Comme l'a souligné le Giec dans son dernier rapport, réduire nos émissions de CO2 ne suffira pas. Pour parvenir à limiter durablement le réchauffement climatique, développer les solutions de capture du carbone sera également nécessaire. Outre la plantation massive de végétaux, considérée comme indispensable, de nombreuses technologies attendent de pouvoir passer à la vitesse supérieure, portées par des investissements de plus en plus conséquents.
Spécialisée dans ce secteur, la greentech parisienne NetZero vient justement d'empocher un million de dollars, versé par la fondation Elon Musk dans le cadre d'une compétition de projets de décarbonation. Elle fait partie des 15 start-up lauréates sélectionnées fin avril parmi plus de 1 000 candidats, et peut même encore prétendre à des dotations de 10, 20 ou 50 millions de dollars, accordées en 2025 aux initiatives les plus prometteuses.
Profiter de la photosynthèse
Seule pépite française à avoir tapé dans l'œil de l'homme le plus riche de la planète, NetZero a été fondée en 2021 par un ancien employé du cabinet Boston Consulting Group, Axel Reinaud, un entrepreneur camerounais exerçant notamment dans la production de café, Aimé Njiakin et par le paléoclimatologue Jean Jouzel, vice-président du Giec de 2002 à 2015. Son projet consiste à développer la production de biochar, une poudre de charbon qui permet de séquestrer du carbone et d'enrichir les sols sur lesquels elle est épandue.
« Dans les zones tropicales, on estime que près de deux milliards de tonnes de déchets agricoles sont mal ou pas du tout valorisées chaque année, regrette Axel Reinaud, PDG de la start-up. Les cosses de café, les balles de riz et les rafles de palmier, par exemple, sont souvent brûlées ou pourrissent, et rejettent ainsi dans l'air le CO2 que les plantes ont naturellement absorbé par photosynthèse au cours de leur croissance ». Mais en chauffant ces détritus végétaux à haute température et sans oxygène (en suivant donc le principe de la pyrolyse), il est possible de les décomposer et de récupérer le carbone sous une forme extrêmement stable, alors appelée biochar.
Parsemée sur les surfaces agricoles, cette matière se révèle un outil précieux. Légèrement basique, elle participe à la désacidification des sols, favorise la vie microbienne et augmente surtout leur capacité de rétention de l'eau et des nutriments. Ces effets positifs durent plusieurs centaines d'années et aident les agriculteurs des pays tropicaux à s'affranchir des engrais chimiques, responsables d'une importante pollution environnementale et parfois inabordables financièrement. « Les proportions varient selon les sols et le type de culture, mais les rendements sont parfois multipliés par deux grâce au biochar », assure le dirigeant.
NetZero L'usine camerounaise de NetZero.
Une usine au Cameroun
Autre avantage : son processus de fabrication émet des gaz (méthane, hydrogène, etc.) que NetZero utilise comme source d'énergie renouvelable. La moitié de cette énergie sert à faire fonctionner le four nécessaire à la pyrolyse, afin de garantir un procédé complètement vert et circulaire, et l'autre moitié alimente le réseau local en électricité décarbonée ou facilite le chauffage urbain. Cette exemplarité leur permet également d'amortir leurs coûts en vendant des crédits carbone aux entreprises en cours de transition écologique. « Il ne s'agit pas d'éviter des émissions, ce qui s'apparente à du greenwashing, mais bien de les compenser, précise Axel Reinaud. De plus, en raison du coût élevé de nos crédits, seules les sociétés déjà vertueuses y ont recours ».
Si son modèle économique est déjà bien réfléchi, la jeune pousse n'en est pour l'instant qu'à ses débuts. En février, elle a ouvert les portes de sa première usine, située à Nkongsamba (Cameroun), près de la plus grande usine de transformation de café du pays, et compte y produire chaque année plus de 2 000 tonnes de biochar. Elle vient d'ailleurs de commander les premiers équipements pour s'implanter aussi au Brésil, afin de prouver que son dispositif est réplicable, et ne manque pas d'ambition pour la suite : d'ici à 2030, elle espère séquestrer un million de tonnes de CO2.



