Entretien

Pour Jean-Hervé Lorenzi, «nous sommes un pays qui vieillit vite»

Les Rencontres économiques d'Aix-en-Provence, qui s'ouvrent du 3 au 5 juillet, vont réunir comme chaque année grands patrons, économistes et hommes politiques français et étrangers pour "affronter le choc des réalités". Pour le président du Cercle des économistes Jean-Hervé Lorenzi, le principal défi est démographique. 

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Jean-Hervé Lorenzi
Le président du cercle des économistes Jean-Hervé Lorenzi

L'Usine Nouvelle - Les rencontres économiques d’Aix-en-Provence proposent cette année d'«affronter le choc des réalités». A-t-on vraiment pris la teneur du choc de l’arrivée de Donald Trump ?

Jean-Hervé Lorenzi - On ne peut pas résumer la complexité de la situation actuelle au problème de Donald Trump. Le vrai choc des réalités c’est avant tout le choc climatique. L'autre problème majeur est celui de la démographie, sur lequel il existe un déni absolu. On parle sans cesse des retraites, mais les dépenses de santé pour les vieux représentent un coût deux à trois fois plus important dans les années qui viennent. Et ce ne sont pas les seuls défis : on ne comprend pas pourquoi les gains de productivité sont aussi faibles partout, y compris aux Etats-Unis, la finance est devenue totalement séparée de l’économie réelle et les tensions sociales liées aux inégalités, notamment de patrimoine, sont majeures et créent des tensions intergénérationnelles… Tout cet ensemble crée finalement le ralentissement de l’économie mondiale. Affronter le choc des réalités, c'est bien plus que d'affronter le fait que Donald Trump soit au pouvoir.

Etes-ce que cela vous rend pessimiste pour l’économie française?

La France a une croissance extrêmement faible, un système politique peu actif. Encore une fois, l’histoire du monde, c'est la démographie. Nous sommes un pays qui vieillit vite. Il faut être lucide : si on ne bouleverse pas nos règles de fonctionnement, on peut tenir comme cela un demi-siècle, car nous sommes riches, mais pas plus. On manque d’investissement et on ne prend pas de risque. Et il faut vraisemblablement travailler 5 à 6% de plus en heures travaillées, ce qui n’est pas énorme. Mais sur ces deux sujets, nous n’y sommes pas du tout. 

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Le conclave sur les retraites a montré la difficulté de se mettre d’accord…

Nous ne sommes pas le seul pays au monde à avoir des difficultés à se mettre d’accord sur les retraites. On prend tout le temps l’exemple des Allemands qui travailleraient jusqu’à 67 ans. La réalité, c’est qu’ils partent dans le privé à 64 ans en moyenne et nous à 63 ans. Il faut faire travailler un peu plus les plus vieux mais aussi mettre le paquet sur les jeunes. Il y a un déni sur tous ces sujets, comme sur celui de l’immigration ou de la perte de compétitivité...

Quelles sont les solutions ?

Sur le plan financier, vous ne ferez pas investir des seniors dans des projets risqués s'il n'y a pas une garantie. Cela s'est déjà fait: la construction des centrales nucléaires s'est faite avec de l'argent privé garanti. Il faudrait un dispositif pour garantir le capital, comme dans l'assurance-vie, plus un petit rendement. Pour le travail, évidemment qu'on va travailler plus longtemps, mais il faut aussi remettre en marche l'ascenseur social. Actuellement, quand vous êtes au SMIC, vous le restez toute votre vie. On a fait applaudir les éboueurs pendant le Covid. Mais depuis, personne ne parle d’eux. L’allègement du droit du travail avec les lois El Khomri a donné des résultats, il faudrait poursuivre dans cette voie. Mais cela doit se faire de façon donnant-donnant, vous ne pouvez pas seulement dire «je coupe». 

L’Europe ne va-t-elle pas trop loin dans la remise en cause de son agenda climatique ?

La politique, ce sont des choix et du réalisme. On ne va pas mettre des milliers d'Allemands au chômage. Le timing de la lutte contre le réchauffement climatique est important, mais on peut l’adapter un petit peu à la réalité sociale.

Quelle seront les nouveautés de ces rencontres?

Elle n'a rien à voir avec les éditions précédentes. On a fait venir 35 think-tanks étranger pour la première fois, dont le think-tank trumpiste Heritage Foundation. Les gens n’ont plus confiance dans les politiques, les académiques sont tournés sur eux-mêmes, alors que les think-tanks sont des machines formidables. Nous avons aussi un énorme programme pour la jeunesse car c’est elle qui va faire bouger le monde et peut-être éviter le pire.

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