C’est déjà le quatrième rapport du Haut Conseil pour le climat. Avez-vous été entendus par le président de la République ?
Les politiques publiques en réponse au réchauffement climatique ont beaucoup avancé au cours des quatre dernières années. Particulièrement en 2022, avec le transfert de la responsabilité climatique sous l'égide du Premier ministre. Nous avions recommandé au gouvernement de remonter les décisions climatiques au niveau de Matignon. C’était notre recommandation numéro un. On note également un début de planification avec les feuilles de route des ministères et les efforts pour pérenniser les financements publics, notamment via le plan de relance et France 2030.
Les orientations prises vont-elles toutes dans le bon sens ?
Le gouvernement a mis en place en 2021 des mesures ou des politiques couvrant 19 des 25 orientations sectorielles de la Stratégie nationale bas carbone. Mais seules six d’entre elles bénéficient de mesures permettant d’atteindre les budgets carbone. À notre avis, encore trop d’orientations risquent de manquer leurs objectifs.
Nous avions recommandé au gouvernement de remonter les décisions climatiques au niveau de Matignon.
Quelles sont ces orientations à risque ?
On les retrouve dans la rénovation énergétique des bâtiments, où les efforts sont insuffisants, et l’agriculture, qui continue à émettre beaucoup trop de CO2 au niveau de la machinerie. La sobriété n’est pas suffisamment utilisée comme levier pour lutter contre le réchauffement climatique.
Où sont les leviers pour la sobriété ?
On parle de la sobriété structurelle. Ce sont des mesures à encourager, comme la lutte contre le gaspillage alimentaire et le poids des véhicules, les investissements dans les lignes de trains, l’interdiction de la publicité pour des activités très émettrices, les choix végétariens dans les menus, la rénovation énergétique des bâtiments... Ce sont des règles à mettre en place. Il faut encourager les Français à faire des choix sobres.
Avec le Fit for 55, quels seront les objectifs rehaussés de la France ?
Pour la France, le paquet climat européen (Fit for 55) nécessitera de réduire de 50% nos émissions brutes au lieu d’un objectif de 40% en 2030 par rapport à 1990, mais cette baisse devrait atteindre 54% avec les puits de carbone. Il faudra doubler la réduction des émissions de CO2 durant cette période, en passant de 8 millions de tonnes économisées à 16 millions de tonnes. Cela correspond à une baisse de 4,7% par an. La France peut revoir les calendriers, les niveaux, avoir un financement à long terme, mais aussi des financements privés. Et elle sera aidée par l’Europe. C’est très important.
Manque-t-il à la France une politique plus volontariste sur l’adaptation ?
La France n’est pas prête à répondre au réchauffement climatique. Nous avons beaucoup d’instruments sur la gestion des risques, mais très peu de priorités par rapport aux impacts climatiques. Il est impératif de les mesurer et de les analyser au niveau régional, dans l’agriculture, sur les côtes, en montagne et sur le refroidissement des centrales nucléaires. Tous ces impacts doivent être analysés et priorisés.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle n° 3710 - Septembre 2022



