Oréal, via son fonds d’investissement d’impact Fonds L’Oréal pour la régénération de la nature, et le transporteur CMA-CGM. Ces fonds vont «servir à optimiser la technologie par itération pour arriver en 2025 à un modèle plus automatisé, plus efficace énergétiquement et plus facile à maintenir. Une fois ce produit packagé, on entrera dans la phase de réplication rapide», explique Olivier Reinaud.
Et ensuite? «À partir 2025 ou 2026, on se développera sur un modèle de franchise. Mais on continuera à opérer certaines unités», fait état le cofondateur. A priori, c’est d’abord au Brésil, premier pays producteur de café, que NetZero compte se développer. Mais des Etats comme l’Inde qui, autour de Delhi, pollue son atmosphère en brûlant les balles de riz, ou ceux d'Asie du Sud-Est, présentent un fort potentiel. Le modèle économique de NetZero est basé essentiellement sur la vente de crédits carbone certifiés, qui se négocient au-dessus de 100 euros la tonne. C’est beaucoup plus élevé que ceux des programmes forestiers, mais ils permettent également de subventionner le biochar, utilisé comme fertilisant par les paysans locaux.



