La filière électronique se réjouit du plan d’investissement France 2030 annoncé par Emmanuel Macron le 12 octobre. Sur une enveloppe de 30 milliards d’euros en cinq ans, ce plan consacre 6 milliards d’euros aux composants, principalement les semi-conducteurs. Depuis plusieurs mois, les ruptures d’approvisionnement mettent à mal l’industrie automobile, au point de provoquer l’arrêt dans les usines d’assemblage de véhicules.
« Avec la création en 2018 du Comité stratégique de filière, l’électronique s’est hissée au rang de filière stratégique, rappelle à L’Usine Nouvelle Jean-Luc Estienne, président de l’Acsiel, le syndicat professionnel des composants et équipements de production électronique. Les politiques ont compris le rôle vital de l’électronique pour tous les secteurs d’activités en aval, de la défense à la santé, en passant par l’automobile, l’aéronautique ou l’énergie. Le plan France 2030 réaffirme ce rôle stratégique et conforte la visibilité de notre filière dans la sphère politique. »
Doubler le poids de la France
Alors que la Commission européenne ambitionne de doubler la part de l’Europe dans la production mondiale de puces en dix ans en la portant à 20% en 2030, le chef de l’Etat français dit vouloir doubler la production française d’ici 2030. Or, comme le marché mondial va doubler, selon les prévisions de cabinets comme VLSI Research, la production française va doubler mécaniquement, alors que l’objectif européen suppose un quadruplement de la production.
« Il y a eu peut-être une confusion dans le discours du président de la République, suppose Jean-Luc Estienne. L’objectif du plan France 2030 est bel et bien de doubler le poids de la France dans la production électronique mondiale, et non simplement de doubler la production française. C’est cohérent avec l’ambition de l’Europe. »
Cap sur les nouvelles technologies
Pour atteindre cet objectif, la production française de puces devra donc quadrupler d'ici à 2030. En plus de l’augmentation de la production, Emmanuel Macron trace une feuille de route allant jusqu’aux technologies de puces les plus fines, aujourd’hui l’apanage de trois fabricants en dehors du secteur particulier des puces mémoires : le taïwanais TSMC, le sud-coréen Samsung et l’américain Intel.
La France (comme le reste de l’Europe) se cantonne aujourd’hui aux technologies matures (28 nanomètres et plus), ce qui la met en retard de cinq générations sur la technologie de 5 nanomètres, actuellement en production chez seulement TSMC, à Taïwan, et Samsung, en Corée du Sud. « Nous saluons la vision à long terme du plan France 2030, reconnaît Jean-Luc Estienne, qui est également le patron du site de STMicroelectronics à Montrouge, près de Paris. Des applications émergeront probablement à partir de 2030 pour les technologies les plus avancées de puces. »
Investir dans les compétences
« Nous disons simplement qu’il faudra y aller par étapes et veiller à ne pas négliger les technologies matures qui répondent aujourd’hui aux vrais besoins de l’industrie en Europe. Les technologies de 5 nanomètres et moins se destinent aux circuits numériques pour smartphones, PC ou serveurs, des activités qui n’existent pas en Europe », ajoute le représentant de la filière électronique.
Pour le patron de l’Acsiel, le succès du plan France 2030 passe par un investissement conséquent dans les compétences. Selon une étude du cabinet Kyu, 18 000 postes devraient être créés sur les métiers électroniques dans les industriels en aval (automobile, aéronautique, défense, santé…) et 3 000 dans la filière électronique elle-même au cours des trois prochaines années.
Or, les entreprises peinent aujourd’hui à embaucher pour ces métiers. Le sujet fait déjà l’objet d’un axe important de travail au sein du Comité stratégique de filière. « On ne pourra pas doubler le poids de la France dans l’électronique mondiale ni aller vers les technologies les plus fines de puces, sans les compétences nécessaires. Les technologies plus fines réclament des savoir-faire et compétences qui n’existent pas aujourd’hui. Il faudra consentir un grand effort de formation initiale et continue pour accompagner ce plan », avertit Jean-Luc Estienne.



