Entretien

«Dans le spatial, le bouleversement du marché par l'impression 3D est déjà une réalité», estime Jean-Daniel Penot, de France Additive

Dans un rapport consacré aux enjeux de souveraineté, l’association professionnelle France Additive, qui rassemble l’essentiel des acteurs de l’impression 3D en France (entreprises, écoles…), fait état d’un risque de déstabilisation de certains secteurs industriels face à l’essor de la fabrication additive.

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Jean-Daniel Penot
Jean-Daniel Penot est l'un des administrateurs de France Additive.

D’après un rapport de l’association professionnelle France Additive, «l’industrialisation est loin d’être massive» dans l’aéronautique mais une accélération a été constatée dans le spatial au cours des sept dernières années. Le secteur de la défense représente, lui, 6% du marché mondial de la fabrication additive. Entretien avec Jean-Daniel Penot, administrateur de France Additive et responsable du département Recherche et innovation à l’école d’ingénieurs Cesi.

L’Usine Nouvelle - Quels sont les principaux risques que vous avez identifiés en matière de souveraineté industrielle ?

Jean-Daniel Penot - Nous avons été très surpris de nos conclusions. Nous nous attendions à des réponses convenues sur la possibilité de reproduire des pièces issues d’armes ou de centrales nucléaires. Nous avons eu, en fait, des réponses inverses : les problèmes liés à la cybersécurité ou aux vols de données ne sont pas nouveaux. Les modèles de pièces pour usinage sont déjà numériques, et par conséquent sont déjà exposés aux risques liés aux utilisations digitales. Concernant les vols de données, des États attaquent les chaînes d’approvisionnement, donc davantage des sous-traitants ou des fournisseurs des gros acteurs de la défense (MBDA, Dassault…), que ces grandes entreprises elles-mêmes. C’est ce qui se passe depuis le début de la guerre en Ukraine.

La fabrication additive peut-elle entraîner un abaissement des barrières à la production ?

Pour produire une pièce, il y a besoin de plans et de procédés pour la fabriquer. Or, en impression 3D, on peut produire énormément de pièces avec la même machine : aujourd’hui un pin’s, et demain une pièce destinée à l’aviation par exemple. En scannant une pièce, on obtient un modèle d’une pièce et on peut l’imprimer. Le secteur dans lequel les industriels ont le plus peur de cela, ce sont les pièces de rechange et de maintenance dans l’aéronautique. Par ailleurs, aujourd’hui, certains drones, en Ukraine, sont produits sur le front grâce à de petites imprimantes. De plus grosses machines sont placées en retrait. Dans l’aéronautique, toutefois, au global, cela va relativement doucement à cause de la question de la qualification et de la certification des pièces.

Les industriels risquent-ils d’être disruptés ?

Dans le secteur militaire, Naval Group est très bien placé. C’est un secteur dans lequel la guerre va être féroce, et les entreprises allemandes sont en avance sur les entreprises françaises sur le sujet de la fabrication additive métallique. Dans l’aéronautique, les fabricants d’équipements d'origine pourraient être contournés par des fabricants de pièces détachées. Il faut des marchés assez onéreux pour que les opérations soient économiquement viables. En Formule 1, il y a de la valeur ajoutée, mais pas forcément dans l’automobile traditionnelle, où l’on produit de grandes séries de pièces pour des voitures. Dans le nucléaire, il y a une course terrible pour qui produira les meilleurs réacteurs SMR. Quant au secteur du spatial, la disruption par la fabrication additive est déjà une réalité.

Comment la fabrication additive rebat les cartes dans le spatial ?

Nous nous sommes rendu compte, auprès d’industriels du spatial, qu’une entreprise comme SpaceX a pris dix ans d’avance sur Ariane par exemple. Dans le «new space», la fabrication additive est un élément important. Ses acteurs sont repartis d’une feuille blanche, ont embauché des gens très compétents, et sont partis des fonctions de chaque objet, au lieu de modifier des pièces existantes, apportant ainsi bien plus de simplification et d'innovation. Dans leurs moteurs, la plupart des pièces sont optimisées grâce à l’impression 3D. SpaceX a préféré prendre des risques, quitte à ne pas rattraper un lanceur, que de jouer forcément la carte de la sécurité. Cela peut être une opportunité pour les entreprises françaises.

D’autres risques ont-ils été identifiés ?

Celui de groupes terroristes ou d'États malveillants à se procurer des pièces stratégiques. On a été assez rassurés, a contrario, sur les armes de poing : le grand banditisme s’en sert très peu, in fine, en France, faute de fiabilité.

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