Comment faire progresser l'impression 3D dans l’industrie alors qu'elle ne représente que 0,2% de la production à l’échelle mondiale en 2025, selon le Boston Consulting Group ? Dans les allées du salon 3D Print Lyon, organisé du 3 au 5 juin à Chassieu (Rhône), cette question revient fréquemment. «La voie du développement 3D, ce n’est pas le prototypage, c’est la production», estime Cyrille Vue, le fondateur d’Erpro Group, une entreprise (trois usines en France, 92 salariés, 12M€ de chiffre d’affaires) spécialisée dans les techniques de fabrication additive (l'autre nom de l'impression 3D). «Il y a des phases d’essai pour qualifier le procédé et la pièce, il faut vraiment qu’il y ait une entente entre le client et le fournisseur», appuie le dirigeant dont l'entreprise fabrique des pièces pour la start-up spatiale Latitude ou des brûleurs en Inconel (un alliage à base de nickel) en partenariat avec Air Liquide.
Gagner du temps dans les trains et les avions
S'émanciper en imprimant soi-même ses pièces est aussi une option intéressante pour les industriels. «C’est le jeu de la 3D», tranche Philippe Feraud, expert technique et scientifique pour la SNCF. Plus de 12000 pièces issues de la fabrication additive sont en usage sur les trains, via la fabrication métallique, en fabrication polymère ou en fonderie rapide. Le procédé permet de disposer de pièces qui ne sont plus en catalogue, ou d’éléments plus légers ce qui réduit le temps d’immobilisation des trains lors d’opérations de maintenance.
L'aérien aussi a pris le tournant de l'impression 3D, comme Dassault Aviation qui s’est emparé du sujet au tournant des années 2000. Depuis plus de 1 million de pièces ont été fabriquées et les références des pièces (95% en polymère, 5% en métal) ont été standardisées en interne. Pour sa part, Schneider Electric a réussi à réduire de 30% l’emprise au sol d’armoires grâce à de nouveaux filtres, destinés à éviter les phénomènes d’arcs électriques internes, imprimés en 3D. Le géant des équipements électriques (150000 personnes, 38,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024) a intégré HP et l’Allemand GKN Additive dans ses projets 3D. Il doit néanmoins s’assurer de la conformité des pièces. «La fabrication additive est intégrée dans nos process, et est prête pour la production en série, mais le temps de qualification est long», souligne Thomas Rivoire, chargé de développement Fabrication additive du groupe.
Vers un tronc commun de compétences
«L’impression 3D reste une sorte de révolution technologique, rappelle Jean Rivoire, membre du conseil d’administration de France Additive, Le manque de maturité de la technologie, et la complexité de qualifier des procédés spéciaux peuvent freiner le développement de la fabrication additive.» Depuis 2023, un programme de certification des compétences des travailleurs de l'impression 3D nommé International additive manufacturing qualification system (IAMQS) a vu le jour.
En France, l’Association française de soudage supervise son déploiement, dans un premier temps pour les opérateurs, avant une extension prévue aux coordinateurs, ingénieurs process, designers et superviseurs de production. «Les industriels devaient passer du temps à créer des référentiels de formation. Cette harmonisation du portefeuille de compétences devrait aider au recours à la fabrication additive», indique Frédéric Parisot, ingénieur de formation chez AddUp, une filiale de Fives spécialisée dans la fabrication additive métallique.
La qualification des opérateurs est une chose, celle des procédés et des produits en est une autre. «Qualifier les procédés (machines, poudre…) permettrait d’accélérer l’adoption de la fabrication additive. Il y a des travaux en cours sur la normalisation», expose Jean Rivoire. Une meilleure maîtrise de l’industrialisation, avec un ensemble d’éléments techniques (capteurs, IA, jumeaux numériques…) pour s’assurer de la conformité des pièces pourrait permettre à la fabrication additive de grappiller davantage de place dans les process. Le jeu en vaut la chandelle avec un marché mondial estimé à 22 milliards de dollars (19 milliards d’euros) par le cabinet Wohlers Associates en 2024.



