Chronique

[Climato-éthique] L’adaptation au changement climatique ne sera pas (que) technologique

Consacré aux impacts du changements climatiques et à l'adaptation, le second volet du sixième rapport du Giec dresse un portrait sombre du monde et des années à venir. Ses pages n'en contiennent pas moins des myriades d'exemples d'adaptation aux aléas climatiques, au sein desquelles les briques technologiques vont de pair avec la préservation des écosystèmes et les solutions pensées au niveau local. 

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SHIJIAZHUANG sponge city China
Qian'an, au nord de la Chine, a mis en place un vaste programme de végétalisation et de réaménagement. Cette transformation fait partie du plan "villes éponges", qui vise à adapter les métropoles chinoises face au risque d'inondations, que l'artificialisation et le changement climatique renforcent.

Inondations, vagues de chaleur, tempêtes, pénuries alimentaires, extinction d’espèces, incendies… Le deuxième volet du sixième rapport du GIEC, publié le 28 février dernier, dresse un véritable « atlas de la souffrance humaine », selon les mots du secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres. En bref : l’utilisation de combustibles fossiles entraîne déjà une foule d’effets négatifs partout sur le globe, et ceux-ci se multiplient et se renforcent avec la montée des températures. Le réchauffement planétaire, déjà à 1,1°C, risque d’atteindre la barre des 1,5°C dans la décennie.

Aujourd'hui déjà, « entre 3,3 et 3,6 milliards de personnes vivent dans un contexte très vulnérable au changement climatique », chiffrent les experts du GIEC. Les catastrophes toucheront en particulier les plus pauvres et les régions du Sud. Un tableau très sombre donc, qui souligne l’urgence de diminuer nos émissions de carbone, mais aussi d’adapter nos sociétés à ces risques nouveaux et parfois inévitables.

Alors que l’adaptation est encore insuffisamment financée, l’ampleur du danger impose des transformations radicales. Du côté des infrastructures, de la société, et des mentalités. « Il faut que les sociétés réintègrent l’environnement et le risque dans leur manière de se penser », résume Alexandre Magnan, géographe à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) qui a participé à l’écriture du rapport. Une plongée dans les 3 500 pages du document suffit pour se convaincre que malgré notre tentation à compter sur les solutions technologiques, celles-ci sont ne sont pas toujours généralisables et peuvent se révéler contre-productives. Qu’elles renforcent le réchauffement de l’atmosphère, ou les inégalités face à ses impacts.

Penser low tech

Certes, les systèmes d’alertes précoce à base de capteurs (Internet des objets), les énergies vertes ou encore la sélection variétale en agriculture sont mentionnés comme autant d’armes possibles. Mais la plupart des solutions à développer au niveau local relèvent de changement comportementaux ou s’appuient sur l’écosystème. Face à la montée des eaux par exemple, les gigantesques digues de béton sont bien sûr salvatrices et devront se multiplier. Mais ces dernières demandent un entretien coûteux, risquent de ne protéger que les plus riches, et peuvent limiter l'adaptation future en cas de choc imprévu, listent les experts. Si ces aménagements sont parfois nécessaires, restaurer coraux, mangroves ou zones humides permet, aussi, de limiter les impacts climatiques. Et favorise la biodiversité !

Autre exemple « d’adaptation basée sur les écosystèmes », selon l’expression scientifique consacrée : le programme des villes éponges, en Chine, qui depuis 2016 transforme la morphologie de diverses zones urbaines pour y intégrer plantes et zones humides, et doper leur résistance aux inondations comme aux sécheresses. Bonus : l’environnement moins minéral est bon pour le bien-être des habitants et préserve la fraîcheur des villes lors des vagues de chaleur. Une solution là encore plus souhaitable que la multiplication des appareils d’air conditionné, utiles individuellement mais néfastes pour la société. Attention là encore : « les solutions fondées sur la nature ne régleront pas tout, d’autant que la capacité des écosystèmes à s’adapter va aller décroissant avec le réchauffement », rappelle Alexandre Magnan. High-tech ou bio-inspirée, l’adaptation devra être systémique, mais coller au plus près des réalités du terrain si elle veut être efficace.

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