Etude

[Climato-éthique] Attention au greenwashing (involontaire) des crédits carbone

Au moment où l’Europe prépare un règlement sur l’absorption du carbone, The Guardian et Die Zeit ont publié une enquête révélant que plus de 90% des crédits carbone sur des forêts tropicales vendus par l’ONG Verra ne vaudraient rien. 

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REDD+ Project for Caribbean Guatemala: The Conservation Coast (Verra Project 1622)
Créée en 2007, l'ONG américaine Verra a déjà approuvé des crédits carbone sur plus de 1 500 projets dans le monde.

Planter des arbres ne va pas suffire à compenser les émissions carbone résiduelles des organisations, une fois tous les leviers de sobriété, de changement de process et de passage aux énergies renouvelables activés. Il faut aussi développer la séquestration industrielle du carbone et  préserver les puits de carbone naturels existants, notamment en stoppant la déforestation par un travail sur les écosystèmes avant de pouvoir émettre des crédits carbone solides, qui valorisent une réelle absorption de carbone anthropique durable dans le temps. Tiré par l’ONG états-unienne Verra, créée en 2007 et qui revendique avoir certifié plus de 1 500 projets avec son Verified Carbon Standard (ou VCS), un marché de crédits carbone vérifiés (où se négocie la tonne de CO2 évitée autour de 10 dollars en 2022), s’est lancé, qui permet aux entreprises d’atteindre leurs objectifs de neutralité carbone. Problème: la validité de ces crédits est régulièrement remise en cause pour des questions de méthodologique.

En janvier 2023, après une enquête de neuf mois menée avec l’association de journalistes d'investigation SourceMaterial, les journaux anglais The Guardian et allemand Die Zeit ont révélé que 94% des crédits carbone sur le programme de protection des forêts tropicales de l’ONG américaine Verra, qui représentent 40% de ses crédits approuvés et vendus, seraient «fantômes» et n’auraient pas dû être approuvés. Pire, ils pourraient même aggraver le réchauffement climatique. Pour arriver à cette conclusion, les journalistes ont analysé les résultats de trois études scientifiques ayant utilisé des images satellites pour vérifier les résultats de projets de compensation forestière, connus sous le nom de programmes Redd+. 

Des scénarios surévaluant les pertes de forêt

Sur 29 projets approuvés par Verra et pour lesquels une analyse plus approfondie était possible, 21 n'avaient aucun avantage pour le climat. Et sur les huit qui présentaient des preuves de réductions significatives de la déforestation, sept avaient entre 98% et 52% d'impact en moins que ce qu'affirmait le système de l’ONG américaine, et un seul affichait 80% d'impact en plus. En cause : les scénarios de base de la perte de forêts qui seraient surévalués d'environ 400%. Si l’on exclut trois projets à Madagascar ayant obtenu d'excellents résultats, la surévaluation serait même d’environ 950%, selon une étude menée par une équipe de l'université de Cambridge sur 40 projets Verra.

Pour des entreprises comme Gucci, Salesforce, Lavazza et EasyJet, qui utilisent ces crédits de Verra pour leurs programmes clients de compensation carbone ou pour estampiller leurs produits et services «neutre en carbone», c’est un coup dur. Car si Verra réfute les résultats de l’enquête, «les principales critiques des méthodologies Redd+ de Verra citées dans l'article ont déjà été traitées par une révision en cours depuis 2021», reconnaît Robin Rix, le directeur juridique de l’ONG. Les crédits antérieurs sont donc contestables. Et si, côté européen, la Commission a décidé en novembre 2022 de se doter d’un règlement sur l’absorption carbone, le référentiel de certification garantissant la qualité la durabilité des crédits carbone et évitant les doubles comptages, est loin, très loin, d’être prêt.  

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