278 auteurs, 18 000 études scientifiques évaluées, des dizaines de milliers de commentaires… Le troisième volet du sixième rapport d’évaluation du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) publié lundi 4 avril 2022 s’est focalisé sur l’atténuation pour limiter le réchauffement climatique. Après le constat accablant d’août 2021 et les impacts présentés il y a quelques semaines, cette nouvelle étude doit inciter les décideurs – Etats, villes, entreprises, société civile - à prendre le taureau du réchauffement climatique par les cornes.
«La transition accélère dans tous les secteurs, mais elle ne peut se faire sans frictions, prévient Raphaël Lecoq, le directeur du CIRED (Centre international de recherche sur l'environnement et le développement), l’un des auteurs du rapport. Il y aura un coût économique et social bien réel. La majorité des études montre que le ralentissement des émissions de CO2 s’accompagnera d’un ralentissement de la croissance économique avec des retombées sociales pour les régions les plus émettrices de GES, qui verront des emplois disparaître.»
Multiplier par 3 à 6 les fonds dirigés vers la transition écologique
Mais a-t-on vraiment le choix ? Pour limiter la hausse des températures à +1,5°C à la fin du siècle, il faut réduire de 43% les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030 (par rapport à 2019) et de 84 % d’ici à 2050. Si on se contente de +2°C, les baisses doivent être respectivement de 27 et 63 %. Et surtout le pic des émissions mondiales doit être atteint en 2025. Les solutions passent une forte augmentation des flux financiers fléchés vers la transition écologique « Actuellement, les flux financiers sont trois à six fois inférieurs aux besoins, dénonce Raphael Jachnik, l’un des auteurs spécialiste de la finance climat à l’OCDE. Les aides aux énergies fossiles restent supérieurs aux flux financiers dédiés à la transition. »
Il faut en effet passer à la vitesse supérieure. « Des politiques d’atténuation ont été mises en pratique. Malgré cela, les émissions sont toujours à la hausse, prévient Céline Guivarch, l’un des auteures du rapport et directrice de recherche au CIRED devant la presse française. A moins d’actions fortes et immédiates qui conduisent à une baisse rapide des émissions de GES, l’objectif de +1,5°C sera dépassé. Il existe des solutions mâtures différentes. Elles sont technologiques comme les véhicules électriques et les panneaux solaires, mais elles nécessitent aussi une transformation des modes de consommation. » Les mobilités douces, le télétravail, l’isolation des bâtiments, et moins de vols en avion sont également évoqués.
Electrification généralisée
Le rapport du GIEC propose des actions dans de nombreux secteurs pour réduire au moins de moitié les émissions d'ici 2030. Dans le secteur de l’énergie, cela signifie « une réduction substantielle de l'utilisation des combustibles fossiles, électrification généralisée, amélioration de l'efficacité énergétique et l'utilisation de carburants alternatifs (tels que l'hydrogène). » Il faut laisser une grande partie des énergies fossiles dans les sols et arrêter de les subventionner.
Le GIEC compte non seulement sur des politiques adaptées, des investissements dans les infrastructures, mais aussi dans les technologies qui permettent des changements de nos modes de vie et de comportements pour atteindre une réduction de 40 à 70 % des émissions. Les villes et zones urbaines avec des politiques transversales (transport électrifiés, énergie à faible émission, habitat et des villes plus compactes) peuvent y participer amplement. « Nous voyons des exemples de bâtiments à énergie zéro ou zéro carbone dans presque tous les climats », écrit le GIEC.
Des émissions négatives indispensables
Pour l’industrie, le GIEC préconise une utilisation plus efficace des matériaux, la réutilisation et le recyclage pour réduire les déchets. Il évoque également les processus de production de gaz à effet de serre faibles à nuls qui sont déjà au stade pilote voir dans une phase pré-commerciale pour l’acier, les matériaux de construction et produits chimiques. Mais l’organisme intergouvernemental estime qu’il sera difficile d’atteindre les zéro émission nette et qu’il faut développer de nouveaux processus de production, de l'électricité à émissions faibles ou nulles, de l'hydrogène et, le cas échéant, nécessaire, le captage et le stockage du carbone. Ce dernier est essentiel selon Céline Guivarch. « La seule solution est le zéro émission nette et plus on l’atteindra tard, plus la hausse des températures se stabilisera à un niveau haut. Pour y arriver on a besoin d’un peu d’émissions négatives et cela passe par le captage de CO2. »



