2,3 milliards d’euros ! C’est le montant annuel nécessaire à mobiliser dès le prochain projet de loi de finances pour l’adaptation au réchauffement climatique. Cette évaluation de l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) dans son étude intitulée « Se donner les moyens de s‘adapter aux conséquences du changement climatique en France : De combien parle-t-on ? » met en évidence le retard de la France dans ce domaine.
A l'occasion de la publication du quatrième rapport du Haut conseil au climat (HCC), sa présidente Corinne Le Quéré ne disait pas autre chose à L’Usine Nouvelle : « La France n’est pas prête à répondre au réchauffement climatique. On a beaucoup d’instruments sur la gestion des risques, mais très peu de priorités par rapport aux impacts climatiques. Il est impératif de mesurer et analyser les impacts au niveau régional, dans l’agriculture, sur les côtes, en montagne et sur le refroidissement des centrales nucléaires. Tous ces impacts doivent être analysés et priorisés. »
Un enjeu d’équité sociale et de solidarité territoriale
L’adaptation pour atténuer les conséquences du changement climatique doit être une priorité du nouveau gouvernement. L’étude d'I4CE rappelle que les effets du dérèglement climatique engendrent des coûts sociaux et économiques. Toutes les populations et tous les territoires ne sont pas égaux face à ce phénomène. « S’adapter au changement climatique est donc aussi un enjeu d’équité sociale et de solidarité territoriale auquel l’Etat se doit de répondre », rappelle I4CE. Et les chantiers sont nombreux : adaptation des villes, des bâtiments à des vagues de chaleur plus longues, renforcement de la robustesse des infrastructures de transport et d’énergie, diversification des économies de montagne pour face à la forte baisse de l’enneigement, ou recomposition des littoraux pour gérer la montée du niveau de la mer.
L’institut publie 18 propositions à engager immédiatement dans les budgets publics. Elles se répartissent en trois chapitres. « Engager des moyens humains et de l’ingénierie » pour 250 millions d’euros par an. Cela signifie animer et coordonner les politiques d’adaptation au niveau national, régional et local, sensibiliser et renforcer la prévention, aider les territoires et les acteurs économiques à comprendre leur vulnérabilité et à élaborer les stratégies d’adaptation.
La deuxième catégorie évalue chaque année à 540 millions d’euros les mesures consistant à « pérenniser et revoir à la hausse les moyens des politiques qui contribuent déjà à l’adaptation (rehausser les crédits de la sécurité civile, du fonds nationale de prévention des risques naturels majeurs, de la politique de santé, de la gestion de l’eau…). »
Le gouvernement sommé d’agir rapidement
Evaluée à 1,5 milliard d'euros par an, la plus grosse enveloppe concerne enfin des actions « sans regrets », et l’extension « des bonnes pratiques et de l’opérationnalisation des stratégies existantes ». Il s’agit de réduire la vulnérabilité des réseaux, de prendre en compte l’évolution du climat dans les constructions neuves, de financer la recomposition spatiale et la transformation économique dans les villes, le littoral, et la montagne.
Le Haut conseil au climat se félicite d’avoir été entendu sur le fait de remonter le sujet de la transition écologique et énergétique au niveau de Matignon. Souhaitons qu’il soit à nouveau entendu à la lecture des deux rapports (HCC etI4CE) qui viennent d’être publiés. Et que le prochain gouvernement prenne le sujet de l’adaptation (comme celui de la biodiversité, qui est d’ailleurs lié) à bras-le-corps, avant qu’il ne soit trop tard et que les dommages soient irréversibles pour certains territoires et certaines populations.



