Après plusieurs trimestres de baisse d’activité, STMicroelectronics bascule dans le rouge. Le fabricant franco-italien de semi-conducteurs a enregistré au second trimestre 2025 une perte nette de 97 millions de dollars, selon les résultats publiés jeudi 24 juillet. Et ce malgré une légère hausse de son chiffre d’affaires, à 2,77 milliards de dollars contre 2,52 au premier trimestre, au cours duquel il avait vu son bénéfice net s’effondrer à 56 millions de dollars (-89%). Pour l’expliquer, STMicroelectronics évoque dans son communiqué «une perte de 190 millions de dollars liées à des dépréciations, des charges de restructuration et d'autres coûts associés à la cessation progressive d'activités», notamment liés au vaste plan de restructuration engagé par le groupe.
Sur l’ensemble du premier semestre, le fabricant de semi-conducteurs enregistre donc une perte nette de 41 millions de dollars. Pour autant, sa direction s’est voulue rassurante lors de la présentation des résultats. «Nous sommes revenus dans une trajectoire de croissance», a assuré le PDG Jean-Marc Chéry, pronostiquant pour le second semestre 2025 «une solide croissance». Précisément, le groupe anticipe un chiffre d'affaires de 3,17 milliards de dollars au prochain trimestre, en hausse de 14,6% par rapport au précédent, mais en baisse de 2,5% sur un an.
Dans l’automobile, la menace du revirement de gros clients
Pour la direction de ST, le second trimestre 2025 vient confirmer l’analyse faite en début d’année : le premier trimestre 2025 est bien le point le plus bas de l’année. Pour rappel, STMicroelectronics est plongé dans un bas de cycle depuis 2024, alors qu’une partie du secteur des semi-conducteurs connait à l'inverse une très forte croissance, tirée par la demande pour les datacenters et l’intelligence artificielle – illustrée par l’astronomique valorisation de l’américain Nvidia. La crise que traverse ST s’explique notamment par les difficultés que connaissent ses deux grands marchés : l’automobile, dont ST dépend à 40% et où l’électrification patine, et l’industrie. Une situation aggravée par un phénomène de surstockage, survenu après les pénuries de semi-conducteurs ayant eu lieu pendant le Covid et qui retarde la reprise de la demande.
Mais sur ces deux marchés, ST évoque désormais un début de reprise et des commandes en hausse. Précisément, au deuxième trimestre 2025, ce sont surtout l’industrie et l’électronique grand public qui ont porté la croissance. En revanche, le chiffre d'affaires de l'automobile a été légèrement inférieur aux attentes. «Dans l’automobile, nous avons été pénalisés par le revirement d’un client en particulier, que nous espérons retrouver à long terme, a détaillé Jean-Marc Chéry, reconnaissant une menace qui planera encore au prochain semestre. La dynamique globale sur ce marché est bien là, mais dans un contexte de concurrence accrue entre constructeurs, nous ne sommes pas à l’abri d’un changement de comportement d’un client en matière de stocks.»
Nouveaux produits et fortes économies en perspective
Pour renouer avec la croissance, STMicroelectronics compte aussi sur la sortie de nouveaux produits, en particulier à destination du convoité marché des datacenters. Pour l’illustrer, la direction a évoqué une collaboration avec Nvidia, dévoilée en juin, pour le développement d’une carte de distribution de puissance pour les racks de serveurs. Une innovation qui s’appuie, entre autres, sur la technologie du carbure de silicium, pour laquelle Jean-Marc Chéry a prédit «une année de croissance en 2026». Le PDG de ST a aussi mis en avant, parmi les facteurs de rebond, son plan China for China. Il doit permettre au groupe, à travers différents partenariats avec des firmes locales, de conquérir de nouveaux clients dans cet immense marché.
Sans oublier un point plus douloureux. Pour redresser la barre, le groupe franco-italien compte aussi sur son plan de transformation lancé en octobre. Il prévoit d’ici à 2027 de 300 à 360 millions de dollars d’économies annuelles ainsi que 2800 départs volontaires, dont 1000 en France, où ST compte 12200 salariés. Dans l’Hexagone, 3500 collaborateurs devraient également être affectés par des changements de postes pour suivre l’évolution des usines. Car le plan prévoit de renforcer les trois mégafabs de ST (Crolles en Isère ainsi que Catane et Agrate en Italie) et de recentrer les autres usines sur certaines technologies. Une stratégie que ne comprennent pas les syndicats.
«Ce plan décidé dans l’urgence ne répond pas aux problématiques actuelles, estime Henri Errico, secrétaire CGT du comité de groupe européen de STMicroelectronics. Quand on fait face à une baisse de la demande, on en profite pour avancer en R&D et développer de nouveaux produits, or ce n’est pas ce que fait ST, dont le plan de départs volontaires touche au contraire toute la R&D.» Le syndicaliste s’inquiète même de l’impact du plan sur l’activité future. «Si la demande reprend en fin d’année, comment pourrons-nous y répondre si de nombreux techniciens et ingénieurs sont partis et que nous sommes en train de transférer des machines d’un site à un autre ?» Une question restée sans réponse selon lui.



